Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avr/mai/jui 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : Spécial presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Annette Léna, le photojournalisme à la vie à la mort La BnF expose plusieurs planches-contacts de cette photojournaliste des années 1960, figure engagée, romanesque et tragique. Aux Rencontres photographiques d’Arles 2010, la journaliste Christine Coste visite l’exposition d’Anne de Montenard consacrée à l’histoire de la constitution des fonds photographiques. Un cliché en noir et blanc de Marc Garanger, daté de 1964, retient son attention : une femme aux longs cheveux noirs et au regard mélancolique, dont la beauté trouble éclipse la présence de Roger Vailland à ses côtés. Sur le cartel, outre son nom et ses dates – « Annette Léna (1939-1972) » – figurent les circonstances singulières dans lesquelles le fonds photographique qui porte son nom est entré à la BnF : « par décision de justice » … Autant de mystères qui déclenchent immédiatement chez Christine Coste le désir de les élucider. Tel un Rimbaud au féminin du photo journalisme 8 – Chroniques de la BnF – n°62 des années 1960, Annette Léna partagerait avec le poète adolescent le goût de l’aventure et la fulgurance d’une vie brève. Comme le poète aux semelles de vent qui finit par mettre sa poésie dans sa vie, « Annette Léna a vécu le monde par la photo », raconte Christine Coste, qui prépare le premier ouvrage la concernant. Et comme à Charleville, son histoire commence par le désir de tout quitter : un milieu petit-bourgeois, un père raciste, une existence conformiste. En 1959, elle a 20 ans, se marie, devient mère. En 1963, la rencontre avec Jean Crubellier, puis sa relation avec Yves Buin, tous deux journalistes à Clarté, déterminent son engagement photographique dans ce journal de l’Union des étudiants communistes. Courageuse, elle n’hésitera jamais à s’exposer © Marc Garanger. Ci-dessus Annette Léna aux funérailles de Palmiro Togliatti, Rome, 1964 physiquement : arrêtée au printemps 1963 par la police franquiste, elle passera trois jours en prison. Jusqu’en 1966, elle couvre aussi bien Varsovie ou la Hongrie que le Biafra ou Djibouti. Et, parallèlement à ses reportages, elle signe des portraits intenses et charnels des plus grands jazzmen — Sonny Rollins, Thelonius Monk ou John Coltrane. Aux côtés des Black Panthers L’année 1966 marque un tournant. À la suite de sa séparation d’avec Yves Buin et de la reprise en main de Clarté par le parti communiste, elle part aux États-Unis, s’immerge dans le mouvement des Blacks Panthers et partage leur combat. Simultanément, elle diversifie ses supports en publiant dans Jeune Afrique, Paris Match et le Magazine littéraire, tout en étant diffusée par l’Agence Gamma. Elle vit et couvre Mai-1968, mais considère les événements comme des « enfantillages » comparés aux actions menées par les mouvements noirs américains. En 1969, elle publie Le Matin des Noirs. Dans ce « journal de voyage » qu’elle envisage comme un « simple témoignage » de son expérience auprès des Blacks Panthers, elle réaffirme sa seule idéologie : la défense du tiersmonde. « Toutes les injustices la révoltent : elle se range aux côtés des opprimés, des anticapitalistes, de tous les mouvements d’indépendance », précise Christine Coste. Puis vient sa saison en enfer : maniaco-dépressive, plusieurs fois internée en hôpital psychia trique, Annette Léna se suicide en juillet 1972. De tous ses combats demeure aujourd’hui l’essentiel : ses photos. Mais sans Marc Garanger qui, à sa mort, contacte Jean-Claude Lemagny 1, que serait-il advenu de son œuvre ? Composé de planches-contacts, négatifs et tirages, le fonds Annette Léna comporte de nombreux inédits, dont certains sont exposés. L’occasion unique de découvrir un tempérament singulier tout entier engagé dans ses photographies. Bertrand Dommergue 1. Jean-Claude Lemagny a été responsable du département des Estampes et de la photographie à la BnF de 1968 à 1996.
spécial presse > exposition Le nouveau journalisme d’investigation Journaliste spécialisé dans les affaires judiciaires, au service société de Libération durant dix-sept ans, KarlLaske travaille désormais pour Mediapart. Il est aussi l’auteur de livres d’enquête, notamment Machinations, publié chez Denoël, consacré à l’affaire Clearstream. Il participera à l’après-midi d’étude prévue le 14 juin. Vous dites chercher à « déjouer les frontières du secret ». Est-ce le ressort du journalisme d’investigation ? KarlLaske : L’investigation est un fondement du journalisme : chacun dans le métier la pratique plus ou moins, ce qui rend difficile de la circons crire étroitement. Mais le fait de s’attaquer au secret est une bonne définition : un point commun. Mediapart s’est dédié à cela, en inscrivant le journalisme d’enquête dans l’ADN du site, au-delà de son champ « traditionnel », celui qu’on appelle les affaires politico-judiciaires. Mediapart est l’un des seuls journaux à pratiquer encore un journalisme d’investigation, qui n’a plus vraiment cours en France. Que penser de ce constat ? K.L. : Il y a des périodes dans l’histoire de la presse qui ont été plus ou moins propices à l’enquête. La situation de crise économique, qui se double d’une crise de l’indépendance des grands médias, n’est pas propice. On a donc des journaux qui se désengagent du terrain de l’enquête, par manque de détermination, ou simplement à cause de leur désorganisation. Pour Libération ou Le Monde, la crise a signifié le départ de centaines de journalistes et le bouleversement de ce qu’on appelle le collectif de travail. Mais elle s’est aussi traduite par une perte de leur droit de regard sur les choix stratégiques pour les équipes. M. Rothschild à Libération, et MM. Bergé, Niel et Pigasse au Monde ont eu très curieusement les mêmes exigences de ce point de vue-là : écarter les équipes de la gouvernance. Dans ce contexte, le fait que les aides de l’État occupent une part croissante du chiffre d’affaires des journaux est problématique. Le gouvernement acquiert ainsi un poids, invisible mais bien réel, dans l’avenir des journaux qu’ils aident. Certains ministres osent en Collection particulière © Benoît Peyrucq. jouer ouvertement. Tout ce qui rapproche les journaux du pouvoir les éloigne de l’enquête. La liberté offerte par Internet autorise-t-elle à penser un renouveau du journalisme d’investigation ? K.L. : Le principal, c’est l’indépendance. Le modèle payant de Mediapart est là aussi pour garantir cela. Par ailleurs, à la différence des grands médias de presse écrite, les journaux en ligne bénéficient d’une structure plus légère, d’une organisation plus souple, qui permet de gagner en fluidité et en rapidité. Dans le Ci-dessus KarlLaske Ci-dessous Procès de l’affaire Clearstream, Paris, 22 septembre 2009, crayon et aquarelle Les journaux en ligne bénéficient d’une structure plus légère […], qui permet de gagner en fluidité et en rapidité. © Marc Chaumeil. fonctionnement de Libération ou du Monde, la programmation d’un sujet passe constamment par de multiples réunions et des arbitrages hiérarchiques. À Mediapart, il y a une seule conférence de rédaction, et un seul niveau hiérarchique, ça rend le site plus nerveux par sa capacité à publier très vite. Mais la liberté dont vous parlez, c’est aussi la capacité de propagation des nouvelles sur Internet. Mediapart a déjà 60 000 abonnés, mais c’est un grain de sable face aux grands médias télévisuels et radiophoniques. C’est pourquoi le micro-blogging et la diffu sion de l’information par de nouveaux canaux, comme WikiLeaks, sont des vecteurs précieux. Et leur développement peut nous être favorable, pour offrir une contre-information et un contre-agenda à base d’enquêtes indépendantes. Propos recueillis par Cédric Enjalbert Après-midi d’étude autour de la presse « Le retour du journalisme d’investigation », avec KarlLaske, Mediapart, Pierre Haski, Rue 89, et Patrick de Saint-Exupéry, XXI. Programme complet : voir agenda Jeudi 14 juin 2012 Site François-Mitterrand, petit auditorium



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