CNES Mag n°84 mai/jun/jui 2020
CNES Mag n°84 mai/jun/jui 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°84 de mai/jun/jui 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Centre National d'Études Spatiales

  • Format : (180 x 240) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : biodiversité, le temps de la résilience.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les données scientifiques constituent le socle de notre savoir, indispensables pour corriger efficacement notre empreinte sur l’environnement. Pour Vincent Hulin, ingénieur forestier qui a grandi au sein d’une association d’éducation à l’environnement, entrer au Muséum national d’histoire naturelle s’est imposé comme une évidence pour prendre part à « la meilleure interface possible entre les mondes de la recherche et de l’économie, entre le savoir collecté et les besoins de la société ». Responsable de l’inventaire du patrimoine naturel, le Muséum produit et collecte un maximum de données, avec pour mission de les valoriser et de les partager. « En 2019, l’état des lieux publié RENCONTRES VINCENT HULIN Directeur de l’expertise au Muséum national d’histoire naturelle « Centraliser la connaissance pour la rendre exploitable » par l’IPBES (cf. En Actions, p.20) dresse un constat dramatique de la biodiversité et pose de nombreuses questions sur le développement humain, sur notre capacité à maintenir nos sociétés et leur fonctionnement, relate Vincent Hulin. Il faut absolument se mobiliser, en préservant les espèces et en identifiant les actions susceptibles de diminuer nos pressions et leurs impacts sur la biodiversité. » C’est ici que l’expertise devient cruciale  : en réponse aux différentes demandes, notamment celles de l’État sur les espèces en difficulté et la gestion des écosystèmes, le Muséum fournit des données, des méthodologies, des outils. Et quand les données 3 2 manquent, comme actuellement sur les micro-organismes en outre-mer, il organise des expéditions sur le terrain. Là, scientifiques et associations mènent des observations sur place selon des protocoles standardisés pour récolter des données utilisables et comparables. Pour l’instant, le Muséum recourt au spatial pour identifier et/ou préparer ces expéditions. Mais le directeur de l’expertise a d’autres attentes en aval  : des outils spatiaux qui offriraient en temps réel « des suivis de surface et de divers indicateurs comme les échanges de carbone, afin de mettre en lumière les différentes évolutions de façon conforme aux protocoles scientifiques ».
Historien des sciences et théologien, Jacques Arnould est chargé de mission pour les questions éthiques au CNES. A vec Alexander Fleming, il avait percé quelques secrets de la vie microbienne et réussi à mettre au point les premiers antibiotiques  : sorti de l’Institut national agronomique de Paris, René Dubos avait donc commencé sa carrière devant un microscope, des éprouvettes, et contribué aux progrès de la médecine du XX e siècle. Puis, en même temps que de l’âge, il avait pris de la « hauteur », s’était intéressé au sort de ses concitoyens d’adoption dans les cités industrieuses américaines, avant de devenir l’un des « papes » de la mobilisation en faveur de l’environnement. Avec Barbara Ward, il avait préparé le rapport en vue de la première conférence des Nations unies sur l’environnement, qui s’est tenue à Stockholm en 1972 ; ce texte s’intitulait  : « Nous n’avons qu’une Terre ». « CHOISIR D’ÊTRE HUMAIN » La crise que nous traversons, les bouleversements que nous affrontons paraissent donner raison non seulement au scientifique qu’était Dubos, mais aussi à l’humaniste qu’il cherchait à être. C’est lui qui a imaginé un slogan qui est devenu celui du développement durable  : « Penser globalement, agir localement. » Or, alors que nous subissions les contraintes du confinement, la raréfaction de nos relations, la limitation de notre environnement, la monotonie de nos journées, ESPACE ÉTHIQUE j.A. JACQUES ARNOULD NOUS N’AVONS QU’UNE TERRE À l’épreuve du confinement, nous avons probablement souffert d’un manque de diversité dans nos relations, nos activités, notre environnement. Mais nous avons aussi découvert comment nos actions locales peuvent agir à une échelle plus globale. 3 3 chacun d’entre nous, par cette action (voire cette inaction) locale a non seulement permis de mieux gérer globalement les effets mortifères du dangereux virus, mais aussi d’agir, par un effet involontaire mais réel, sur la qualité de nos environnements, en particulier atmosphérique et hydrologique. Preuve est ainsi donnée  : toutes les technologies qui nous offrent aujourd’hui une connaissance globale de notre planète, de ses richesses comme de ses faiblesses (et je pense en particulier aux programmes d’observation de la Terre depuis l’espace), toute cette panoplie technique ne sert à rien si nous n’avons pas la conviction que les actions coordonnées de chacun d’entre nous peuvent agir à l’échelle de toute la planète. Face à une maladie, nous avons su « choisir d’être humain » (une autre expression chère à Dubos) en réduisant les dimensions, les richesses de nos existences. Pourquoi ne pas faire de même face aux menaces qui pèsent sur la biodiversité de notre planète ? C’est là un difficile équilibre à trouver car l’amour de la Terre n’exclut pas, mais exige au contraire le respect, dans l’espace et dans le temps, de chaque être qui l’habite, de son intelligence, de son enthousiasme, de sa liberté, au sein de cette incroyable diversité qui jamais ne cessera de nous fasciner. Car chaque être vivant sur cette planète n’a vraiment qu’une Terre.



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