Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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C ertains orchestres élus peuvent se poser la question qui taraude les virtuoses évoluant dans une classe à part : une fois qu’on est le meilleur, comment évoluer ? Les Berliner Philharmoniker appartiennent au cercle fermé des formations internationales que leur excellence confronte à cette interrogation. Forte de cent trente années d’existence, son histoire illustre cette volonté de dépassement. L’orchestre est né en 1882 de la sécession de cinquante musiciens qui se sentaient exploités par leur employeur Benjamin Bilse. Fonctionnant dès cet instant en autogestion, les rebelles décidèrent qu’ils seraient désormais maîtres du choix de leur directeur musical et des musiciens appelés à entrer dans ce corps d’élite, ce qui demeure vrai aujourd’hui. Hans von Bülow, Arthur Nikisch, Wilhelm Furtwängler, Herbert von Karajan, Claudio Abbado, Simon Rattle aujourd’hui (débuts en 1986, premier concert en tant que Chefdirigent en 2002) : le nom des responsables musicaux successifs dit aussi que leur choix a toujours correspondu à des changements d’ère. Notamment en 1989, lorsqu’Abbado a succédé à Karajan – l’année de l’effondrement du Mur de Berlin, que ce dernier n’a pas vécu. Le primus inter pares succédait à l’autocrate génial organisé comme une entreprise. Il était aussi le premier non allemand à accéder à ce poste. Avec le Britannique Simon Rattle, l’orchestre est entré dans le XXI e siècle. Un chef neuf, moderne, ambitieux pour ses musiciens, mais doté lui aussi d’une conscience historique aiguë. L’exécution, les 26 et 27 février, des Métaboles et des Correspondances (ces dernières chantées par Barbara Hannigan) d’Henri Dutilleux, celle du Concerto pour violoncelle de Witold Lutosławski (confiée à Miklós Perényi) illustrent une politique programmatique qui fait voisiner les compositeurs contemporains, mais aussi Bach, Purcell ou Rameau avec les grands classiques austro-allemands. La création, dès 2002, de la Fondation Berliner Philharmoniker (Stiftung Berliner Philharmoniker) a permis d’assainir la situation institutionnellement et économiquement délicate qu’il a trouvée à son arrivée – Rattle est à la fois chef principal des Berliner Philharmoniker et directeur artistique de la Philharmonie de Berlin. En symbiose avec les managers généraux successifs (Martin Hoffmannoccupe le poste depuis la saison 2010-2011), il a étendu le domaine d’action déjà vaste des Philharmoniker en multipliant les ouvertures à destination des nouveaux publics. Le projet chorégraphique et éducatif Rhythm is It ! (2003), mené avec le chorégraphe Royston Maldoom autour du Sacre du printemps, en demeure un exemple cardinal. Et qui aurait imaginé que cet orchestre jouerait un jour L’Anneau du Nibelung de Wagner au Festival d’Aix-en-Provence ? Sa nomination en 2007 par les Nations unies comme ambassadeur de bonne volonté auprès de l’Unicef signale la place occupée aujourd’hui par les Berlinois. Le « Digital Concert Hall », exportation numérique des concerts donnés à la Philharmonie, leur confère en outre une ubiquité sans précédent : plus de trente concerts sont ainsi mis à disposition en haute définition chaque saison, près de cent soixante-dix étant déjà archivés. Voilà qui aurait enthousiasmé Karajan. Mais les Berliner Philharmoniker, ce sont d’abord ses musiciens, actuellement au nombre de cent vingt-huit. Excepté les Konzertmeistern et les chefs de pupitre, la place de chacun d’eux change d’un concert La Cité de la musique consacre deux concerts aux formations de chambre des Philharmoniker. Ci-dessus, esquisse de Hans Scharoun pour la Kammermusiksaal, 1968. BERLINER PHILHARMONIKER ARCHIVE à l’autre, selon un roulement qu’ils décident ensemble. Un procédé à peine paradoxal pour une formation dont la sonorité si puissante et reconnaissable transcende l’exceptionnelle valeur individuelle de chacun en une unité encore supérieure. Cela alors même que l’origine des musiciens s’est profondément diversifiée à partir des années Abbado, comme l’illustrent les quatre Konzertmeistern : Guy Braunstein (que le public de la Salle Pleyel connaît aussi comme musicien de chambre à travers l’intégrale Brahms) est Israélien ; Daishin Kashimoto, Japonais ; Daniel Strabawa, Polonais ; seul Andreas Buschatz, dernier élevé, en 2010, au rang de Konzertmeister, est un pur Berlinois ! Accueillant presque toutes les nations d’Europe – avec une certaine prédominance centre-européenne –, la géographie personnelle des Philharmoniker déborde aujourd’hui sur d’autres continents : citons les noms de Luíz Fïlip Coehlo (1 er violon, Brésilien), Marlene Ito (second violon, Japonaise), Naoko Shimizu (alto solo, Japonaise), Matthew McDonald (premier contrebasse solo, Australien), Fora Baltacigil (contrebasse, Turc), Edicson Ruiz (contrebasse, Vénézuélien), Mor Biron (basson, Israélien), Sarah Willis (cor, États-Unienne)… Très symboliquement, le pupitre des contrebasses, l’un des plus profondément caractéristiques (et constitutifs) de la sonorité des Philharmoniker, est aussi l’un des plus cosmopolites : outre les trois susnommés, il compte deux Finlandais, deux Allemands, deux Polonais et un Letton ! Côté Français, la palme revient au Franco-Suisse Emmanuel Pahud, flûte solo depuis 1993. Mais Marie-Pierre Langlamet (harpe) l’y avait précédé de dix ans. On les retrouvera tous deux, avec Daishin Kashimoto, à la Cité le 1 er mars lors d’un concert intitulé Paris-Berlin. Solène Kermarrec (violoncelle), Guillaume Jehl (trompette), Simon Roturier (second violon, dernier entré en 2011) complètent la liste. Mais au fond, peu importe. Car comme le souligne Simon Rattle, prêchant avec humour pour sa paroisse philharmonique : « Les autres orchestres comptent peut-être cinq ou six personnalités qui se distinguent – de la trempe d’un John Malkovich. Mais aux Philharmoniker, il n’y a que cela. Chacun est à sa façon un John Malkovich. » Une manière comme une autre de signifier que s’ils ne font pas de cinéma, ils nous font cependant accéder aux étoiles. Rémy Louis Berliner Philharmoniker, Salle Pleyel, les 26 et 27 février, 20h. Paris-Berlin, le vendredi 1 er mars, 20h, et Philharmonische Camerata Berlin, le samedi 2 mars, 20h, à la Cité de la musique. Voir calendrier. 27
En deux journées, cinq concerts et une leçon Chemin de lumière MARATHON BACH ENTRETIEN de musique publique à laquelle les auditeurs sont invités à participer, Sir John Eliot Gardiner propose un monumental Marathon Bach. 28





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