Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avr/mai/jui 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : Spécial presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Actualités du numérique > Écrire à l’âge numérique Au cours d’une rencontre à la BnF intitulée « Pour un humanisme numérique », des auteurs sont venus témoigner de l’impact du numérique sur leurs pratiques d’écriture. Camille de Toledo vit à Berlin et a publié plusieurs romans. Également vidéaste, musicien et photographe, il a fondé la Société européenne des auteurs pour promouvoir toutes les traductions. Cécile Portier * vit à Paris, elle est l’auteur, entre autres, de Saphir Antalgos, édité sous forme numérique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans le numérique ? Camille de Toledo : Je m’intéresse au contexte technologique car cela rejoint une question profonde sur l’écriture : depuis quel lieu, quel temps écrivonsnous ? Autrement dit, c’est une question sur la focalisation, le point de vue en littérature. La technologie fait partie des données contemporaines que ma machine cérébrale intègre lorsque je me lance dans une composition. Les conditions de l’écriture au xxi e siècle, la condition de l’écrivain sont des questions sur lesquelles je travaille. L’âge numérique du livre qui s’annonce est d’abord lié, pour moi, à un vertige de l’origine, à la dissolution constante de la notion d’authentique. Walter Benjamin a inauguré cette interrogation dans L’Œuvre d’art au temps de sa reproductibilité technique. Nous sommes confrontés à la dissolution de l’aura de l’œuvre d’art – l’original – et à une nouvelle équation : original = copie dans le temps numérique. Écrire aujourd’hui, c’est expérimenter le vertige de ce qui est duplicable à l’infini, et le vertige d’un texte écrit sur un code qui est lui-même un langage. Cécile Portier : Ce qui m’intéresse, c’est la promesse d’immédiateté. La question de notre impossible nudité dans le monde, de notre recours permanent à la protection du vêtement, à la médiation des techniques, m’intéresse pour elle-même, avant celle des « nouvelles » technologies. Nous avons depuis bien longtemps troqué la présence contre l’habileté. Nous vivons aujourd’hui enveloppés de dispositifs qui nous promettent l’abolition des distances, du temps, et même une certaine fluidité de la matière. Et c’est vrai. Mais c’est également tout à fait faux. Mon écriture, je veux la situer exactement là, entre ce vrai et ce faux collés l’un à l’autre, non pour prendre parti, mais pour réintroduire du jeu dans ce double langage de l’outil. Du jeu, donc de la liberté. 26 – Chroniques de la BnF – n°62 Comment en êtes-vous venue à créer un blog et à intégrer le numérique dans votre pratique d’écriture ? C. P : Un jour je me suis rendu compte que certains auteurs avaient des blogs, des sites, qu’il y avait des paroles qui pouvaient trouver là un espace d’expression plus vivant, plus accessible. J’ai eu envie d’aller voir. J’ai ouvert un blog. Cela a tout de suite changé ma façon d’écrire. Il y a des projets dont je n’aurais jamais eu l’idée si je n’avais pas eu cet espace d’écriture et ce qu’il rend possible. Ainsi, celui nommé À mains nues : aborder les gens dans le métro, prendre leurs mains en photo, les faire parler de leurs mains, et faire de cela, de cette mise en présence, un texte, publié le lendemain même sur le blog. The Israel Museum, Jerusalem, Israel/Carole and Ronald Lauder, New York/The Bridgeman Art Library Ci-dessus Angelus Novus, 1920, aquarelle de Paul Klee. Walter Benjamin, qui posséda ce tableau, y voyait une représentation de l’Histoire. Qu’apporte le numérique à votre écriture ? C. P : La porosité. Dès que j’ai ouvert un blog, j’ai utilisé d’autres formes d’expression que l’écriture stricto sensu. Au point que l’écriture devienne le mot générique du besoin que je ressens d’élaborer quelque chose à partir du réel donné, quel que soit le matériau. L’autre apport du numérique, c’est l’intensité. Écrire s’adresse. À qui ? On ne sait pas, mais il faut bien qu’il y ait cet élan. Dans l’édition papier, le temps entre l’écriture et la parution, puis la réception, est si long qu’il n’y a plus rien de brûlant dans le geste de donner à lire. Publier au moment où un texte est important pour soi-même me semble essentiel.C. de T. : Dans cet âge numérique nous sommes les exégètes permanents de sources ou de traces laissées par d’autres. L’âge numérique du texte est un âge du commentaire. Il réactualise le besoin archaïque d’entrer en relation avec cette matière à laquelle on redonne vie en la commentant. Pour ce qui me concerne, cela prend la forme d’une circulation, d’une arborescence de textes, et cela donne Vies pøtentielles, où le narrateur, Abraham, devient celui qui annote et commente les textes déposés, accumulés au fil du temps. Cela produit un objet-livre qui rappelle l’âge talmudique du commentaire. Je pense ne pas être le seul ; il y a beaucoup de livres de fiction qui s’inscrivent dans ce sillon, comme La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Ce que je nomme des « Rami-fictions. » Propos recueillis par Sylvie Lisiecki * Cécile Portier travaille à la BnF. Pour en savoir plus : Camille de Toledo, Vies potentielles, Seuil, 2011. toledo-archives.net Cécile Portier, Saphir Antalgos, travaux de terrassement du rêve, Publie.net petiteracine.net (Blog de Cécile Portier)
Un livre BnF > La Revue des livres pour enfants La Revue des livres pour enfants change de maquette et fait évoluer sa formule. Créée en 1965 sous l’égide de Julien Cain, ancien administrateur de la BnF, La Revue des livres pour enfants est une publication de la BnF depuis 2008. Elle est aujourd’hui la principale revue de référence pour ceux qui s’intéressent à la littérature pour la jeunesse et à l’accès au livre et à la lecture. Bimestrielle, elle s’articule en quatre parties : la partie Nouveautés propose une analyse critique de la production éditoriale. Un dossier thématique invite à découvrir la littérature pour la jeunesse d’un pays, un auteur ou un sujet emblématique. Une partie Actualités donne un éclairage sur l’actualité du livre de jeunesse dans différents domaines (bibliothèques, école, édition…). À ces parties s’adjoint dorénavant un Libre parcours pour rendre compte de l’actualité des travaux de la recherche sur le livre, la lecture et les pratiques culturelles des enfants. Désormais tout en couleurs, la revue accorde sa pleine place à l’image et met en valeur la richesse de l’illustration pour la jeunesse contemporaine. La maquette dialogue subtilement avec le passé graphique de la revue et l’histoire de la littérature pour la jeunesse tout en s’inscrivant pleinement dans la modernité. Jacques Vidal-Naquet © oror.graphic/Ann-H La presse à la une De la Gazette à Internet Catalogue de l’exposition à la BnF du 11 avril au 15 juillet 2012, sous la direction de Philippe Mezzasalma avec la collaboration de Benjamin Prémel et Dominique Versavel 208 pages, 200 illustrations, 44 euros. Avec le développement massif de l’information sur le web, la question est posée du devenir de la presse écrite : le papier va-t-il céder la place au tout numérique, ou les différents supports vont-ils cohabiter en se complétant ? C’est pour accompagner ce questionnement que la BnF a imaginé un catalogue d’exposition d’un nouveau genre : la lecture traditionnelle s’enrichit des possibilités offertes par le numérique. Grâce aux QR codes* disséminés dans le catalogue, le lecteur peut zoomer sur des Unes, découvrir un album sur les caricatures du xix e siècle, accéder à des entretiens vidéos avec des acteurs de la presse contemporaine… Conçu comme une invitation à feuilleter, sur tous supports, les meilleures pages d’un livre qui s’écrit au quotidien, l’ouvrage dresse un large panorama de la presse en France, des origines à nos jours. * Un QR code est un code-barres à deux dimensions qui permet de crypter et de stocker des informations numériques Pour lire un QR code, il faut un téléphone mobile type smartphone et un accès à Internet depuis votre téléphone mobile. Chroniques de la BnF – n°62 – 27



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