Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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a conduit à la décision de construire un nouvel équipement. La Philharmonie sera donc « sa » maison. Il y aura ses bureaux ; il bénéficiera de priorités pour planifier ses concerts, de conditions optimales pour répéter et développer sa politique audiovisuelle ; il participera au projet pédagogique d’ensemble ; des coproductions pourront se mettre en place entre la Philharmonie et l’Orchestre de Paris autour de thèmes spécifiques. J’ajoute que sa présence est un atout majeur pour la Philharmonie. Le prestige de l’Orchestre de Paris, qui a connu dès son origine les plus grands directeurs musicaux – avec notamment Charles Munch, Herbert von Karajan, Sir Georg Solti ou Daniel Barenboim –, renforcera l’identité du projet. Actuellement, son directeur musical, Paavo Järvi, et tous les musiciens nous offrent des concerts de haute volée qui ouvrent des horizons internationaux nouveaux. Nous allons donc partager une nouvelle aventure enthousiasmante. Cette résidence exclura-t-elle d’autres résidences ? Au sens fort du terme : oui. À la Philharmonie de Berlin, au Concertgebouw d’Amsterdam ou au Barbican Centre de Londres, même si les modèles de gestion sont différents, le public identifie aisément le lieu à un orchestre, à « son » orchestre, et c’est un plus en terme d’image et de communication. En revanche, le statut privilégié de l’Orchestre de Paris se conjuguera avec l’accueil régulier d’autres phalanges, françaises ou étrangères. Ainsi, pour ne parler que des formations permanentes parisiennes, l’Orchestre de chambre de Paris donnera quelques concerts par an à la Philharmonie, d’autres à la Cité et d’autres enfin au Théâtre des Champs-Élysées, l’Orchestre National d’Île-de- France sera lui aussi régulièrement présent et l’Orchestre Philharmonique de Radio France devrait également venir présenter plusieurs programmes annuels en très grand effectif. Dans le même ordre d’idée, quelques formations phares, installées en région et à l’étranger, auront vocation à bénéficier d’un partenariat renforcé. Sur quelle analyse des besoins des publics repose ce nouveau modèle que vous revendiquez ? Le choix des pouvoirs publics – l’État et la Ville de Paris, auxquels s’est associée la Région Île-de- France – est le résultat d’une longue réflexion collective, mûrie également par l’expérience de la Cité de la musique. Elle s’inscrit dans les mutations qui s’observent partout, à l’échelle planétaire, et qui visent à concevoir des équipements publics aux missions élargies à la transmission dans des zones urbaines mixtes, où se côtoient des populations appartenant à des milieux sociaux diversifiés. Vue nocturne de la Philharmonie, illuminée par YannKersalé. PHILHARMONIE DE PARIS - ATELIERS JEAN NOUVEL Certains pensent a contrario que cette recherche de mixité sociale n’est pas utile. La musique serait par essence l’art le mieux partagé. Elle ferait spontanément et depuis toujours partie du rythme de la vie, des rites sacrés, des funérailles, des célébrations religieuses ou profanes. Tout se serait donc installé « logiquement » au cours de l’histoire, ce qui expliquerait qu’après avoir habité l’espace des cathédrales et des châteaux, la musique ait très tôt généré des lieux répondant à ses besoins spécifi ques, jusqu’aux grandes salles de concert et maisons d’opéra. Cette évolution soi-disant naturelle se serait complètement stabilisée dès le début du XX e siècle, se figeant dans un ordre établi et accepté qui répartit l’offre selon les pratiques constatées, voire selon les goûts « spontanés » de chaque milieu. Personnellement, je suis persuadé que cette distribution sociale héritée posera de plus en plus de problèmes et qu’elle mérite d’être interrogée au lieu d’être considérée comme une évidence. Sous-entendez-vous que la musique est un vecteur d’inégalité ? La musique, non : c’est un vecteur d’épanouissement individuel et de lien social. En revanche, les représentations qui la protègent, l’enferment dans son histoire et la coupent des mutations en cours peuvent créer de fortes inégalités. Si le besoin de musique est reconnu par les Français qui se déclarent en premier lieu sensibles à la musique – bien avant de citer la littérature, le cinéma ou la peinture –, dans la pratique, il y a un fossé entre cette apparence d’un art transcendant les rapports de force et la réalité : il faut s’interroger sur le fait que seulement un tiers des Français sont allés dans une salle de concert, principalement issus des classes aisées et cultivées, parmi lesquels la moitié fréquente des concerts de variété et seulement 20% des concerts classiques. Pensez-vous vraiment que l’on puisse combattre cette inégalité ? Oui, mais en prenant bien conscience que si la musique peut être perçue comme le temps par excellence où la créativité se libère, elle est aussi le reflet d’un ordre social fragmenté entre catégories sociales, sexes, générations ou cultures. Nous devons reconnaître aujourd’hui que, sur le plan du vivre ensemble, le système qui porte la musique est à repenser : il faut combattre les cloisonnements entre les pratiques et les genres musicaux, les publics, les territoires, rénover les habitudes de consommation et le rituel du concert, mieux soutenir la pratique amateur, faire de l’éducation musicale pour les jeunes une priorité, partager des enjeux artistiques avec d’autres cultures… N’est-ce pas utopique ? Le combat bien réel et pratique qui s’engage est celui pour la survie à moyen terme de pans entiers du patrimoine musical. Trop d’idées reçues ont circulé sur le caractère intrinsèquement élitaire de cet art, souvent véhiculées par les professionnels eux-mêmes, les médias, voire les intellectuels. 7
La forme enveloppante de l’auditorium, avec ses « nacelles » suspendues. PHILHARMONIE DE PARIS - ARTE FACTORY Elles ont installé dans la durée des ghettos, des pratiques spécifiques, des publics qui ne voyagent pas assez d’un genre à un autre, bref, un immobilisme contre lequel viennent buter le rayonnement et la lisibilité des politiques publiques. Le champ à conquérir est immense pour la Philharmonie : il est temps de poser des repères, d’ouvrir des espaces plus « généralistes » qui rassemblent là où la revendication excessive de spécificité fractionne et tue toute vision de l’avenir. « La Philharmonie représentera un signal fort. Toute la démarche architecturale concernant l’extérieur du bâtiment vise à favoriser son insertion dans le contexte urbain et le parc qui l’accueille. » Concrètement, comment allez-vous concilier les attentes des mélomanes et l’ouverture vers de nouveaux publics ? Les mélomanes qui fréquentent aujourd’hui la Salle Pleyel s’y retrouveront pleinement : la programmation en semaine aura une forme et un rythme assez proches de ce qui se pratique dans tous les grands complexes musicaux, avec des concerts de prestige en soirée, dont ceux de l’Orchestre de Paris, auxquels s’ajouteront en journée des activités liées aux expositions et à la transmission, notamment les ateliers de pratique collective pour les jeunes. Nous pourrons d’ailleurs pour ces concerts augmenter fortement le contingent de places proposées à des prix très accessibles, compris entre 10 e et 30e. En week-end, la Philharmonie de Paris privilégiera, en fin de matinée et l’après-midi, l’ouverture à de nouveaux publics, notamment familiaux. Le format des concerts sera alors revisité. Les musiciens seront conviés à présenter des concerts de plus courte durée, reposant sur des œuvres clairement identifiées, dont la richesse justifi e parfois un accompagnement pédagogique. Le prix des places sera compris dans la grande majorité des cas entre 10 e et 20 e et les parents seront invités à venir avec leurs enfants qui auront le choix de les accompagner au concert ou de participer à des ateliers dans les espaces dédiés à l’initiation par la pratique collective. Allez-vous avoir recours au principe des temps forts qui a fait la marque de la Cité de la musique ? La salle pouvant être transformée et accueillir en certaines occasions de 3 000 à 3 500 places, il est aisé d’imaginer − en ajoutant les capacités actuelles de la Cité de la musique, voire d’autres partenaires du site de la Villette − plusieurs temps forts fédérateurs par an : un rassemblement annuel des orchestres français dans l’esprit déjà initié par l’Association française des orchestres à travers l’opération « Orchestres en fête » ou un regroupement mondial des orchestres de jeunes ; un week-end dévolu à la pratique amateur (orchestres, harmonies, chœurs…) ; un autre centré sur un compositeur ou un courant musical avec des formes pour larges effectifs répondant à la musique de chambre ; ou encore le portrait d’un pays alternant de grands artistes de musiques populaires et d’autres issus de genres plus traditionnels ou savants… Comment ce type de programmation s’articule-t-il avec celle existante à la Cité de la musique ? C’est un point sensible du projet. On imagine mal que les programmations se cannibalisent et donnent le tournis aux spectateurs. Les deux projets correspondent à des salles aux jauges très différentes et seront complémentaires : la Cité aura vocation à privilégier les formes baroques et contemporaines, avec notamment la résidence de l’Ensemble intercontemporain ; elle devra également continuer à s’ouvrir à des cultures et pratiques diverses, du jazz aux musiques du monde. 8





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