Chroniques n°87 jan/fév/mar 2020
Chroniques n°87 jan/fév/mar 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°87 de jan/fév/mar 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 28,0 Mo

  • Dans ce numéro : la BD à la BnF.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La BD à la BnF À l’heure où Astérix fête ses soixante ans et envahit les linéaires avec cinq millions d’albums, c’est tout un secteur de l’édition et de la création qui, en France, tente de profiter du goût des lecteurs et des lectrices pour la bande dessinée. Depuis une vingtaine d’années, la croissance de la production éditoriale a bouleversé le paysage français des cases et des bulles. De moins de 1 000 albums édités à l’année, on est passé à 2 000 en 2002, 3 000 en 2004, 4 000 en 2006, 5 000 en 2010, pour atteindre 5 700 sur les douze derniers mois. D’une soixantaine d’éditeurs on est passé à presque 400, avec plusieurs milliers d’auteurs actifs. L’explosion des genres Ce « bédé-boom » est d’abord celui de l’ouverture, avec le développement massif de genres autrefois méprisés comme l’heroic fantasy (Siegfried, Alex Alice) et sa variante la fantasy celtique (Merlin, Jean-Luc Istin), le fantastique ou l’horreur (Sanctuaire, Christophe Bec et Xavier Dorison), la régénération de la bande dessinée jeunesse, d’humour, de la science-fiction (Epiphania, Ludovic Debeurme), ou encore de la BD historique. L’apparition des thèmes sociaux (Les Mauvaises gens, Étienne Davodeau), de l’autofiction (Ailefroide, Rochette), du reportage journalistique (Sarkozy-Khadafi, Thierry Chavant et alii), de la chronique intime (Portugal, Cyril Pedrosa), d’un courant explicitement féministe (Culottées, Pénélope Bagieu), des adaptations de classiques littéraires (Proust par Stéphane Heuet), de biographies (Voltaire amoureux, Clément Oubrerie) et enfin, l’écho auprès d’un large public de démarches expérimentales telle celle de Marc-Antoine Mathieu (3’’) ont également contribué à cet essor. Le public, autrefois réuni « de 7 à 77 ans », s’étend et se diversifie à tous les âges et tous les genres, avec une féminisation massive du lectorat. L’influence du manga Si les créateurs francophones brillent dans tous ces domaines, c’est l’influence du manga qui a été longtemps déterminante comme moteur et aiguillon de ce renouvellement. Le genre a séduit les adolescents par les thèmes originaux qui y sont abordés, notamment autour de la vie quotidienne (Le Quartier de la lumière, Inio Asano) ou des sentiments Dessin © Patricia Lyfoung BÉDÉ-BOOM : UN ÂGE D’OR EN FRANCE ? (Nana, Ai Yazawa, Bride Stories, Kaoru Mori), par ses langages graphiques secouant le lecteur occidental (Blame, Tsutomu Nihei), par la coexistence de succès commerciaux fédérateurs (Naruto, One Piece) et de grands auteurs admirés tels Jîro Taniguchi, Takehiko Inoue ou Taiyou Matsumoto. Aujourd’hui, une bande dessinée sur trois éditée en France est un manga (japonais), manhwa (coréen), manhua (chinois) – sans parler des « manfra » de chez nous tels Dreamland de Reno ou Lastman de Vivès et Balak. Le comics et les auteurs anglo-saxons sont numériquement moins présents (autour de 15 %), mais sont portés par la vague des films Marvel et DC ou des séries issues de comics telles Walking Dead, et par les brillants représentants du graphic novel, comme Emil Ferris ou Jeff Lemire. Cette effervescence correspond enfin à la maturité de plusieurs générations de scénaristes, dessinateurs ou auteurs complets : Lewis Trondheim, Joann Sfar, Zep, Christophe Blain, Manu Larcenet, Blutch, Lucie Durbiano, Marion Montaigne, Chloé Cruchaudet, Catel ou Vanyda… et tant d’autres ! Sous la vitalité, les inégalités Cette vitalité s’incarne dans d’importants festivals, au premier rang desquels Angoulême, mais aussi Saint-Malo, Bastia, Blois, Paris et son SoBD, ou encore le phénomène Japanexpo. Malheureusement tous les auteurs n’en profitent pas. Ces 100 nouveautés hebdomadaires ont peu de temps pour rencontrer le public, les tirages moyens baissent, le fonds n’est plus visible et rapporte en conséquence fort peu. Cela donne lieu à une paupérisation des auteurs qui se sont fédérés derrière Denis Bajram et Benoît Peeters au sein des États généraux de la BD, pour réclamer d’être vraiment les acteurs des évolutions majeures de la bande dessinée : la fabrication, la distribution et maintenant l’édition numérique, les nouveaux droits, le statut d’auteur… Autant de sujets que le ministère de la Culture a fait étudier à travers le rapport de Pierre Lungheretti, puis l’actuelle mission confiée à Bruno Racine le 9 avril 2019 sur les artistes-auteurs. « À suivre » donc ! Olivier Piffault Conservateur à la BnF C H R O N I Q U E S D E L A BnF Nº87 I 29



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