Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Arnold Schönberg (à gauche) et Igor Stravinski se font l’écho d’une même époque en témoignant de préoccupations souvent semblables. BORIS LIPNITSKI/ROGER-VIOLLET Stravinski dans ses Satires, singe le néoclassicisme du « petit Modernsky » : « Il se peut que l’art de Stravinski aille de pair avec les tissus à la mode et les cravates. Dans ce cas, l’auteur a bien raison de ne chercher que la satisfaction de sa clientèle ». Les épisodes suivants ne sont que rendez-vous manqués, comme en 1925 à Venise. Ce qui n’empêche pas Alfredo Casella de s’intéresser au Pierrot lunaire autant qu’à L’Histoire du soldat. Sans doute les errances faustiennes du soldat n’ont-elles pas plus à voir avec les clairs de lune de Giraud que l’art du cabaret avec la troupe réduite inspirée à Stravinski par les restrictions de la guerre. Mais comment nier l’influence du Pierrot sur la mutation des formations instrumentales, qu’elle ait ou non joué sur les Poèmes de la lyrique japonaise ? Finalement, Stravinski et Schönberg se font l’écho d’une même époque en témoignant de préoccupations souvent semblables. La musique de Schönberg est « vierge de toute influence » ? Celle de Stravinski se positionne vis-à-vis de la tradition russe, consciente qu’il lui faut l’« accepter ou la rejeter intégralement » ! Et si le Viennois boude le néoclassicisme, lui aussi ancre son écriture dans les formes anciennes, sautant de canons en fugues et autres passacailles, sans oublier de renouveler la forme sonate dans sa Symphonie de chambre. 1940 : en Amérique, les deux musiciens sont presque voisins. Comme Robert Craft, on déplore qu’ils aient vécu si près l’un de l’autre pendant onze ans sans se rencontrer : « C’est regrettable d’un point de vue humain. Peu importe qu’il fût trop tard ou non (et il ne l’était pas) pour un échange musical ; la chose importante, c’est que les deux compositeurs y auraient pris plaisir ». En 1945, Nathaniel Shilkret les persuade d’écrire de courtes pièces sur la Genèse. Schönberg conçoit un prélude, Stravinski sa cantate titrée Babel. Ainsi est-il revenu à quelques versets de l’Ancien Testament d’avoir réuni le juif et le chrétien orthodoxe. Et d’attendre la mort de Schönberg pour assister à la conversion dodécaphonique de Stravinski, qui confia enfin, en 1963, que le Pierrot lunaire lui avait valu « la confrontation la plus déterminante de [sa] vie ». François-Gildas Tual Schönberg/Stravinski. 5 concerts et 1 forum, du samedi 6 au samedi 13 avril. Voir calendrier. 31
Vaduz 2036 par la compagnie Melting Spot sur une chorégraphie de Farid Berki, 2011. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/WIKISPECTACLE Hymne à STRAVINSKI HIP-HOP À la Grande Halle, Le Sacre du printemps d’Igor Stravinski résonnera en mode hip-hop. Une création artistique et pédagogique portée par le chorégraphe Farid Berki et le chef d’orchestre François-Xavier Roth. la jeunesse C’est une expérience tout à fait originale qui se concrétisera à la Grande Halle de la Villette en avril prochain dans le cadre du cycle « Schönberg/Stravinski ». Soixante-quinze adolescents, âgés de 10 à 18 ans et issus de communes et de quartiers proches de La Villette, viendront présenter un spectacle de danse hip-hop plutôt insolite, une adaptation du Sacre du printemps d’Igor Stravinski. Un projet stimulant et participatif, dont l’écriture est actuellement menée conjointement avec les jeunes danseurs – néophytes pour la plupart – dans le cadre d’ateliers visant à l’appropriation de l’œuvre par la pratique. À l’initiative du projet, le chorégraphe Farid Berki a soutenu le choix de la pièce phare de Stravinski, une œuvre ayant fait scandale lors de sa création en 1913 par son approche radicale du rythme et – déjà – par sa vision chorégraphique nouvelle signée Nijinski. « Pour moi, l’idée de replacer cette œuvre dans un contexte hip-hop me paraît évidente car elle constitue un rituel de passage de l’adolescence à l’âge adulte », précise celui qui est considéré comme l’un des pionniers de la danse hip-hop en France. « C’est un hymne à la jeunesse qui se révèle, se cherche et s’émancipe. » Après Petrouchka et le Scherzo fantastique, sur lequel il travaille conjointement avec sa compagnie Melting Spot, Farid Berki revendique un attachement particulier aux ballets du grand compositeur russe. « Chez Stravinski, la danse n’est pas piégée par la musique, poursuit-il. Elle est au contraire libre de naviguer entre les lignes mélodiques, le rythme et les structures complexes. » Au-delà de l’approche artistique, le projet mené a une forte vocation pédagogique. « C’est une chance pour ces jeunes de partager des instants uniques et exceptionnels, reconnaît-il. Il est pour moi important de créer des passerelles entre les artistes dits « professionnels » et les publics dits « empêchés ». La dimension citoyenne du projet est essentielle. J’aime ce genre d’aventure improbable car elle m’oblige à réinterroger ma place d’artiste dans la cité. » Également impliqués, le chef François-Xavier Roth et son orchestre Les Siècles accompagnent eux aussi les jeunes en ateliers et seront présents sur scène. « Nous envisageons une participation active de l’orchestre au spectacle dans son aspect visuel et scénique, souligne François-Xavier Roth. Avec l’équipe technique de la Grande Halle, nous sommes en train de bâtir une scénographie qui prévoit de placer l’orchestre au centre de la danse, et qui autoriserait les danseurs à évoluer au plus près des musiciens. Pour le résultat final, je n’ai aucune inquiétude ! » Laurent Catala Stravinski en mode hip-hop, par Les Siècles, François-Xavier Roth, direction, et la compagnie Melting Spot, Farid Berki, chorégraphie. Grande Halle de La Villette, le samedi 6 avril, 20h, et le dimanche 7 avril, 16h30. Voir calendrier. 32





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