Chroniques n°65 jan/fév/mar 2013
Chroniques n°65 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,3 Mo

  • Dans ce numéro : Le livre d'heures de Jeanne de France entre à la BnF

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dossier > ACQU ISIT IT ION BNF UD ER ZO rable et international i des biens culturels. Les livres rares considé- ont vu leur prix multiplié par six à huit depuis dix ans. Les manuscrits enluminés de qualité sont rarement vendus en deçà d’un million d’euros. La presse ne manque pas de se faire l’écho des surprenants sommets atteints par la vente de pièces considérées il y a encore vingt ans comme de moindre valeur. En 2011, une marine de Le Gray, ce photographe finalement peu connu du xix e siècle, a atteint près d’un million d’euros en vente publique à Paris. En 2010, pour prendre un exemple bien plus humble et plus radical encore, un exemplaire du numéro 1 d’Action comics (1938) où apparaît pour la première fois Superman – et qui coûtait 10 cents à l’époque – s’est arraché un million de dollars aux États- Unis. Cet enchérissement explique pour une large part le recours de plus en plus fréquent au mécénat, dans un contexte économique où l’État resserre partout sa contribution à la culture. Il est devenu vital d’y recourir, sous peine de voir des œuvres patrimoniales rares et précieuses sortir du territoire et ou devenir plus ou moins inaccessibles à la consultation. La plupart des grandes entrées récentes de la Bibliothèque ont ainsi bénéficié de la générosité de particuliers ou d’entreprises mécènes : les manuscrits de Casanova, les archives de Guy Debord, celles de Michel Foucault, mais aussi des manuscrits enluminés très rares tels la Vie de sainte Catherine d’Alexandrie ou, tout récemment, Le Livre d’heures de Jeanne de France, pour lequel le mécénat a été complété par une 22 – Chroniques de la BnF – n°65 souscription publique qui a connu un grand succès. À ces deux défis généraux, la BnF en a ajouté un troisième, qui l’engage encore plus directement. Longtemps elle a eu la réputation de ne s’intéresser qu’aux genres les plus « nobles », aux artistes les plus « classiques » … Ce temps paraît révolu. Sous l’impulsion de conservateurs résolument de leur temps, la BnF a élargi ses champs d’intérêt et s’attache désormais à rendre compte de la création contemporaine dans ses nombreuses facettes et avec une plus grande réactivité. C’est le sens profond de nombreuses entrées récentes : la BnF a accueilli les archives de René Girard, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Julien Gracq, Jean Malaurie, René Rémond, mais aussi celles de Noëlle Châtelet, Hélène Cixous, Annie Ernaux ou Olivier Rolin, sans oublier des auteurs de romans policiers ou de science- fiction, tels Jean- Patrick Manchette ou Pierre Boulle, de la grande choré graphe Carolyn Carlson, des dessinateurs Albert Uderzo, Georges Wolinski… et bien d’autres projets sont en cours. Approche culturelle décloisonnée qui s’intéresse à toutes les formes de création comme à la vie intellectuelle dans son ensemble, positionnement au diapason de la société contemporaine, c’est la BnF d’aujourd’hui dans la société d’aujourd’hui. ©2012 Les Les Editionsons sA A Albert Albert Rene/Goscinny-Uderzo o Un pacte de confiance Un tel article ne voudrait cependant pas donner l’idée d’un monde culturel de plus en plus marchand ou concurrentiel. Si des défis contemporains s’imposent, s’affirment aussi des traditions et d’abord celle de la grande générosité des créateurs à l’égard des collections publiques. Elle passe par une grande confiance dans l’État, et notamment la BnF, qui garantit tout à la fois continuité, indépendance, rigueur, accessibilité des œuvres aux chercheurs, respect du droit et, en premier lieu, celui des créateurs. De ce pacte de confiance avec une institution il faut dire aussi la dimension humaine… Entre les créateurs ou leurs ayants droit et les En haut à gauche Astérix chez les Belges, case de la planche originale 1B à droite Papillon « Si vous vous croyez du génie… » Internationale Lettriste Décembre 1955 Ci-dessous Roland Barthes, projet de maquette pour la couverture de Roland Barthes par Roland Barthes, dessin, 1974. ACQU ISIT ITIO ION BNF GUY DEBO BORD représentants de la BnF (président, direction générale, conser vateurs…) se noue une relation privilégiée, toujours marquée par un grand respect mutuel et souvent beaucoup d’amitié. Un auteur qui travaille en collaboration avec un conservateur en charge de « son » fonds, sait qu’il peut s’appuyer sur une compétence soucieuse de s’exercer avec rigueur, engagement, et imagination aussi, pour ce qui concerne la conception d’expositions, de colloques, de travaux de recherche ou toute autre action de valorisation. On en donne ici un des meilleurs exemples avec le lien intellectuel tissé entre Pierre Guyotat et le conservateur en charge de ses archives au département des Manuscrits, Guillaume Fau [lire page ci-contre]. Denis Bruckmann& Sylvie Lisiecki ACQU ISIT ITIO IO N BNF RO LAND BAR ARTH THES BnF, Manuscrits
Dossier > Trois questions à Bruno Racine, président de la BnF Le manuscrit des Mémoires de Casanova, les archives de Roland Barthes et maintenant celles de Michel Foucault… Sous votre impulsion, des acquisitions très remarquables ont été faites par la BnF ces dernières années. En quoi de tels enrichissements sont-ils à vos yeux une priorité ? À l’ère du numérique, et donc d’un accès potentiellement sans limites aux œuvres, la conservation des originaux est un enjeu majeur – car dans sa matérialité l’objet est irremplaçable. La quête de ces « trésors nationaux » est en outre, d’un point de vue plus personnel, l’une des facettes les plus exaltantes de ma mission. Au bout du compte, c’est l’acquis le plus durable auquel je puisse contribuer et, comme on l’a vu par exemple avec l’entrée dans nos collections des manuscrits de Casanova, c’est une source de rayonnement incomparable pour l’institution. Y a-t-il un écrivain contemporain dont vous souhaitez particulièrement qu’il dépose ses archives à la BnF ? Plusieurs le font déjà et je leur en suis très reconnaissant. Je pense en particulier à Annie Ernaux, Pierre Guyotat et Olivier Rolin, et je ne voudrais pas donner le sentiment que je fais pression sur certains de mes amis en citant leurs noms. Toutefois, pour vous donner un exemple proche de nous qui me tiendrait à cœur, je serais très heureux que les archives d’Antonio Tabucchi, disparu hélas en mars 2012, puissent entrer à la BnF. Il représente le lien entre l’Italie, le Portugal et la France, et symbolise à mes yeux le meilleur d’une authentique culture européenne. Vous êtes vous-même écrivain. Quel sens aurait pour vous le fait de déposer vos archives à la Bibliothèque ? J’ai déjà commencé à le faire. C’est pour moi un honneur et un devoir. Ci-contre Pierre Guyotat et Guillaume Fau au département des Manuscrits, en 2004 Photo David Paul Carr/BnF Les archives vivantes de Pierre Guyotat La BnF collecte les archives d’écrivains vivants. En 2004, Pierre Guyotat a fait don de ses manuscrits et de certains documents audiovisuels. Il continue de confier ses archives à la Bibliothèque, courrier électronique compris. Guillaume Fau, le conservateur chargé du fonds, et Pierre Guyotat répondent à nos questions. Chroniques : Quelles ont été les circonstances de ce don ? Guillaume Fau : J’ai fait la connaissance de Pierre Guyotat en 2004, à la BnF, au moment où il a fait don de ses archives au département des Manuscrits. Monique Cohen, alors directrice du département, m’avait demandé d’assurer la responsabilité du fonds : j’ai accepté avec enthousiasme, très impressionné par l’œuvre et son auteur. Notre première rencontre s’est déroulée dans la salle Rothschild du département des Manuscrits, où nous avions organisé pour Pierre Guyotat une présentation de quelques-uns des trésors issus de nos collections : nous avons feuilleté le manuscrit des Pensées de Pascal, celui des Liaisons dangereuses, les fragments d’Une Saison en enfer, Voyage au bout de la nuit… Ce fut un moment très émouvant qui a permis de nouer le contact. Puis, assez vite, il a été question de recueillir les archives électroniques de Pierre Guyotat. En effet, il n’écrit presque plus qu’à l’ordi nateur ou dicte ses textes. Comment cela se passe-t-il concrètement ? G. F. : Depuis quelques années, une fois par mois environ, je vais chez Pierre Guyotat et je transfère les fichiers sur clé USB pour archivage à la BnF. J’en fais aussi un tirage papier de sécurité. Cela représente aujourd’hui un ensemble très volumineux de textes en cours, régulièrement enrichi. Tout récemment, avec Matthieu Bonicel, responsable de la mission informatique et numérisation au département des Manuscrits, nous sommes allés récupérer la correspondance électronique de Pierre Guyotat. Les données ont été transférées directement depuis son ordinateur et de son iPhone sur une clé USB, puis archivées à la Bibliothèque. Nous avons ainsi sauvegardé quelque 3 500 courriels de sa correspondance électronique, ainsi que près de 2 600 textos depuis 2009. C’est une première au département des Manuscrits ! Il s’agit d’une correspondance à part entière, à la fois privée et professionnelle, avec ses amis, ses éditeurs, ses traducteurs… C’est tout cet ensemble qui constitue aujourd’hui le fonds Pierre Guyotat, au côté des grands manuscrits de Tombeau pour cinq cent mille soldats, Éden, Éden, Éden ou Progénitures, et des enregistrements de spectacles, lectures et improvisations qui ont été numérisés par le département de l’Audiovisuel. Pierre Guyotat, pourquoi avez-vous souhaité que la BnF conserve vos textos et vos courriels ? Pierre Guyotat : Écrire, c’est, en partie du moins, « conserver » sa pensée : en somme, une activité … Chroniques de la BnF – n°65 – 23



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