Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avr/mai/jui 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : Spécial presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Zellidja : l’initiation au voyage L’association Zellidja, qui offre une aide financière à des jeunes pour un projet de voyage, a fait don de ses archives au département des Cartes et plans. Entretien avec deux responsables de l’association et Olivier Loiseaux, conservateur. Chroniques : Quelle est la raison d’être de l’association Zellidja ? Rémi Heude : Nous offrons chaque année entre 100 et 200 bourses à des jeunes de 16 à 20 ans pour leur permettre d’effectuer un voyage d’étude dans un pays et sur un thème de leur choix. L’objectif est de leur donner l’opportunité de développer leur esprit d’initiative et de responsabilité, et d’affermir leur personnalité. Les candidats présentent leur projet devant un jury ; s’il est choisi, le jeune reçoit une bourse de 900 euros. Il s’engage en retour à tenir un carnet de voyage, un carnet de comptes et à rédiger un rapport. Dans un second temps, si le rapport est bon, le jeune reçoit le titre de lauréat et peut bénéficier d’une seconde bourse. Dans les rapports il y a beaucoup de croquis, de dessins à la plume, d’aquarelles, de photographies… chaque jeune s’exprime à sa façon. Quelle est l’origine de cette bourse ? Laurent Dalimier : Nous la devons à Jean Walter, son fondateur, architecte et homme d’entreprise. Il a donné à cette bourse le nom de la région du Maroc dans laquelle il a fait fortune dans l’exploitation de mines de plombet de zinc. Il s’est souvenu que, juste après l’adolescence, il était allé à vélo seul jusqu’à Istanbul, et que ce voyage lui avait énormément apporté. Il a eu l’idée, avec Jean Zay, de créer des bourses d’études pour permettre à des jeunes d’apprendre ce qu’ils n’apprendront jamais à l’école ou à l’université, c’est-à-dire l’autonomie dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui, l’association Zellidja fonctionne avec de nombreux bénévoles ; nous recevons une subvention du ministère de l’Éducation nationale, et les bourses sont financées sur fonds privés par le canal de la fondation Zellidja. Ci-dessous Alain Bouldouyre, Carnet de voyage à New York, 1966 Que contiennent ces archives ? R. H : Il y a eu environ 10 000 rapports depuis les débuts de la bourse. Nous en détenons 5 600, qui vont rejoindre les fonds de la BnF. Celui de Philippe Labro sur son voyage aux États-Unis a été la matière de son livre L’Étudiant étranger. Parmi les autres lauréats, on trouve Serge Klarsfeld, Daniel Buren, Jean-Pierre Elkabbach ou encore Gérard Worms. Et aussi des jeunes qui feront sûrement parler d’eux un jour, comme Clara Arnaud, qui a traversé la Chine à cheval. Olivier Loiseaux : Le fonds encore inexploré sera consultable par les chercheurs dès la fin 2012. Et, en juin 2013 une exposition est programmée dans la Galerie des donateurs. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Si vous détenez un rapport de la fondation Zellidja et si vous souhaitez en faire don, contactez la BnF : olivier.loiseaux@bnf.fr BnF, Cartes et plans.
© Olivier Coller/Fedephoto. Les années Ernaux Écrire la vie Annie Ernaux, prix Renaudot 1984 pour La Place, a fait don de ses dossiers et manuscrits à la BnF. L’arrivée de ce fonds est l’occasion de lever le voile sur l’atelier de l’écrivain, de découvrir l’élaboration d’une écriture, entre histoire personnelle et histoire collective, son long et passionnant travail de maturation, depuis les brouillons et les notes jusqu’au roman imprimé. Depuis Les Armoires vides, premier roman paru en 1974, à L’Autre fille en 2011, Annie Ernaux a puisé la matière de ses livres dans la vie : condition sociale des parents (La Place, La Honte), adolescence (Ce qu’ils disent ou rien), mariage (La Femme gelée), avortement (L’Événement), maladie d’Alzheimer et mort de la mère (Je ne suis pas sortie de ma nuit, Une femme), scènes du quotidien des habitants d’une ville nouvelle (Journal du dehors, La Vie extérieure), cancer du sein (L’Usage de la photo, écrit avec Marc Marie), relations amoureuses (Passion simple, Se perdre, L’occupation)… Au fil des livres, l’évocation de ce matériau autobiographique a pris la forme de ce qu’Annie Ernaux appelle « l’écriture plate » et sur laquelle elle s’est expliquée en 2002 dans ses entretiens avec Frédéric-Yves Jeannet : « La seule écriture que je sentais « juste » était celle d’une distance objectivante, sans affects exprimés, sans aucune complicité avec le lecteur cultivé ». En 2008, Les Années constituent un nouveau jalon dans le développement de l’œuvre, réunissant histoire personnelle et histoire collective dans un même mouvement qui embrasse soixante-dix ans de la vie française. C’est l’élaboration de cette écriture que les dossiers préparatoires, les Ci-dessus Annie Ernaux manuscrits et les dactylographies corrigées conservés dans le fonds, permettent de retracer. À consulter le dossier de la genèse de La Place, par exemple, on comprend que la forme définitive des livres d’Annie Ernaux est le fruit d’un long travail de maturation. Quinze dossiers de notes, de fragments, d’ébauches ou de brouillons, écrits de 1974 à 1983, constituent ainsi l’avant texte du livre : projets de titres et d’exergues, débuts plusieurs fois réécrits, passages abandonnés ou réutilisés pour un autre livre, notes relatives au projet en cours… le travail préparatoire d’Annie Ernaux procède par une série de tâtonnements étalés sur plusieurs années. La mise au point du texte définitif, telle qu’elle apparaît sur la version finale du manuscrit, correspond à une phase de resserrement et de suppressions, impressionnante de sûreté et de sobriété. Comme une ascèse après l’excès, mais qui irait vers plus d’intensité encore dans l’évocation du réel. Le verso de l’histoire Souvent, les différents états d’un texte sont écrits aux versos de brouillons de lettres, de papiers professionnels, de copies dactylographiées d’œuvres antérieures ou de documents divers conservés par Annie Ernaux. Au positif du texte litté raire se superpose alors pêle-mêle le négatif de son histoire, de celle de l’auteur et de son époque : coupure de presse annonçant la mort de Roland Barthes, notes sur les Carnets de la drôle de guerre de Sartre, documentation sur l’urbanisme d’après-guerre, préparations de cours, article sur la scolarisation des jeunes, réservations d’hôtels et de voyages… Ces archives sont complétées au département des Manuscrits par le fonds Frédéric-Yves Jeannet et les manuscrits de Marc Marie, donnés par les auteurs. Elles contribuent ainsi à éclairer le sens d’un travail que les entretiens de L’Écriture comme un couteau, les extraits du journal d’écriture parus dans L’Atelier noir et le « photojournal » d’Écrire la vie avaient déjà laissé deviner : écrire le temps qui passe, portée par lui. Guillaume Fau Chroniques de la BnF – n°62 – 23



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