Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
Cité Musiques n°71 jan à jun 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°71 de jan à jun 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Cité de la Musique

  • Format : (229 x 300) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : musique et cinéma.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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CITÉ MUSIQUES I Pourriez-vous nous raconter la genèse de ce projet qui parcourt, en trois soirées, le mouvement minimaliste – de ses premiers pas à ses développements actuels ? KATIA LABÈQUE I C’est Igor Toronyi-Lalic, critique musical au Times, organisateur d’événements et réalisateur, qui nous a contactées alors qu’il préparait à Londres un festival à l’occasion du cinquantième anniversaire du minimalisme. L’idée était de s’inspirer des concerts organisés par La Monte Young dans le loft de Yoko Ono dans les années soixante, qui réunissaient des compositeurs minimalistes dans un mélange de musique improvisée et de musique écrite. Il nous semblait donc intéressant de ne pas nous en tenir uniquement à la musique pour quatre mains ou deux pianos, mais d’élargir à tout ce qu’a englobé ce mouvement dans le monde – des pionniers comme Satie qui, dans ses Vexations, répète le même système 840 fois, ce qui pour l’époque était assez incroyable, jusqu’à des groupes comme Radiohead ou Sonic Youth, qui ont évidemment adopté assez clairement dans leur façon d’écrire les principes des compositeurs minimalistes. Étiez-vous familières du répertoire minimaliste ? K.L. I Non, ça n’était pas du tout notre répertoire. Nous n’avions jamais joué ni John Cage, ni SteveReich, nous n’avions jamais entendu parler de certains compositeurs, comme William Duckworth – Duckworth est le premier qui ait écrit sur John Cage, il était lui-même un grand compositeur, et il a été très actif aux États-Unis. MARIELLE LABÈQUE I En ce qui me concerne, j’étais complètement passée à côté de ce mouvement. Je connaissais ces compositeurs mais, à l’époque où nous avons commencé notre carrière, nous jouions beaucoup de musique contemporaine, notamment de Luciano Berio, qui n’était pas tout à fait de la même école que John Cage… Est-ce une musique qui s’aborde de la même manière que votre répertoire habituel ? K.L. I Certaines pièces, oui. C’est le cas des Satie ou d’Experiences de John Cage, qui est très classique dans un sens. C’est une très belle pièce basée sur des silences. Mais c’est quand même un langage très pianistique, très classique. Quand on joue avec le groupe, en utilisant la musique électronique, il est vrai que c’est un peu différent. M.L. I Des pièces comme celles de Howard Skempton aussi sont différentes. Je n’avais jamais joué une musique pareille, une musique qui n’a pas de début, qui n’a pas de fin. On prend tout son temps, on joue avec les silences, c’est beau, tout à coup une atmosphère se crée avec le public, c’est comme des moments, des images… À l’opposé, la musique minimaliste requiert aussi parfois beaucoup d’énergie, notamment la pièce de Philip Glass, qui est rythmiquement très difficile, et d’un type de difficulté qu’on n’avait jamais abordé jusque-là. K.L. I Oui, c’était un nouveau langage, c’est vrai. La pièce de Michael Nyman What a Dance, qu’il a transcrite pour nous pour ce projet, est un peu comme celle de Philip Glass. On a l’impression que c’est tout le temps pareil mais en fait ça n’est jamais la même chose. Comment s’est développé ce projet, de l’idée de départ aux trois soirées qu’il comprend désormais ? K.L. I Nous avons développé l’idée avec nos musiciens Nicola Tescari, David Chalmin et Raphaël Séguinier, avec lesquels nous avions déjà travaillé sur différents projets. Chacun a apporté quelque chose. Nous, des choses très écrites, et le groupe, des choses plus improvisées. L’idée était de faire appel évidemment aux compositeurs de référence, mais aussi de faire découvrir ce langage-là dans la musique d’aujourd’hui. M.L. I Nous avons aussi reçu énormément de partitions. Ce projet sur la musique minimaliste a été maximaliste de logistique. Il y avait beaucoup de pièces à travailler, certaines qu’on aimait beaucoup, d’autres qui nous intéressaient moins… J’ai découvert de la musique que je n’avais jamais jouée, ni même écoutée. C’est merveilleux de rentrer dans un projet et de découvrir des œuvres que l’on aime. BRIGITTE LACOMBE Pourquoi teniez-vous à proposer de nouvelles compositions au public alors qu’on imagine que le répertoire existant était déjà énorme ? K.L. I Justement pour ne pas laisser la musique nouvelle de côté. Je crois que ce qui est intéressant dans le mouvement minimaliste, c’est qu’il se poursuit aujourd’hui. Peu de mouvements dans la musique contemporaine classique ont influencé autant de domaines musicaux. On retrouve aujourd’hui le mouvement minimaliste jusque dans la musique rock ou électronique. L’idée de la série de concerts donnés dans le loft de Yoko Ono, à l’époque, était de jouer des œuvres nouvelles. Lorsque l’on reprend des pièces de John Cage, Terry Riley, Howard Skempton ou William Duckworth, ce ne sont pas des créations – bien que je ne sache pas si William Duckworth, par exemple, a déjà été joué en France. Il nous paraissait important d’avoir un pied dans la création avec des jeunes musiciens d’aujourd’hui, de partir de Satie ou même Tarquino Merula – Nicola Tescari a écrit une pièce qui fait référence à Merula, compositeur italien du XVI e siècle –, et d’aller jusqu’à une musique qui reflète ce qui se passe aujourd’hui. M.L. I Il faut aussi mentionner la pièce de Philip Glass, que j’aime énormément. C’est une nouvelle pièce qu’il a écrite pour deux pianos et qui s’appelle Four Movements. Elle est vraiment très belle, nous l’avons beaucoup jouée maintenant. Philip Glass a désormais pour projet d’écrire un concerto pour deux pianos pour nous, que nous allons créer en 2014 ou 2015. C’est donc un projet qui est amené à connaître de nouveaux développements. Propos recueillis par Gaëlle Plasseraud Minimalist Dream House, par Katia & Marielle Labèque. Beginnings, le lundi 18 février, 20h. Europeans and Experimentalists, le mardi 19 février, 20h. Rock’n rollers, le mercredi 20 février, 20h. Voir calendrier. 19
Le L’ANDALOUSIE GITANE pur & S’il y a bien une tradition dans laquelle la mémoire ne s’oppose pas à la création, c’est celle de l’Andalousie gitane. Rien de figé : ce flamenco brille de tous ses feux. l’impur À force d’âme, depuis des siècles, le flamenco est un corps vivant qui réinvente sans cesse son identité reliée entre l’art et la technique, la tragédie et le lyrisme, l’académique et le spontané. Il dessine sa propre cartographie géographique et humaine avec ses abysses et ses altitudes, ses sols arides, la richesse de ses mines, le dédale de ses quartiers, la chaleur de ses forges. Le flamenco a engendré ses propres valeurs et ses parts obscures. Il a la douceur de sa tendresse et l’âpreté de son amertume, il a ses cris partagés, entre la rage de vivre et le désespoir. Il est fait de géométries tracées au compas (mesure), avec ses jeux de bras, ses frappes entre la pointe des pieds et le talon, ses facettes divergentes et multiformes, son célèbre triangle : Séville, Huelva, Cadix, avec Jerez au centre. Le flamenco est jalonné de lieux sacrés et profanes, de processions et de pèlerinages. Il a ses temples autant que ses églises, ses cafés cantantes et ses tablaos (cabarets), ses peñas (cercles), ses réunions intimes (juergas), ses fêtes familiales (baptêmes, mariages, funérailles), ses chants de Noël (villancicos), ses académies et ses festivals. Autant de creusets pour autant de destins singuliers, célèbres et anonymes qui nous invitent à comprendre comment le flamenco a su imposer son style au reste du monde. Comment l’Andalousie pourrait-elle être andalouse sans être gitane ? Question provocante qui prête à débat lorsqu’il s’agit de revendiquer l’héritage, tant les filiations, les généalogies s’entrecroisent. Le pur et l’impur se confrontent, les accidents de la grande histoire de l’Espagne – arabo-andalouse, catholique, franquiste et républicaine, monarchiste, indépendantiste, régionale – marquent les bornes de la mémoire flamenca. De son émergence aux XVIII e et XIX e siècles à la complexité des nombreux apports (grecs, ibères, byzantins, juifs, arabes, berbères…), de nombreuses études ont mis en relief toute la difficulté de lui assigner une histoire. Federico Garcia Lorca et Manuel de Falla se sont penchés sur son esthétique avec ses codes musicaux et ses ruptures. « Un pouvoir mystérieux que tout le monde ressent et qu’aucun philosophe n’explique », nous dit Lorca. Quoi qu’il en soit, le débat reste toujours vif et entier lorsqu’il s’agit de départager le flamenco de ce qui ne l’est pas, la représentation mythique que l’on peut s’en faire, que l’on soit Gitan ou pas. Avec son folklore qui inspire la méfiance, avec ses excès qui intriguent et fascinent, le flamenco défend farouchement son originalité. Il se fonde sur des esprits rebelles dont l’art résiste à la dispersion, à la dissolution et à la récupération. Comment l’Andalousie pourrait-elle être andalouse sans être gitane ? Question provocante qui prête à débat lorsqu’il s’agit de revendiquer l’héritage, tant les filiations, les généalogies s’entrecroisent. Pour débattre de toutes ces questions, Jacques Maigne, qui sera présent lors du Forum du 23 février, nous a confié son regard de journaliste qu’il exerce sur le flamenco depuis trente-cinq ans : « Ce qui m’intéresse le plus dans le flamenco, ce sont des moments à vivre. C’est une culture espagnole et andalouse totalement raffinée, un fil historique qui se renouvelle et qui s’égare parfois dans des batailles de puristes qui, dès que l’on sort du dogme, poussent des hurlements. Par-delà les transcendances, le flamenco continue de s’affirmer et de surprendre. En terre andalouse, il s’est forgé un style, une forme propre. Cela donne une immense variation de couleurs et de tonalités. C’est aussi la structure clanique et familiale des Gitans qui a fait que le flamenco a évolué en adéquation avec leur façon de vivre au sein des familles, des dynasties, des transmissions… » 20





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