Chroniques n°63 jui/aoû/sep 2012
Chroniques n°63 jui/aoû/sep 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°63 de jui/aoû/sep 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 36,5 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition : Wolinski, 50 ans de dessins

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Dossier > Le nouveau visage de la Bibliothèque Le projet d’édifier une nouvelle entrée côté est à la Bibliothèque François-Mitterrand dormait dans les cartons depuis des années. Bruno Racine, président de la BnF, a relancé l’idée et porté ce projet à travers une collaboration avec Dominique Perrault, l’architecte du bâtiment, dans le respect de son œuvre. Entretien avec les deux acteurs d’un projet qui devient aujourd’hui réalité, grâce à un partenariat avec Marin Karmitz et MK2. Chroniques : Un peu moins de vingt ans après l’ouverture du site François-Mitterrand, pourquoi créer une nouvelle entrée de la Bibliothèque ? Dominique Perrault : Il y a dix-sept ans, le quartier que l’on connaît aujourd’hui n’existait pas. C’était une vaste friche industrielle qui s’étendait de la gare d’Austerlitz au périphérique. Le choix d’édifier la Bibliothèque à cet endroit correspondait à la volonté de développer un nouveau quartier, commune à François Mitterrand, président de la République, et à Jacques Chirac, maire de Paris à ce moment-là. De ce point de vue, la Bibliothèque a été fondatrice. Le projet que j’ai présenté au concours reposait sur l’idée assez périlleuse de proposer un grand vide – une esplanade autour d’un jardin central – au milieu de ce vide, ce qui en a choqué plus d’un… L’avantage d’un tel espace était de ne fermer aucune porte à l’avenir, dans la relation de ce lieu avec la Seine, avec la topographie du xiii e arrondissement ; mais le Ci-dessous La future entrée de la BnF, perspective désavantage était que l’on ne pouvait pas savoir alors dans quel sens le quartier allait se développer. L’installation de la sortie du métro de la ligne 14, quelques années après, a fait basculer la desserte de l’ensemble du quartier côté est. Cette dissymétrie entre l’entrée ouest et l’entrée est n’était pas prévisible : à l’époque, personne ne savait exactement quel serait le tracé de la ligne de métro. Bruno Racine : Oui, l’implantation de la station de métro et le développement du quartier ont fait que les flux de
© Dominique Perrault Architecture/Adagp, 2012. Dossier > circulation se sont déportés du côté est. C’est pourquoi-il est devenu nécessaire de repenser l’entrée de la bibliothèque. Elle doit être plus marquée et plus visible, d’un point de vue architectural mais aussi symbolique. Plusieurs projets imaginés il y a quelques années n’ont pas abouti, faute de moyens. Dès ma prise de fonctions, je m’en suis ouvert à Dominique Perrault qui était parfaitement conscient du problème. Nous avons donc réfléchi à la meilleure manière d’y remédier et Dominique Perrault a conçu un très beau projet. Ce dialogue avec l’architecte, dans le respect de son œuvre, me paraît d’ailleurs exemplaire. Mais ce n’est pas tout d’avoir des idées, encore faut-il avoir les moyens de les financer dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Or, il se trouve que depuis quinze ans, un volume situé sous le parvis de la Bibliothèque, destiné dès l’origine à un usage commercial, n’a jamais trouvé preneur. J’ai donc relancé ce dossier – à charge pour le futur partenaire de financer le projet de nouvelle entrée. Nous avons eu la chance de trouver en Marin Karmitz et MK2 un partenaire prêt à accepter nos conditions et désireux de réaliser le projet dessiné par Dominique Perrault. L’entrée se situera là où un visiteur s’attend naturellement à la trouver, entre les deux tours, côté est ; elle sera accessible directement par l’avenue de France et marquée par un signal de 16 mètres de haut, visible de très loin. Elle sera aussi adaptée aux personnes handicapées. Ce sera donc, pour une institution tournée vers le public, un progrès majeur. D. P : Cette nouvelle entrée n’est ni une colonne, ni un obélisque : ce sont deux parois en tissu métallique qui vont créer une zone de calme, de protection contre le vent et la pluie avant d’atteindre la Bibliothèque, soit par des ascenseurs, soit par l’escalier existant. On aura une vue traversante sur les arbres et le jardin. Ce dispositif sera complété par la mise en place de ce que nous avons appelé les bouquinistes : à la place des édicules techniques seront implantés des kiosques qui accompagneront le lecteur ou le visiteur depuis la place qui se trouve devant le cinéma jusqu’à l’entrée de la Bibliothèque. Cet ensemble, destiné à participer à la vie du quartier, est un élément d’aménagement conçu pour relier la Bibliothèque davantage à l’urbain. Quels sont, selon vous, les avantages de ce partenariat public-privé avec le cinéma MK2 ? Comporte-il des risques ? B. R : Je ne vois pour ma part que des avantages à ce partenariat qui était le seul moyen de réaliser le projet de nouvelle entrée. En outre, la « réserve foncière » trouvera enfin une destination – je rappelle que cet espace a été conçu pour fonctionner de manière indépendante et qu’il est donc inadapté à servir de salle de lecture ou de magasin pour les livres – et cette desti nation sera culturelle, puisqu’il abritera quatre salles d’art et d’essai. L’entrée des cinémas sera séparée, mais la sortie sera commune avec le nouvel accès de la BnF. Ce sont ainsi chaque année de 200 000 à 300 000 spectateurs qui seront invités à franchir les portes de la Bibliothèque. Chaque fois que cela sera possible, nous rechercherons avec MK2 une synergie avec nos manifestations culturelles, par exemple lors de l’exposition que la BnF consacrera à Guy Debord l’an prochain. Juridiquement, MK2 bénéficiera d’une autorisation d’occupation temporaire du domaine public, il n’y a évidemment aucune aliénation. Nous nous situons dans un cadre très précis, où les droits et obligations de chacun sont parfaitement établis. Les travaux qui commencent à l’automne concernent aussi les espaces des salles de lecture de la bibliothèque d’étude : pourquoi ces transformations ? B. R : La bibliothèque d’étude – dite de Haut-de-jardin – a été conçue il y a © Sébastien Soriano/Figarophoto.com. « L’entrée sera marquée par un signal de 16 mètres de haut, visible de très loin. Elle sera adaptée aux personnes handicapées, ce qui est un progrès majeur. » Ci-dessus Dominique Perrault Ci-dessous Bruno Racine © Jean-François Robert/BnF. vingt ans. Les lecteurs, en majorité étudiants et lycéens, en apprécient le cadre, austère certes mais propice au travail. Il reste qu’en l’espace d’une génération le monde des bibliothèques a évolué. Sans cesse les usages se modifient, des attentes nouvelles s’expriment. La BnF se doit d’y répondre si elle veut enrayer la chute, lente mais régulière, de la fréquentation. C’est tout le sens du réaménagement prévu, dont participe la nouvelle entrée. Les salles de lecture comporteront des espaces conviviaux créés pour permettre aux étudiants de travailler en groupe, la mise en valeur des richesses documentaires sera plus systématique, autour des nouveautés et surtout des « centres de ressources » qui donneront un relief particulier à de grands thèmes tels que l’Europe ou le développement durable. Les places seront équipées de connexion haut débit, permettant aux lecteurs d’utiliser au mieux le potentiel numérique. Un grand café, enfin, sera créé du côté du hall des Globes, ce qui, je l’espère, satisfera une demande constante des lecteurs. Vous le voyez, le but est d’offrir à notre public les richesses du Haut-de-jardin dans un cadre qui réponde davantage à ce qu’il est en droit d’attendre d’une bibliothèque du xxi e siècle. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF – n°62 – 17



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