Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Des liens très forts sont noués avec l’instrument. LAURE VASCONI une émotion qui peut venir de l’écoute pure de la musique, mais également d’un moment de partage où ce sont les enfants qui jouent qui deviennent la source même de ce plaisir. C’est un moment clé de cette expérimentation, un autre temps de partage, celui où les musiciens redécouvrent la force de l’émotion qu’ils font naître, et où les enfants s’approprient sensiblement cette culture réputée difficile. Pas pour eux, qui trouvent que « Beethoven, c’est doux » et qui chantent Bizet à tue-tête. Car l’émotion est constructive. La clé de la réussite, c’est le collectif et sa dynamique, mais avec une attention portée à chacun et un respect du rythme individuel. La pédagogie ainsi conçue laisse aux enfants le temps d’intégrer les codes du vivre ensemble, avec pour langage commun cette musique qui permet de s’emparer du projet de façon personnelle et intime, tout en respectant la diversité. Poursuivre la pratique Une grande majorité des enfants qui ont participé à cette première expérience ont noué des liens très forts avec l’instrument, le répertoire, ce type de travail, et ont émis le souhait de poursuivre cette pratique dans des structures spécialisées, type conservatoire ou école de musique. « Passion », « motivation » sont les mots que l’on retrouve dans la bouche des adultes qui les côtoient depuis trois ans. Ces enfants sont affamés, de rêves, d’échanges, de choses belles à approcher, à toucher. « Je veux faire quelque chose de ma vie, faire du violoncelle », dit Zacharia de Créteil. Il faut donc des mets pour les nourrir et Démos en est un. À nous de ne pas les décevoir ! Et de permettre ainsi que change le regard que l’on porte sur eux ! Dominique Boutel Le projet Démos en quelques lignes OBJECTIF démocratisation de l’accès à la musique classique par l’apprentissage en orchestre. MISE EN ŒUVRE Première phase : de janvier 2010 à juin 2012 en Île-de-France. - 450 jeunes débutants de 7 à 12 ans vivant dans des quartiers « Politique de la ville ». - 4 heures d’ateliers de pratique musicale collective hebdomadaires par groupes de 15 dans une structure sociale du quartier. - Des concerts publics sous la direction des chefs d’orchestre Zahia Ziouani et Débora Waldman. - Coordination : Association de prévention du site de La Villette (APSV) avec le soutien pédagogique de la Cité de la musique. Seconde phase : de septembre 2012 à juin 2015, en Île-de- France et dans trois autres régions. - 1000 jeunes. - Coordination : Cité de la musique. PARTENAIRES MUSICAUX Orchestre de Paris, Orchestre Divertimento et autres orchestres en région, conservatoires. PARTENAIRES SOCIAUX centres de loisir, centres sociaux, associations, avec l’expertise de l’APSV. Avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de la Ville (Acsé), du Mécénat musical Société Générale, de la Fondation EDF, des Caisses d’allocations familiales, des collectivités locales. 45
PETIT BRÉVIAIRE Sinfonia de Berio Mahler, Quatrième Symphonie, mouvement 1 Schönberg, Cinq Pièces pour orchestre op 16 n°4 Debussy, La Mer – Jeux de vagues Mahler, Deuxième Symphonie, mouvement 3 Pendant l’année 1968, en pleine période de contestation sociale, Luciano Berio propose à entendre au public Sinfonia. L’œuvre pour huit voix et orchestre de chambre, dédiée à Leonard Bernstein, est créée au mois d’octobre à l’occasion du 125 e anniversaire de l’Orchestre Philharmonique de New-York. Sinfonia est emblématique de la musique des années soixante et sa composition correspond à ce que les musicologues ont désigné comme étant symptomatique d’une attitude postmoderne. Le projet artistique de Berio consiste à réunir un COPYRIGHT 1969, 1972 BY UNIVERSAL EDITION (LONDON), LTD., LONDON COPYRIGHT ASSIGNED TO UNIVERSAL EDITION A.G., WIEN/UE 35319 nombre important d’éléments hétérogènes en les unifiant dans une grande fresque sonore en cinq mouvements. La virtuosité du compositeur se mesure par l’intelligence de l’unité artistique alors obtenue. La démarche est aussi idéologique. Pour Berio, la musique est « un produit de la vie collective ». Dans ce cadre, alors que la modernité consisterait à être toujours plus novateur, un retour à la référence passée est envisageable en tant que patrimoine commun dans lequel chacun doit pouvoir puiser. Tout le paradoxe de l’œuvre est là : entre la démarche avant-gardiste et la Première page du troisième mouvement Plus loin les voix se répartissent des extraits du texte de Samuel Beckett, L’Innommable : « And now ? Where now ? When now ? » et « Nothing more restful than chamber music », à l’origine « Nothing more restful than arithmetic ». référence systématique au passé. Berio nous fait entendre un discours musical dont les tensions se font et se défont au gré de l’agencement des multiples citations musicales (Mahler, Debussy, Schönberg…) et littéraires (Claude Lévi-Strauss, Samuel Beckett). C’est dans ce sens qu’il faut entendre le titre Sinfonia, au sens étymologique d’un accord de sons. Un collage musical Le troisième mouvement, In ruhig fliessender Bewegung (« Dans un mouvement tranquillement coulant »), est une mosaïque sonore où voix et instruments se mêlent dans une continuité qui ne privilégie ni le texte, ni la musique, au profit de la poésie du son. Berio emprunte de longs extraits au troisième mouvement de la Deuxième Symphonie de Gustav Mahler, Résurrection. Il l’intègre au discours comme « une rivière traversant un paysage constamment changeant » et charriant d’autres références, comme des « objets trouvés » empruntés à Debussy, Bach, Schönberg, Beethoven, Boulez et d’autres encore. Dès les premières mesures, Berio nous happe dans son univers qui privilégie la théâtralité du son au profit d’un engagement artistique et idéologique. De la référence aux mythes de l’eau des peuples anciens du Brésil (dans Le Cru et le Cuit de Claude Lévi-Strauss) dans le premier mouvement, jusqu’au kaléidoscope sonore sur les phonèmes de « Martin Luther King » dans le deuxième mouvement, Berio questionne le public par une métaphore sur le sens de l’histoire de l’humanité. Benoit Faucher Sinfonia de Luciano Berio, par le Brussels Philharmonic, Michel Tabachnik, direction. Le jeudi 16 mai, 20h. Voir calendrier. Pour en savoir plus, consulter http://mediatheque.citedelamusique.fr/guides/Berio-Sinfonia. 46





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