CNES Mag n°85 jui/aoû 2020
CNES Mag n°85 jui/aoû 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°85 de jui/aoû 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Centre National d'Études Spatiales

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : origines de la vie, l'ultime recherche.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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QUE SAVONS-NOUS DE L’ORIGINE DE LA VIE SUR TERRE ? Yves Coppens : La connaissance des origines de la vie se base sur les preuves paléontologiques, que sont les restes d’êtres vivants, et sur la fiabilité des physiciens qui en font la datation. Selon les plus anciennes traces de vie découvertes – ce qui ressemble à des kystes de bactéries comme dans les roches d’Isua, au Groenland –, nous pouvons dire que nous sommes passés de la matière inerte à la matière vivante il y a environ 4 milliards d’années. VOUS AVEZ DÉCOUVERT SIX ESPÈCES D’HOMINIDÉS. OÙ SE SITUE L’HOMME DANS CE CONTEXTE ? Y. C. : Il faut comprendre que tous les êtres vivants sont nos cousins car nous descendons tous de la même cellule originelle. Dans cette grande évolution de 4 milliards d’années, notre histoire se résume à 10 millions d’années, âge des ancêtres communs à notre lignée et à celle des Chimpanzés. Un grand changement climatique est alors survenu, lui-même conséquence d’un événement astronomique, a donné naissance à l’Antarctique et a éclairci les forêts tropicales. Dans ce nouveau milieu plus ouvert, le préhumain, comme Toumaï et Orrorin, s’est adapté en se mettant debout tout en continuant à grimper. Puis, à 3 millions d’années, un nouveau changement climatique a créé l’Arctique et provoqué un deuxième GRAND ORAL gros coup de sec sur les tropiques. L’adaptation du préhumain (comme Lucy) s’est alors opéré par la transformation de sa tête : il a acquis un crâne et un cerveau plus gros, probablement face à la nécessité – dans un paysage de plus en plus découvert – de trouver des stratégies pour éviter la dent du prédateur. Dès lors, il est devenu l’Homme, Homo, capable d’anticiper, de penser à lui, aux autres, à l’environnement, et surtout à la mort. Toutes les facettes de l’Homme sont en place à 3 millions d’années. QUE NOUS ENSEIGNE L’EXEMPLE DE LA TERRE SUR LA POSSIBILITÉ DE L’ÉMERGENCE DU VIVANT AILLEURS ? Y. C. : La vie telle que nous la connaissons est un développement supérieur de la matière contenue dans notre système solaire. Nous savons que plusieurs conditions sont nécessaires à l’émergence d’un être vivant. La Terre a par exemple connu un développement exceptionnel du fait des 150 millions de kilomètres qui la séparent du Soleil. Cette distance, combinée à leur masse respective, a suffi pour que l’atmosphère et l’eau restent sur notre planète, contrairement à Mars, beaucoup plus petite, où l’eau est peut-être encore présente en profondeur « L’ÉVOLUTION EST L’ADAPTATION DES ÊTRES VIVANTS À UN ENVIRONNEMENT. » 1 4 mais a bel et bien disparu de l’atmosphère. Alors, de manière prudente, on dit que la vie semble être apparue sur Terre ou bien, si elle a été essaimée, qu’elle vient de notre système solaire car les autres systèmes sont trop éloignés. Dans ce monde vivant qui est le nôtre, restreint donc aux 4,6 milliards d’années de notre Soleil, nous sommes aussi issus, à une autre échelle, de poussières d’étoiles, comme disent poétiquement les astronomes. Et des étoiles, il en naît tous les jours dans l’Univers. COMPRENDRE COMMENT LA VIE EST APPARUE NOUS AIDE-T-IL À COMPRENDRE COMMENT ELLE A ÉVOLUÉ ? Y. C. : Fait extraordinaire, dès que la vie est installée, elle possède la faculté de se reproduire – par simple division cellulaire à l’origine – et ainsi de se répandre sur toute la planète en s’adaptant aux environnements qu’elle rencontre. Nous, paléontologues, sommes des historiens de la Terre : nous voyons évoluer cette biodiversité naissante au travers, par exemple, de roches (les stromatolithes) constituées de restes d’êtres vivants à des époques proches de l’origine de la vie. Il est impressionnant de voir l’urgence avec laquelle la vie s’est reproduite et cette obsession d’autopréservation qu’elle a tout de suite manifestée. C’est pour cela qu’il y a tant de pollens dans une fleur et tant de cerises sur un seul arbre : la vie fabrique beaucoup d’éléments reproducteurs pour être sûre qu’il en restera. Un être vivant,
YVES COPPENS PALÉONTOLOGUE ET PALÉOANTROPOLOGUE « NOUS SOMMES PASSÉS DE LA MATIÈRE INERTE À LA MATIÈRE VIVANTE AUTOUR DE 4 MILLIARDS D’ANNÉES. » rappelons-le, se définit par lui-même et son environnement, sans lequel il ne peut survivre : l’évolution est l’adaptation des êtres vivants à un environnement, et la recherche d’une nouvelle adaptation lorsque cet environnement change, ce qui arrive en permanence pour des raisons de changements climatiques (eux-mêmes conséquences de changements astronomiques). QUELLES DISCIPLINES FAUT-IL MOBILISER POUR AVANCER DANS CETTE QUÊTE DES ORIGINES DE LA VIE ? Y. C. : L’astronomie en premier lieu puisque tout part, a minima, de notre système solaire. Les autres disciplines se succèdent logiquement pour remonter GRAND ORAL aux origines de la vie : la géologie, la biologie (ou paléontologie) et enfin l’anthropologie (ou paléoanthropologie), si l’on cherche notre propre origine. UTILISEZ-VOUS DES DONNÉES SPATIALES POUR VOS RECHERCHES ? Y. C. : Bien sûr, surtout pour repérer les gisements paléontologiques. À la recherche des fossiles, les paléontologues commencent toujours par une étude géologique : on ne peut récolter un fossile sans savoir dans quelle couche sédimentaire il se trouve. Or, de l’espace, on distingue d’abord un terrain sédimentaire d’un terrain cristallin puis, selon l’usure des roches, on peut en estimer les âges. Quand j’ai commencé mes recherches au Tchad en 1960, je disposais de cartes au millionième sur une région grande comme la France et de relevés topographiques aériens jamais contrôlés au sol ! Aujourd’hui, les images satellite nous permettent de circonscrire les terrains fossilifères. Nous pointons ensuite les sites d’intérêt grâce aux données GPS. L’EXPLORATION MARTIENNE POURRAIT-ELLE NOUS ÉCLAIRER SUR CETTE PARTIE « PERDUE » DE L’HISTOIRE DE LA TERRE ? Y. C. : Sûrement, mais pas seulement Mars. Quelques planètes auraient pu connaître la vie et doivent conserver dans ce cas des informations sur ce qui a permis son apparition et provoqué sa disparition. 1 5 C’est le travail des exobiologistes. La planétologie et l’astrophysique apporteront sûrement beaucoup à la paléontologie. PENSEZ-VOUS QU’UNE FORME DE VIE AIT PU SE DÉVELOPPER SUR UNE EXOPLANÈTE, HORS DE NOTRE SYSTÈME SOLAIRE ? Y. C. : Dans des conditions non pas semblables mais comparables à celles de la Terre, c’est tout à fait possible. Comme la vie terrestre s’est développée en faisant des choix à chaque embranchement pour s’adapter, aboutissant à l’évolution particulière qui est la nôtre, sur une autre planète, les choix de l’évolution n’auraient sans doute pas été les mêmes. Une vie ailleurs devrait donc avoir une autre allure et des êtres bizarres qu’il me plairait beaucoup de rencontrer ! Profil 1956 Entrée au CNRS 1961, 1967, 1974 Découverte du Tchandanthrope, codécouverte d’Aethiopicus et de Lucy 1975 Découvre que l’homme est né de la nécessité d’adaptation à un changement climatique 1983 Professeur au Collège de France 1995, 2001, 2002 Cosignataire d’Abel, Orrorin et Toumaï



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