Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avr/mai/jui 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : Spécial presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Edmond Jabès trouve ancrage à la BnF Juif italien né en Égypte installé à Paris, Edmond Jabès a fait de la judaïté, de l’identité et de l’hospitalité les grands thèmes qui jalonnent ses ouvrages. La BnF célèbre aujourd’hui le centenaire de sa naissance. « J’ai d’abord cru que j’étais écrivain, puis je me suis rendu compte que j’étais juif, puis je n’ai plus distingué en moi l’écrivain du juif, car l’un et l’autre ne sont que le tourment d’une antique parole (Cahier de Yukel) ». Ainsi Jabès expose-t-il dans Le Retour au livre son questionnement sur l’identité, mettant en avant écriture et judaïsme. Le lien est explicité à plusieurs reprises : l’écrivain, tout comme le juif, est l’étranger par excellence ; à plus forte raison, l’écrivain juif. Né en Égypte en 1912, de nationalité italienne, Edmond Jabès s’enracine très tôt dans la langue française : en parallèle de son métier d’agent de change, il écrit et publie de la poésie, et dirige une collection dans une maison d’édition du Caire. Parmi les écrivains français qu’il rencontre dans ses années de jeunesse, le plus marquant est sans nul doute Max Jacob, avec qui il entretient dès 1933 une correspondance suivie qu’il publie en 1945, après la mort du poète. Les conseils d’écriture de cet aîné le suivent toute sa vie : « Fais-en moins, et serre davantage. Le nombre de pages ne compte pas, mais la qualité et la densité. » Une poésie qui procède par question nements successifs En 1957, la crise du Canal de Suez et la montée de l’antisémitisme en Égypte incitent Edmond Jabès à s’installer à Paris. Le Livre des Questions, commencé en 1959, paraît chez Gallimard en 1963 et marque un tournant dans la carrière du poète : il lui amène la reconnaissance et constitue une étape dans la mise en place de son style personnel. Les grands thèmes jabésiens tiennent à la fois à l’histoire Photo Arturo Patten/IMEC. Ci-dessus Edmond Jabès, Les Mots tracent, Paris, librairie Les Pas perdus, 1951, couverture de Max Ernst, collection L’Âge d’or dirigée par Henri Parisot Ci-contre Edmond Jabès ©ADAGP, 2012 BnF, Arsenal. et à la pensée spécifique du poète : Auschwitz, la judaïté, l’exil, mais aussi l’identité, l’appartenance, l’hospitalité… La poésie de Jabès procède par questionnements successifs. Des complicités artistiques À mesure de l’essor de son œuvre, des collaborations avec des artistes voient le jour : Antoni Tàpies, Olivier Debré, Eduardo Chillida, Robert Groborne illustrent ses ouvrages, et le compositeur Luigi Nono tire en 1987 une partition du Petit Livre de la subversion hors de soupçon. Des complicités intellectuelles profondes, avec notamment Emmanuel Lévinas, Maurice Blanchot, Michel Leiris ou Jacques Derrida enrichissent sa réflexion, et les œuvres amies, régulièrement citées, trouvent leur place à l’intérieur des livres de Jabès, en écho avec ses propres pensées. À travers ses manuscrits, livres et aussi dessins, et œuvres d’artistes proches de Jabès, l’exposition célèbre le centenaire de la naissance de cet écrivain français exigeant et généreux qui, en 1990, un an avant sa disparition, a fait don de ses manuscrits à la BnF. L’entrée à la Bibliothèque, grâce à un don de ses filles, du dernier manuscrit auquel il travaillait avant sa mort, Le Livre de l’Hospitalité, vient compléter cet ensemble ; il invite à prendre comme fil directeur de l’expo sition ces thèmes de l’exil et de l’hospitalité, si souvent abordés par le poète. Anne Mary Edmond Jabès Du 2 mai au 17 juin 2012 Site François-Mitterrand Galerie des donateurs Commissaire : Anne Mary avec la collaboration d’Aurèle Crasson
Auditoriums > Un poète de l’altérité Petite-fille d’Edmond Jabès, Aurèle Crasson a collaboré à l’organisation de la journée d’étude en marge de l’exposition. Elle a réuni un cercle élargi d’intellectuels et d’artistes, représentant les multiples réseaux tissés par l’œuvre de l’écrivain. Chroniques : Quel rapport de filiation entretenez-vous avec Edmond Jabès ? Aurèle Crasson : Je suis la seconde des cinq petites-filles d’Edmond Jabès. J’ai abordé son œuvre par le biais de la poésie. Plus tard, étudiante en architecture, je me suis plongée dans le Livre des Questions car l’époque s’y prêtait — Deleuze, Lacan, Ricœur ou Le Corbusier ouvraient des champs de réflexion. J’ai commencé à dresser des parallèles entre son espace d’écriture et l’approche de l’espace de l’archi tecte, entre l’espace construit et le vide, les circulations, les passages. Il s’est noué un dialogue entre lui et moi. Je venais voir mon grand-père, d’une part. Et je venais par ailleurs travailler une question avec cet écrivain amène, abordant avec humour les sujets les plus délicats, inquiet de l’évolution du monde. Étendue sur les dix dernières années de sa vie, cette conversation est malheureusement restée en suspens. Il m’a néanmoins enseigné que tout dans la vie est lié à nos propres origines, à l’histoire, à ses métamorphoses comme à son horreur. Vous avez grandement participé au lancement des invitations en vue du colloque à venir. Sur quels critères s’est réalisé le choix des intervenants ? A.C. : Dans une époque marquée par une grande fluidité entre les arts et la littérature, Jabès a croisé de nombreux artistes, philosophes, écrivains et psychanalystes, qu’une solidarité de pensée unissait. Mon choix s’est fondé sur l’idée qu’il fallait montrer ce cercle, bien plus élargi que celui des très proches lecteurs, souvent écrivains ou critiques, qu’on lui associe systématiquement. Jabès refuse toute idée d’appar tenance à un mouvement. C’est un écrivain qui écrit dans le livre et pour le livre, ayant une approche littéraire des questions qu’il aborde. Mais son écriture se situe dans un espace indéfinissable, ce qui explique BnF, Manuscrits. que des lecteurs cherchent des concepts là où précisément il n’y a pas volonté de système. Jabès rappelle que ce n’est pas lui qui écrit, il « est écrit ». Si beaucoup de psychanalystes — ma mère en premier lieu — se sont intéressés à son œuvre, c’est à travers son rapport au langage, au vocable et au livre. Ses interrogations portent sur la parole originaire, la mémoire plus ancienne que les souvenirs ; une mémoire inconsciente. Sa parole n’est pas une parole de certitude. On peut être frappé par sa langue classique mais inventive, exhumant les mots oubliés du dictionnaire. Pour lui, « une pensée juste est une pensée qui a trouvé sa formulation juste. La forme sans le fond n’est qu’un vulgaire bagage ». Quelle est la postérité de Jabès auprès des jeunes générations ? A.C. : En France, ce sont surtout des compositeurs qui s’intéressent à Jabès, notamment Michaël Lévinas ou Christian Rosset, invités à jouer lors de la journée d’étude. En Allemagne et en Italie, de jeunes troupes de théâtre l’interprètent aujourd’hui. En peinture, Irvin Petlin, Yasse Tabuchi ou André Marfaing, peintres-lecteurs, créaient il y a moins de vingt ans des œuvres tirées de leurs lectures du Livre des Ci-dessous Edmond Jabès, manuscrit autographe du Livre des Questions I Questions, sans parler d’Élisabeth Brillet qui ne cesse de relire et transposer en sculpture son interprétation. Quelle lecture du monde permet-il aujourd’hui ? A.C. : Une lecture qui prône l’hospitalité, sans concession. L’écoute, le dialogue, l’ouverture. La responsabilité, l’altérité, la tolérance. Jabès a toujours cru dans la force de la parole. Propos recueillis par Cédric Enjalbert Journée d’étude Centenaire Edmond Jabès (1912-2012) Avec Giorgio Agamben, Massimo Cacciiari, Michel Deguy, Marcel Cohen, Jean-Luc Nancy, Didier Cahen, Stéphane Barsacq, Irving Petlin vendredi 11 mai 2012 10 h 30 — 18 h entrée libre Site François-Mitterrand Petit auditorium — hall Est Concert Créations originales de Christian Rosset et Michaël Levinas 18 h 30 — 20 h entrée libre Site François-Mitterrand Grand auditorium — hall Est Chroniques de la BnF – n°62 – 21



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