Chroniques n°65 jan/fév/mar 2013
Chroniques n°65 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°65 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,3 Mo

  • Dans ce numéro : Le livre d'heures de Jeanne de France entre à la BnF

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Auditoriums > « Donner aux jeunes le goût des mathématiques » Confronter les mathématiques, des enjeux de société et un texte : tel est l’objet du cycle de conférences « Un texte, un mathématicien ». Sylvie Méléard, mathématicienne probabiliste enseignant à l’École polytechnique, s’appuiera sur Darwin pour souligner l’importance des mathématiques appliquées. Chroniques : Quel est le sujet de votre intervention à l’intérieur de ce cycle ? Sylvie Méléard : Vulgariser, expliquer les enjeux de nos travaux scientifiques est fondamental. On ne « raconte » pas suffisamment les mathématiques. J’ai répondu à l’invitation de Martin Andler *, qui a initié ces cycles de conférences, avec l’espoir de donner aux jeunes le goût des mathématiques, notamment des mathématiques appliquées, que je pratique. Je développe en effet des « objets » mathématiques qui permettent de modéliser des situations biologiques et écologiques complexes. Ce sont ces modélisations que j’exposerai simplement aux jeunes et aux lycéens qui assisteront à la conférence du 23 janvier. J’ai adossé mon intervention à un texte fameux de Charles Darwin : L’Origine des espèces. Quel lien entre ce naturaliste du XIX e siècle et les mathématiques aujourd’hui ? S. M. : Darwin se targue d’être nul en mathématiques ! Mais il emploie des raisonnements abstraits très 16 – Chroniques de la BnF – n°65 BnF, Philosophie, histoire, sciences de l’homme. rigoureux pour élaborer sa théorie de l’évolution. Il progresse logiquement, par une suite d’assertions, comme Sherlock Holmes dans ses enquêtes. Dans son autobio graphie, Charles Darwin loue « l’extrasens » des mathématiciens, ce sixième sens qui permet d’appréhender des problèmes très vastes avec une logique parfaite. J’ai légèrement dérogé à la consigne en choisissant le texte d’un naturaliste plutôt que celui d’un mathématicien. Mais j’entends montrer que Darwin a ouvert deux grandes voies explorées aujourd’hui : la génétique des populations et l’étude de l’inter action entre les êtres vivants et leur milieu. Des outils de modélisation mathématique permettent de mieux les comprendre. Peut-on donner une idée simple de ces outils de modélisation ? S. M. : Oui ! Il est possible de donner les clés de nos travaux de façon accessible et rigoureuse. On peut ainsi dire simplement que les probabilités servent à décrire ce qui se déroule au niveau microscopique, de la cellule et de l’ADN, mais aussi à cerner des dynamiques macroscopiques, à l’échelle des systèmes. Je collabore donc avec des biologistes de l’évolution et des écologues. Pour comprendre le phénomène d’extinction des espèces, par exemple, j’ai Ci-dessus Chromosomes féminins À gauche Caricature d’André Gill pour la couverture de La Petite Lune, 1878 travaillé avec un biologiste spécialiste d’une espèce de serpent à sonnette en Arizona. À partir des données qu’il a recueillies, nous avons établi un modèle mathématique qui rend compte de l’éco système étudié. Comment expliquer le succès de ces conférences et, plus généralement, l’engouement actuel pour les mathématiques ? S. M. : Grâce à ces conférences de vulgarisation, la discipline perd l’aura intimidante qui l’entourait. Le public peut ainsi mesurer l’importance des mathématiques appliquées à des domaines aussi variés que la viro logie, l’informatique ou la biodiversité : des enjeux de société primordiaux et passionnants ! Propos recueillis par Cédric Enjalbert * Martin Andler est le président d’Animath (www.animath.fr), association qui œuvre pour la popularisation des mathématiques. Un texte, un mathématicien Darwin : le hasard et l’évolution Mercredi 23 janvier, 18 h 30-20 h 13 février, 27 mars 2013 Site François Mitterrand, Grand auditorium, hall Est Organisé avec la Société Mathématique de France – En partenariat avec France Culture et Animath © BSIP.
Joseph Kosuth © ADAGP 2012 — Photo David Paul Carr/BnF Événement > Joseph Kosuth illumine les mots de Foucault L’artiste américain Joseph Kosuth, père de l’art conceptuel, a créé pour la BnF, à la demande de Bruno Racine, une œuvre qui s’insère avec bonheur dans le bâtiment de Dominique Perrault : une phrase de Michel Foucault en lettres de néon blanc qui rayonnera au sommet des tours. Entretien croisé. Chroniques : Comment est né ce projet ? Joseph Kosuth : Je travaille depuis quarante ans sur le langage et sur la relation du langage avec son contexte, et l’architecture en fait partie. Le monde des bibliothèques est un monde qui m’est très proche, et faire une œuvre pour la BnF est en quelque sorte le couronnement de mon travail. Bruno Racine : Je pensais depuis longtemps à une intervention artistique pour singulariser le bâtiment de la bibliothèque François-Mitterrand dans le paysage parisien. Son architecture appelait une création dans le même esprit que l’œuvre de Dominique Perrault, c’est-à-dire abstraite, rigoureuse, et qui manifeste la fonction du bâtiment. Joseph Kosuth était l’artiste idéal pour ce projet. Pourquoi avoir choisi cette phrase de Michel Foucault ? J. K. : Je ne travaille qu’avec des citations d’auteurs qui ne sont plus vivants. Car sinon, comme la pensée continue à évoluer, rien ne peut être fixé. Quand cette invitation m’a été faite, j’ai tout de suite pensé à cette phrase. Ensuite j’ai continué longtemps à réfléchir, mais j’ai fini par revenir à ma première intuition, selon un processus qui m’est familier. Et bien sûr, cette phrase convient parfaitement à la Bibliothèque. B. R. : Le concept de l’œuvre est très simple, mais cette simplicité est © Olivier Roller/Fédéphoto « Au moment où le langage, comme parole répandue, devient objet de connaissance, voilà qu’il réapparaît sous une modalité strictement opposée, silencieuse, précautionneuse déposition du mot sur la blancheur du papier, où il ne peut avoir ni sonorité ni interlocuteur, où il n’a rien d’autre à dire que soi, rien d’autre à faire que scintiller dans l’éclat de son être. » Michel Foucault, LES MOTS ET LES CHOSES contrebalancée par le côté un peu énigmatique de la phrase – encore que sa signification soit claire si l’on y réfléchit un peu. Joseph Kosuth ignorait en proposant cette citation que la Bibliothèque avait pour objectif d’acquérir les archives de En haut Préfiguration de l’œuvre sur la Tour des Nombres Ci-dessus Joseph Kosuth Michel Foucault, et la coïncidence est saisissante ! Joseph Kosuth, vous êtes souvent intervenu dans des espaces publics. Quel sens cela a-t-il pour vous ? J. K. : Dans un musée, il y a un engagement fort de la part du public qui en a franchi le seuil et a choisi d’être là. Alors qu’un espace public, quel qu’il soit, fait partie de la vie quotidienne des gens. De ce fait, je m’implique différemment ; je suis tenu de trouver un point d’entrée pour toucher le spectateur. La plupart du temps, dans les manifestations culturelles, le spectateur est mis dans une situation de consommateur passif. Pour ma part, je souhaite que quelqu’un qui regarde mon œuvre se sente concerné et soit incité à penser, qu’elle ne soit pas seulement destinée à l’œil mais soit une interface entre son œil et son cerveau. Mon projet répond à l’architecture de ce bâtiment. Ce sont quatre livres ouverts et c’est pour cette raison que le texte s’inscrit à l’intérieur des tours et non à l’extérieur, de sorte que le livre commence et ne se finit pas ; la phrase fonctionne aussi comme le début d’une conversation qui va se poursuivre dans la bibliothèque, avec les millions de livres qui y sont conservés. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF – n°65 – 17



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