Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CITÉ MUSIQUES I Le premier concert de la saison était consacré à Poulenc, Prokofiev et Stravinski. Ces classiques du XX e siècle sont-ils emblématiques du répertoire de l’Orchestre de Paris ? PAAVO JÄRVI I J’aimerais pouvoir être aussi clair sur ce qu’est véritablement notre « marque de fabrique ». Le fait est que nous avons des directions distinctes, ces lignes d’une extrême cohérence, sur trois saisons déjà, mais ce ne sont pas des directions isolées. Je ne peux pas dire « c’est juste la musique française » alors qu’il y a tant de musique française. Je ne peux pas non plus dire « c’est seulement la musique du XX e siècle » alors qu’il y a tant de répertoire au XX e siècle. Mon souhait est d’essayer de rendre les choses intéressantes pour tout le monde, sans perdre la clarté des lignes et des idées de cycles. Donc je dirais : musique française du XX e siècle, musique nordique, musique classique, chacune étant placée dans le contexte où elle prend sens. Vous êtes connu comme l’un des grands interprètes de la musique nordique, de Sibelius en particulier. Diriez-vous que Sibelius est devenu un classique ? Selon moi, Sibelius est un classique, et je crois qu’il mérite d’être considéré comme répertoire de base. Malheureusement, en particulier dans certains pays comme la France ou l’Allemagne par exemple, on le joue un peu moins qu’en Angleterre ou en Amérique. Peut-être cela est-il lié au fait que Sibelius a trouvé un puissant soutien de la part de chefs ayant travaillé en Angleterre et en Amérique : Sir Thomas Beecham, Ormandy, Stokowski, Barbirolli ; tous ces gens ont aimé et soutenu Sibelius comme sa musique. Cela arrive de plus en plus en France, et si je peux y contribuer, cela arrivera encore plus en Allemagne. Il est certain que cette musique nécessite une introduction, mais après il est diffi cile de ne pas l’aimer. Parmi les créations de cette saison figure une pièce de Karol Beffa, pour piano et orchestre… Karol Beffa se place parmi les compositeurs majeurs ; sa musique possède cette combinaison parfaite entre la sophistication et l’intérêt intellectuel sans toutefois s’éloigner du public, sans perdre le lien avec le passé. La musique du XX e siècle a connu tant de tournants divers ! Une grande partie de la musique du XX e siècle a réussi à se couper complètement du public, et des interprètes aussi. Je pense que, heureusement, nous revenons aujourd’hui à un bon point d’équilibre entre l’art et le cerveau, entre l’âme et le cerveau : la musique sans l’intellect n’a pas vraiment d’intérêt, mais la musique sans âme est encore pire. L’un des temps forts de la saison consiste dans les concerts Lutoslawski, qui n’a plus été joué depuis 1988. Il est tout à fait possible que le Concerto pour piano de Lutoslawsi soit donné pour la première fois depuis l’époque où il a été dirigé par le compositeur, ce qui est une grande responsabilité. Lutoslawski était lui-même un bon chef, il a souvent dirigé son œuvre, et bien sûr Krystian Zimerman est la personne pour laquelle il l’a écrite. Le Concerto pour orchestre est une pièce des plus charmantes, j’adore cette musique. Cependant c’est selon moi encore une de ces pièces un peu négligées pour je ne sais quelle raison. Il devrait être sur le même plan, en termes d’exécution, que le Concerto pour orchestre de Bartók, mais je pense que cela va revenir, il sera donné de plus en plus, surtout si nous accordons un peu plus d’attention au centenaire de sa naissance, et si la plupart des collègues de ma génération dirigent cette pièce. Je la considère comme un chef-d’œuvre. La Pologne est d’ailleurs à l’honneur cette saison, dont le répertoire reste peu connu en France… Le problème avec les pays de grande culture musicale comme la France est que vous avez tant de choses. Vous avez tellement de bonne musique ici, et particulièrement si l’on commence à regarder le XX e siècle, qu’il est difficile de promouvoir de la musique d’un compositeur contemporain. Voici donc l’une de nos missions à l’Orchestre de Paris : donner à l’occasion de la musique venue de régions moins connues, comme la Scandinavie, mais aussi l’Angleterre, la Pologne… Le monde regorge de musique intéressante et nous ne jouons peut-être qu’un pour cent de celle-ci ! Quelle est votre politique en matière de concerts familiaux et pour la jeunesse ? C’est l’une des véritables spécialités de l’Orchestre de Paris. J’ai été tellement impressionné par le sérieux et l’engagement dont témoigne l’ensemble quand il s’agit de concerts Jeune public, et par les salles combles, remplies d’enfants de 6-7 ans. Par ailleurs, cet orchestre compte des musiciens de grande qualité qui vont dans les écoles pour montrer les instruments, jouer en quatuor, interpréter toutes sortes de répertoire de chambre ou de musique contemporaine. Le nouveau public est très choyé ici, et je vois bien à quel point il est en augmentation. « Je pense que, heureusement, nous revenons aujourd’hui à un bon point d’équilibre entre l’art et le cerveau, entre l’âme et le cerveau : la musique sans l’intellect n’a pas vraiment d’intérêt, mais la musique sans âme est encore pire. » Quels sont les enjeux de la Philharmonie pour l’Orchestre de Paris ? La Philharmonie est une nouvelle perspective exaltante, quelque chose que tout le monde attend avec impatience. Pour nous, bien sûr, orchestre en résidence, nous attendons beaucoup de cette ouverture, parce que cela changera notre vie de façon radicale. Et ce qui compte pour moi est de ne pas oublier que nous jouons pour les gens. Nous ne sommes pas une organisation élitiste, nous jouons de la musique pour un public et nous sommes très suivis ici. Je veux éviter de perdre ces gens-là parce que le lieu que nous avons en ce moment est formidable, et pourtant j’ai hâte d’étudier à la Philharmonie et de voir comment nous pouvons développer une relation avec le public local, celui qui vit autour de la Cité de la musique. Propos recueillis par Pascal Huynh Traduction : Delphine Malik Orchestre de Paris, Paavo Järvi, direction. Les mercredi 27 et jeudi 28 février. Voir calendrier. La version intégrale de cet entretien est disponible sur www.citedelamusique.fr. Le programme de la saison 2012-13 est consultable sur www.orchestredeparis.com 23
DOMAINE PRIVÉ I LAURIE ANDERSON Conteuse d’histoires Laurie Anderson a changé la pratique de la performance, inventé des instruments inédits, créé un art de raconter par le chant, les images et les textes. Mais son portrait, ce sont aussi ses invités qui le signent dans le cadre de son Domaine privé. CITÉ MUSIQUES I Comment allez-vous aborder ce Domaine privé ? LAURIE ANDERSON I Je souhaite avant tout me faire plaisir et le faire partager en invitant des musiciens qui figurent parmi mes préférés. J’ai participé ces dernières années à de nombreux festivals qui affichaient des thèmes bien définis, donc cette fois je n’ai pas trop envie de me fixer de contraintes, mais plutôt de laisser la magie apparaître sans préméditation. Cela devrait ressembler à une grande fête débridée, c’est en tout cas ce que j’espère. Ce sera très différent du concert que vous avez donné en 2010 au même endroit ? Oui, très différent, car à l’époque j’étais dans le cycle de la promotion de mon dernier album, Homeland, et la trame était forcément liée à ce disque en particulier. Cette fois, même si rien n’est encore bien défini, j’ai envie de brasser des choses beaucoup plus larges et de trouver une autre façon de créer un récit avec ma musique. Il y aura d’ailleurs plus de musique à proprement parler que la dernière fois. Parmi vos invités on trouve GlennBranca et Colin Stetson ; pourquoi ces choix en particulier ? Ce sont deux musiciens que j’admire profondément. Je n’ai jamais joué avec Glenn, en revanche j’ai partagé avec Colin des moments vraiment intenses sur scène. Je trouve toujours assez merveilleux qu’un instrument unique (le saxophone basse,ndr) parvienne à occuper tout l’espace comme c’est le cas avec lui. Cette MAGGIE SOLADAY expression brute, sans le filtre d’un groupe, qui émane d’une seule personne me fascine et je trouve que la musique de Colin propage une intensité émotionnelle vraiment particulière. C’est la même chose avec Glenn, j’aime l’amplitude que parvient à atteindre sa musique, le volume qu’elle prend et qui n’est pas seulement lié au volume sonore. Cela fait maintenant trente ans qu’est sorti Big Science, votre premier album. Un disque qui préfigurait le monde multimédia dans lequel nous vivons aujourd’hui… D’une certaine manière oui, ce disque annonçait l’avènement d’un nouveau monde hyper connecté et je dois avouer que ce monde est arrivé plus vite que je ne l’aurais imaginé. Aujourd’hui chacun dans sa vie quotidienne est amené à utiliser des outils multimédias, alors qu’à l’époque cela ne dépassait que très rarement les frontières de la science ou de l’art. Ce monde, qui est toujours en construction sous nos yeux, est forcément stimulant pour un artiste. Le seul regret que l’on peut avoir, c’est la standardisation de tous ces outils qui n’ont plus rien de mystérieux. Tout le monde manipule Photoshop ou GarageBand et se donne l’illusion d’être un artiste, ce qui conduit à une sorte d’infl ation d’œuvres qui paraissent originales à leurs auteurs mais qui en réalité sont souvent très semblables et uniformes. Cela vous pousse à vous surpasser, à pousser encore plus loin vos recherches ? Pas nécessairement, car contrairement à ce que l’on raconte, je n’ai jamais prétendu faire partie de l’avant-garde. Pas plus aujourd’hui qu’à mes débuts. Je n’ai jamais cherché à me distinguer juste pour le plaisir d’être à part ou de me sentir en avance sur mon époque. Ce que je suis, profondément, c’est une conteuse d’histoires. L’abondance de technologies complexes n’est pas une fin mais un moyen de donner une perception originale du monde. Je ne suis pas du genre à suivre de manière effrénée les nouveautés hightech, je n’ai pas d’attirance particulière pour les derniers outils les plus performants, je poursuis juste un fil narratif en me servant des choses qui m’entourent. Aujourd’hui, même les très jeunes enfants ressemblent à des ambassadeurs de marques high-tech, c’est l’une des plaies de la société capitaliste de vouloir nous vendre de force 24





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