Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Les chemins des diasporas LES BALKANS Évoquer les Balkans, c’est renvoyer à cette péninsule où l’Europe se confond avec l’Asie, comme le ciel et la mer à l’horizon, ou les nuages et les montagnes à leur sommet. L’image ne se veut pas seulement poétique : c’est à ces dernières que cette immense presqu’île doit son nom. « Montagne boisée », le géographe allemand JohannAugust Zeune l’imposa en 1808, croyant à l’existence d’une longue chaîne ininterrompue ralliant les Alpes aux rivages de la mer Noire. Zeune collecta ce terme auprès des Turcs qu’il rencontra au cœur de l’actuelle Bulgarie, dans une région appelée Stara Planina, vieille montagne en bulgare. Eût-il été bulgare, le terme aurait donc tout aussi bien défini cette terre prédisposée au cloisonnement. Si le terme Balkans reste lié à de profonds confl its malheureusement ravivés ces dernières décennies, il est aussi lié à une grande richesse culturelle, due à l’empreinte laissée par les empires successifs auxquels ce territoire grand comme la France doit son histoire. Celle de Rome, qui a laissé le roumain, puis de Byzance, devenue Istanbul sous les Ottomans, sans oublier l’infl uence germanique et hongroise dans les régions plus au nord. Trois alphabets se côtoient aujourd’hui, grec, cyrillique et latin, l’alphabet arabe ayant été abandonné au début du XX e siècle. Trois religions tentent de cohabiter, le christianisme, sous les dogmes orthodoxe et catholique, l’islam sunnite et le judaïsme d’origine séfarade. Toutes ces minorités, anciennes ou récentes – les Tsiganes arrivent au XVI e siècle, tentent de se faire entendre et de maintenir leur unité culturelle et linguistique au-delà du découpage des frontières politiques qui n’a cessé de changer au cours du temps. Unité… est-ce le bon terme quand, par définition, ce qui est vivant est mouvant, sans cesse nourri d’emprunts ? Maintenir sa différence, pour exister, serait plus approprié. « Il faut bien comprendre que dans les Balkans, tout procède des anciens empires », déclarait Emir Kusturica en 1995. Une histoire que retrace Jordi Savall et dont héritent les fanfares qui incarnent le son de la péninsule. Eugenia Maximova, Kitchen Stories from the Balkans, 2010-2011. EUGENIA MAXIMOVA, COURTESY ANZENBERGER AGENCY Des Tsiganes (ou Roms), qui représentent peutêtre le meilleur exemple de la mobilité et de l’emprunt, et pour aborder enfin le domaine musical, on aimerait dire qu’ils sont partout chez eux, étant présents sur l’ensemble du territoire. Parlant toutes les langues (plus la leur) selon la terre à laquelle ils se sont attachés, ils jouent toutes les musiques, et ces concerts leurs font, logiquement, la part belle. Ils sont le trait d’union dont personne ne veut pourtant s’encombrer. Sans eux, les fêtes sont moins riches et les mariages moins prestigieux. Ils animent jusqu’aux funérailles dont la musique, qui n’est pas la leur mais celle de la communauté qui enterre son parent, vient honorer les derniers moments de présence du défunt. Les Tsiganes avaient, dans la société traditionnelle, le statut de professionnels contrairement aux musiciens locaux – bergers et paysans joueurs de flûte et de cornemuse, ou de luth chez les musulmans. On pourra les entendre, venus de Roumanie, de Serbie et de Grèce, tandis que l’Albanie sera illustrée par la flûte pastorale kaval qui, à l’image du ney turc auquel elle s’apparente, prend des allures mystiques pour accompagner le chant des frères Dervishi. Enfin, ou plutôt pour commencer la série, Jordi Savall et ses invités assureront le lien entre tous les peuples qui aujourd’hui font du mot « balkan » un synonyme de « richesse ». Marie-Barbara Le Gonidec Mémoires au présent. Les Balkans. 3 concerts, du jeudi 20 au dimanche 23 juin. Voir calendrier. 43
Vivre ORCHESTRE DES JEUNES DÉMOS ensemble La pratique de la musique classique peut-elle être un outil de démocratisation culturelle ? Tentative de réponse avec le projet éducatif Démos, impliquant musiciens et travailleurs sociaux. Travailleurs sociaux Ce qui caractérise le projet Démos, c’est son encadrement éducatif fondé sur le partage des compétences entre musiciens et travailleurs sociaux. L’enseignement est dispensé à trois, deux musiciens et un travailleur social. Pour les musiciens, l’objectif, c’est la maîtrise progressive par les jeunes apprentis de l’instrument, la découverte et la compréhension du langage musical, sur la base d’une mise en situation immédiate. Le travailleur social quant à lui connaît les enfants dans leur environnement quotidien. Tout en valorisant la pratique artistique, en allant même pour beaucoup d’entre eux jusqu’à apprendre à jouer d’un instrument, les travailleurs sociaux servent de pivot, de relais. Ils ont également à cœur des objectifs qui touchent plus directement à la citoyenneté : la régularité de la présence, le comportement, le soin apporté aux instruments prêtés, le règlement des conflits. Ce sont eux qui font le lien, fondamental, avec les familles. LAURE VASCONI Les enfants sont encadrés par des musiciens et travailleurs sociaux. L a musique classique au même titre que les autres arts fait partie d’un patrimoine universel auquel chacun a le droit d’avoir accès. De plus, sa pratique, intrinsèquement collective, favorise l’apprentissage du « vivre ensemble ». C’est sur ces fondements que s’est construit le projet éducatif Démos. Le jeu en orchestre nécessite de la part du jeune un engagement sur la durée, une capacité à se projeter dans un avenir qui lui apportera une maîtrise de plus en plus grande et qui l’aidera à travailler en groupe ; cela demande une certaine forme d’autodiscipline, un sens aigu de ses responsabilités : dans un orchestre, chacun est partie prenante du tout, l’harmonie générale dépend de l’excellence de chacun et de l’écoute qu’il a des autres. « Ils ont une oreille de groupe », s’étonne d’ailleurs une jeune musicienne du conservatoire qui travaille avec eux. Par ailleurs, jouer dans l’orchestre développe un sentiment d’appartenance, donne une place, mais pas toute la place ! On comprend donc les bénéfices éducatifs qu’un enfant peut recueillir d’une telle expérience. Le collectif et sa dynamique La force de cet encadrement éducatif et musical vient d’une double dynamique : d’un côté, la prise en compte globale de l’enfant dans son contexte social et familial pour l’amener vers le patrimoine musical par la pratique, qui engage tout l’individu, de façon physique et émotionnelle ; de l’autre côté, la conscience, pour les musiciens, de la nécessité de réfléchir sur leur transmission : est-elle adaptée à tous les types de jeunes, à l’époque, au groupe ? Que cherche-t-on à transmettre et dans quel but ? La rencontre est donc au cœur du projet. Rencontre entre musiciens et amateurs, travailleurs sociaux et artistes, enfants et adultes, et surtout rencontre avec la musique, la grande. Car il n’est pas question de transiger sur le répertoire : on joue aussi bien Beethoven que Dvo r ák, Gershwin ou Piazzolla, dans des arrangements qui permettent à chacun de s’y retrouver. Rencontre fructueuse, puisqu’elle oblige à inventer ensemble. Car la nature même du projet oblige à réfléchir à la façon d’enseigner : on ne peut pas demander à des enfants, qui plus est débutants, de faire quatre heures de technique instrumentale de suite. Aux musiciens donc d’imaginer des dispositifs particuliers : moments de chant, de déchiffrage, de technique, d’écoute, qui alternent avec l’apprentissage de l’instrument qui, lui, se fait d’entrée de jeu. Chaque séance tend vers un moment fort où c’est l’émotion qui est sollicitée, 44





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