CNRS Le Journal n°218 mars 2008
CNRS Le Journal n°218 mars 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°218 de mars 2008

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : CNRS

  • Format : (215 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : SIDA, le combat sans répit

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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38 GUIDE Livres 3 questions à… Bernard Andrieu Toucher, Se soigner par le corps Préf. David Le Breton, éd. Les Belles Lettres, coll. « Médecine et sciences humaines », janvier 2008, 285 p. – 21 € Bernard Andrieu est professeur en épistémologie du corps et des pratiques corporelles, membre du Laboratoire de philosophie d’histoire et des sciences-Archives Henri Poincaré (CNRS/Université Nancy-II). Un événement semble avoir décidé de l’écriture de ce livre consacré à l’étude d’un phénomène social très à la mode depuis une dizaine d’années : les thérapies corporelles… Oui. J’étais au Brésil et découvrais l’image de la canicule : 70000 morts en Europe dont 20000 en France… Comment un tel abandon était-il possible dans une période où le narcissisme corporel occupait autant de temps dans la vie des gens ? Pour moi, la canicule fut le symptôme d’une crise sociale, le révélateur d’un investissement aveugle dans son corps au détriment du corps d’autrui. Cette constatation m’a décidé à plonger dans ces « parcours de santé » et à dresser l’inventaire de toutes ces pratiques corporelles qui semblaient apporter une telle satisfaction égotiste face à la désincarnation et à la virtualisation du lien Le journal du CNRS n°218 mars 2008 social et qui étaient utilisées la plupart du temps, d’ailleurs, sans discernement. Nanosciences La révolution invisible Christian Joachim et Laurence Plévert, éd. Seuil, coll. « Science ouverte », janvier 2008, 192 p. – 18 € Proposé par un chercheur à l’origine de ce que l’on peut appeler la saga des nanosciences, ce petit livre apporte des réponses claires en se frayant un chemin entre marketing médiatico-scientifique et angoisses non maîtrisées. Il rappelle que le champ des nanosciences est plus étroit qu’on ne se plaît à le dire, qu’il ne s’est élargi que pour des raisons de politique intérieure états-unienne et que les enjeux éthiques restent encore très surévalués. Ces pratiques sont-elles une nouveauté ? Non. C’est la qualité du toucher qui est nouvelle. Ces pratiques ne datent pas d’aujourd’hui et ne proviennent pas, comme on le croit, des Américains. Elles ont été inventées en Europe à partir de 1850 par des gens comme Moreno, Reich, Gindler… qui, réfugiés aux États-Unis face à l’antisémitisme, ont formé des écoles de thérapies corporelles, et c’est par leurs disciples qu’elles nous sont revenues dans les années 1970 lors de la « libération du corps » (libération sexuelle, drogue, engouement pour l’Orient, body-building, aérobic, fitness, relaxation, méthodes Feldenkrais, Pilatès, bioénergie orgastique…). Le corps est devenu alors un objet de toutes les investigations jusqu’à être considéré comme une machine libidinale où seule comptait l’apparence, la beauté extérieure. En revanche, au début des années 1990, à la fois en réaction contre cette mécanisation du corps, contre le dogme psychanalytique de la cure verbale et, sans doute, face à l’hypertechnicité médicale, survient, à travers la diététique, le partage émotionnel et la recherche du contact vrai, ce que Michel Foucault appelle le « souci de soi » : le corps devient une totalité énergétique dans laquelle le sujet s’expérimente par le toucher dans des pratiques en partie hédonistes – s’immerger dans l’eau, être massé par quelqu’un d’autre que soi ou se masser soi-même, anti-gymnastique (tai-chi) – et en partie réellement thérapeutiques – « packing » (enveloppement), aromathérapie, sophrologie, Rolfing, chiropractie, massages énergétiques (shiatsu, massage suédois), médecine ayurvédique, watsu… La société pourrait ainsi être bénéficiaire de cette nouvelle prise de contact avec le corps ? Cela va de soi ! Nous avons d’abord l’évidence heureuse que nous sommes loin de la médecine intrusive du début du XX e siècle qui considérait le toucher comme un mode de violation de l’intimité de la femme et comme une prise de contrôle du corps de l’enfant au nom de principes éducatifs hygiénistes et « chastes » (Kellogg, l’inventeur des céréales, recommandait d’attacher la main des enfants dans leur lit ou interdisait de dormir à plat ventre !). Aujourd’hui, s’offre à nous, grâce à ce nouveau rapport à soi, par un toucher que j’appellerai attentif – même si subsiste pour chaque cas la difficulté de l’évaluation entre croyance et efficacité sur l’auto-santé – toute une gamme de possibilités d’existence positives : nouvelle convivialité dès la petite école, découverte d’une compassion vécue, connaissance approfondie de soi et de l’autre. N’oublions pas que, de la naissance à la mort, le contact d’une peau contre une autre reste l’expérience première. Cette nouvelle forme de toucher qui appelle à un état conscient redonne une sensorialité au monde dont il faut dorénavant « prendre soin ». Propos recueillis par Léa Monteverdi C’est en marchant qu’on devient président La République et ses chefs de l’État, 1848-2007 Nicolas Mariot, éd. Aux lieux d’être, coll. « Mondes contemporains », quatrième trimestre 2007, 362 p. – 24,50 € Parmi les formules et gestes du répertoire public des présidents, la marche avec serrement de mains occupe une place de choix. Par beau temps, sous la pluie, dans le vent, le président « est proche des gens », il « aime le contact simple et direct », il prend un « bain de foule », il devient président… C’est à l’observation de ce phénomène – marcher en serrant des mains pour incarner la fonction présidentielle – que l’auteur se consacre ici, en mettant en évidence les mécanismes d’élaboration de l’image publique des hommes politiques. Une image qui occulte souvent les réalités de la fonction.
La fin des maires Dernier inventaire avant disparition Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabin, FYP Éditions, coll. « Présence », février 2008, 160 p. – 19,50 € Il y a encore peu de temps, « la mairie trônait au milieu du village et les vaches étaient bien gardées. Le maire gérait sa commune et l’État veillait, garant des grands équilibres. C’est bien fini. Aujourd’hui, entre la désertion de l’État, la gestion technocratique des collectivités et la montée de l’intercommunalité, ces premiers magistrats sont surchargés et démoralisés – même ». À contre-courant du prêt à penser, les auteurs proposent ici des pistes de réflexion et d’action pour le renforcement du binôme communes-État, gage d’une articulation nécessaire entre besoin de proximité et intérêt général. Manger Français, Européens et Américains face à l’alimentation Claude Fischler et Estelle Masson (dir.), éd. Odile Jacob, janvier 2008, 336 p. – 25 € Fruit d’un projet proposé au comité scientifique de l’Observatoire des habitudes alimentaires (OCHA), cet ouvrage rend compte de l’enquête internationale quantitative et qualitative menée de 2000 à 2002 sur les attitudes alimentaires en France, Italie, Suisse, Allemagne, Angleterre et États-Unis. Les deux coordinateurs de l’ouvrage, respectivement sociologue et spécialiste en psychologie sociale, associés à une douzaine de chercheurs qui ont travaillé dans ces pays, présentent ici le panorama le plus actuel sur l’alimentation et ses liens avec la santé et le corps. Il faut lire ce livre pour l’originalité de sa méthode d’investigation et les résultats très complets qu’il propose, par-delà l’apparente homogénéisation des goûts et l’émergence d’un marché planétaire de la pizza et du hamburger. Un monde meilleur pour tous Projet réaliste ou rêve insensé ? Colloque européen 2006 Jean-Pierre Changeux et Jacques Reisse (dir.), éd. Odile Jacob, coll. « Collège de France », janvier 2008, 288 p. – 29,90 € Juristes internationaux, climatologues, chimistes, philosophes, biologistes, africanistes, spécialistes de la Chine, ont participé au premier colloque du Collège de France à l’étranger (Bruxelles, mars 2006). Ils exposent ici comment ils voient le futur et quelles sont les décisions, selon eux, à prendre pour que cet avenir soit le « meilleur possible ». Mais « réfléchir sur un monde meilleur relève-t-il d’un projet réaliste ou d’un rêve insensé ? ». L’un et/ou l’autre, selon que les intellectuels « accepteront ou non d’abandonner le regard froid de l’expert pour l’attitude du citoyen responsable », et que nous accepterons vraiment les évolutions nécessitées par le changement climatique ou par la disparité des ressources d’un point à l’autre du monde. Bref, que nous cesserons de garder pour nous, Occidentaux, le « God bless America ! » pour penser non seulement à l’avenir de nos enfants et petits-enfants, mais encore à l’enfant à venir de telle femme somalienne qui marche sur une piste poussiéreuse à la recherche d’un litre d’eau – qu’elle ne trouvera pas. Hors triomphalisme et fausse humilité. Les dernières goélettes Les pinisis d’Indonésie Éric Rieth, photos Frédéric Lontcho, collab. Claude et Frédérique Jannel, éd. Errance, coll. « Histoire vivante », décembre 2007, 128 p. – 20 € L’Apocalypse russe Dieu au pays de Dostoïevski Jean-François Colosimo, éd. Fayard, février 2008, 353 p. – 20 € GUIDE 39 Lorsque le spécialiste de l’architecture navale Éric Rieth découvre en 1977 Le dernier empire de la voile, de Claude Jannel et Frédéric Lontcho, il est frappé par les détails que proposent ces documents photographiques sur les traditionnels voiliers de charge indonésiens (pinisis) qui disparaîtront dans les années 1980. C’est à partir des prises de vue de cet ouvrage, réalisées entre 1974 et 1975, qu’il se met au travail. Ce beau livre est le résultat de trente années de recherches. Il montre la richesse du « langage » architectural de la culture nautique indonésienne à travers ces voiliers de transport qui, n’ayant jamais aucun contact avec les bateaux européens, restèrent dans les mémoires les « efficaces fantômes des mers ». Nous sommes à Java, Sumatra, Bornéo, il n’y a encore pas très longtemps… Au milieu du XIX e siècle, la querelle entre occidentalistes et slavophiles fait rage. Cinquante ans plus tard, sur la terre des moines errants et d’un peuple souffrant, vont naître nihilisme, terrorisme et totalitarisme rouge : en 1917, le paisible monastère de Solovki devient le premier camp d’extermination de l’Union soviétique. Retrouvant, à la jointure de la mystique et de l’histoire, la déchirure originelle entre Orient et Occident chrétiens, cet essai, le deuxième volet d’une enquête théologique sur les mutations politiques de Dieu depuis 1789, s’attache à décrypter les voix des Démons (les dostoïevskiens et les actuels) dans une Russie « dont on a du mal parfois à percevoir l’identité véritable ». Par l’auteur de Dieu est américain. La plus belle histoire du langage Pascal Picq, Laurent Sagart, Ghislaine Dehaene et Cécile Lestienne, éd. Seuil, coll. « Essai », janvier 2008, 216 p. – 16 € À la lumière des récentes découvertes, trois grands chercheurs et conteurs suivent la piste du langage depuis les tout premiers fossiles jusqu’au cerveau des bébés. Dans l’esprit de la collection « La plus belle histoire », un récit accessible à tout public et passionnant. Le journal du CNRS n°218 mars 2008



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