Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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6 e Biennale d’art vocal « Je n’aime pas parler d’esthétique, mais je pense qu’il faut s’interroger sur l’Homme romantique, sur le « romantischer Mensch ». Ce qui comptait au début du XIX e siècle était de placer l’individu au centre de tout. » AKG-IMAGES/ANDRÉ HELD CITÉ MUSIQUES I Existe-t-il des relations stylistiques et techniques entre le répertoire sacré de Bach et le lied romantique que vous pratiquez conjointement ? CHRISTOPH PRÉGARDIEN I C’est possible, surtout si vous regardez ma biographie, la manière dont j’ai grandi et étudié. Au début j’ai beaucoup chanté Bach ; lorsque j’ai commencé mes études à Francfort, j’ai énormément appris en musique baroque, et plus tard j’ai également beaucoup appris de chefs comme Sigiswald Kuijken, Philippe Herreweghe, John Eliot Gardiner, Nikolaus Harnoncourt, Gustav Leonhardt. Cela ne m’a pas seulement amené à la musique baroque mais aussi à la musique classique et, au-delà, lorsque j’ai rencontré Andreas Staier pour la première fois, cela m’a conduit à Schubert, Schumann, Brahms, etc. Ainsi, ma façon de chanter le répertoire du lied est évidemment influencée par la façon dont je chante la musique baroque et la musique classique. Quelles influences avez-vous reçues des maîtres du lied ? J’ai grandi avec Dietrich Fischer-Dieskau, Fritz Wunderlich, Peter Schreier, HermannPrey, Elisabeth Schwarzkopf et Christa Ludwig. Mon professeur à la Hochschule de Francfort, Martin Gründler, possédait également une grande expérience en tant que chanteur de lieder, répertoire qu’il adorait et qu’il nous enseignait. J’ai donc été influencé par tous ces grands chanteurs (car selon moi, on écoute les enregistrements et puis on adapte quelque chose), mais je pense que le plus important pour les jeunes chanteurs est de trouver leur propre voie dans l’interprétation d’une mélodie ou d’un cycle de mélodies ; cela veut dire que la vision personnelle des émotions à exprimer dans une mélodie est d’une haute importance parce que c’est ce que le public veut voir. MARCO BORGGREVE Préférez-vous interpréter les lieder avec le même pianiste ? J’ai abordé le lied avec Michael Gees vers 1985, et notre collaboration se poursuit jusqu’à ce jour ; c’est donc un de mes très proches amis musiciens et je pense que je ferai des concerts avec lui jusqu’à ma mort [rires]. C’est une forme de partenariat qui compte beaucoup pour moi. Et cela a été la même chose avec Andreas Staier, que j’ai rencontré un peu plus tard ; notre collaboration s’est terminée il y a deux ans, mais c’était aussi un partenariat musical très fort. Aujourd’hui cependant, depuis une dizaine d’années, je me rends aussi compte que si l’on connaît très bien certaines pièces, on peut encore apprendre et vivre des expériences musicales de façon plus marquante avec un nouveau partenaire, parce qu’il apporte une autre vision de la musique et du texte. J’ai donc quelques autres pianistes comme Julius Drake, Malcom Martineau, Menahem Pressler, Hilko Dumno, Helmut Deutsch ou Wolfram Rieger ; et si vous prenez suffisamment de temps pour parler de la musique et pour répéter, c’est vraiment une expérience formidable d’avoir d’autres partenaires. Comment décririez-vous l’esthétique poétique de Winterreise ? Je n’aime pas parler d’esthétique, mais je pense qu’il faut s’interroger sur l’Homme romantique, sur le « romantischer Mensch ». Ce qui comptait au début du XIX e siècle était de placer l’individu au centre de tout, c’est pourquoi les sentiments et les émotions humaines revêtent une grande importance et doivent être exprimés ; comme sujets majeurs on retrouve la nature, les manifestations naturelles, les désirs humains, les expériences humaines. Ce qui compte pour les humains est donc l’amour, le fait de naître, le fait de mourir, la connaissance de la douleur, la connaissance de la joie et c’est cela que l’on trouve dans la plupart de la poésie au début du XIX e siècle. Sait-on comment Winterreise a été interprété vers 1820 ? Nous ne le savons pas parce que cela n’a pas été donné durant la vie de Schubert. Il a juste choisi quelques-uns des chants, en a interprété certains devant ses amis qui n’ont pas aimé et dit : « oh, c’est tellement triste et sombre, cela ne nous plaît pas ». Et lui de répondre : « eh bien vous verrez, c’est ce que j’ai écrit de mieux ». Je crois que cela s’est passé juste un an avant sa mort. Je ne suis pas sûr du fait que le cycle ait été donné en intégralité, parce qu’au départ, en découvrant le texte de Müller, Schubert n’a trouvé que douze poèmes et non pas vingt-quatre ; il a donc composé douze lieder et puis, peut-être six mois plus tard, a découvert les douze autres. Il a alors réalisé que c’était une sorte de cycle écrit par Wilhelm Müller et les a rassemblés pour former Winterreise, cycle de vingt-quatre lieder. Propos recueillis par Pascal Huynh Traduction : Delphine Malik Winterreise de Franz Schubert, par Christoph Prégardien, ténor, et Michael Gees, piano. Le samedi 8 juin, 20h. La version intégrale de cet entretien est consultable sur le site www.citedelamusique.fr 41
Jeux de paumes Avec Play, le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et la danseuse indienne Shantala Shivalingappa abordent le jeu sous toutes ses formes. Un spectacle dédié à Pina Bausch. CHERKAOUI/SHIVALINGAPPA Sidi Larbi Cherkaoui et Shantala Shivalingappa interprètent Play, 2010. KOEN BROOS Né en 1976 d’un père marocain et d’une mère flamande, Sidi Larbi Cherkaoui est une figure majeure de l’effervescente scène chorégraphique belge apparue durant les années quatre-vingt-dix. Danseur et chorégraphe, à la tête de sa propre compagnie depuis 2010, il a déjà signé de nombreuses pièces, parmi lesquelles Rien de rien (2000), Tempus Fugit (2004), Corpus Bach (2006) et Dunas (2009). Spectacle conçu et interprété avec Shantala Shivalingappa, danseuse indienne spécialiste de kuchipudi (danse classique issue du Sud de l’Inde), Play s’inscrit comme une évidence dans un parcours artistique orienté avant tout vers la rencontre avec d’autres cultures et formes d’expression. Au-dessus de cette nouvelle création flotte l’ombre majestueuse de Pina Bausch : c’est en effet l’impériale chorégraphe allemande qui avait encouragé Sidi Larbi Cherkaoui à travailler avec Shantala Shivalingappa. De ce conseil avisé a d’abord résulté un ballet de quinze minutes, présenté en 2008 dans le cadre du festival organisé au Tanztheater Wuppertal. Ainsi enclenchée, la collaboration s’est prolongée et approfondie pour aboutir au spectacle que nous pouvons voir aujourd’hui – un spectacle qui, quatre-vingt minutes durant, procure un réel enchantement. Comme son titre le suggère, Play accorde une place primordiale au(x) jeu(x), qu’il s’agisse de jeux de séduction (entre les interprètes et avec le public), de jeux d’enfants (un drôle de colin-maillard au son d’une bluette musicale tirée du Aladdin de Walt Disney), de jeux de société (une partie d’échecs grandeur nature), de jeux de jambes ou de jeux de mains. Ces dernières, souvent négligées par l’œil du spectateur, sont ici particulièrement sollicitées et suscitent une belle inventivité de la part des deux danseurs. Rivalisant de souplesse et de délicatesse, ils prennent de toute évidence énormément de plaisir à jouer ensemble et ont à cœur de partager ce plaisir. Sur le plateau, les accompagnent non seulement quatre musiciens – Patrizia Bovi (chant, harpe), Gabriele Miracle (percussions, dulcimer), Olga Wojciechowska (violon), Tsubasa Hori (percussions) – mais également des marionnettes, confectionnées par Filip Peeters, lors d’une scène tout empreinte de grâce et de légèreté. Play ne se présente donc pas comme un duo stricto sensu, ou, pour le formuler autrement, disons qu’il s’agit d’un duo très peuplé (et très bigarré), l’emploi de la vidéo, qui démultiplie l’espace, accentuant encore ce sentiment. Centré sur deux êtres (et à travers eux, deux cultures) qui se découvrent et apprennent à se connaître, ce spectacle vif et précis – chaque geste compte, chaque note résonne – dresse sans solennité aucune l’éloge de la différence : est-il geste plus beau et plus humain qu’une main qui s’ouvre et qui se tend ? Jérôme Provençal Play, par Sidi Larbi Cherkaoui et Shantala Shivalingappa. Le mardi 18 juin, 20h. Voir calendrier. 42





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