Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
Chroniques n°62 avr/mai/jui 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°62 de avr/mai/jui 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 7,9 Mo

  • Dans ce numéro : Spécial presse

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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© Joel-Peter Witkin. Courtesy baudoin lebon. Expositions > Joel-Peter Witkin « La mort est un don sacré » Corps hors normes, restes humains agencés en natures mortes, allusions aux memento mori médiévaux, un romantisme noir nourrit le travail de Joel-Peter Witkin. Pour la BnF, l’artiste revient sur sa démarche artistique, son sens de l’art et de la beauté. Comment la photographie Woman once a bird a-t-elle été réalisée ? Joel-Peter Witkin : J’ai rencontré le modèle lors d’un rassemblement de fétichistes à New York ; elle avait remporté le « concours de la taille la plus fine ». Je lui ai montré un de mes albums et lui ai demandé de poser nue. Elle a accepté. La ceinture qu’elle porte sur cette photo a été faite par son mari. En fait, c’est lui qui fabrique toutes ses ceintures : pour le jardinage, le ménage, le sexe, les concours… Le modèle est sous surveillance médicale depuis que les contentions ont déplacé ses organes internes de leur position naturelle. La prise de vue a nécessité trois heures de maquillage qui incluaient la création de deux canaux dans son dos, d’où ses ailes « métaphoriques » avaient été arrachées. À un moment, je lui ai demandé de tourner la tête. Elle ne m’a pas entendu. Alors son mari a crié les directives et elle a obéi. Elle a réagi brusquement et le maquillage dans son dos a craqué. Il m’a fallu des heures de retouche pour les restaurer. C’est le fétichisme de cette femme qui a impulsé ce travail, mais son corps n’est pas le sujet de ces images. Le sujet, c’est la répression contre les femmes à toutes les époques. Pourquoi travaillez-vous avec des cadavres, et mettez-vous en scène une sexualité hors norme ? J. W. : Nous vivons aujourd’hui dans une culture du relativisme, du politiquement correct et du sécularisme. Je suis en désaccord avec toutes ces idées. La vie est un combat et je la montre telle qu’elle est réellement. La mort fait partie du cycle de la vie. Tout le monde a peur de mourir, mais tout le monde doit mourir. Toutes les croyances des hommes sont égales devant la mort. Pour moi, elle est la transition qui précède la vie éternelle. La mort est un don sacré. Mon travail a toujours donné à voir la splendeur et la misère de la condition humaine. C’est le sens de l’art depuis toujours. La difformité est présente dans l’art de Vinci, de Velázquez, de Goya ou de Dix. La sexualité hors normes a toujours existé. Votre œuvre est très imprégnée par l’histoire de l’art, dans la filiation de Bosch ou de Goya… J. W. : Tous les artistes puisent des enseignements dans le passé. Que serait l’art romain sans l’art grec ? Les chefs-d’œuvre de l’art ne sont pas objectifs, ils nous font partager l’état de conscience de l’artiste. La forme et l’émotion dont nous faisons l’expérience touchent notre âme. C’est ainsi que l’art nous nourrit et nous élève. Aujourd’hui, nous avons particulièrement besoin de l’art car nous avons besoin de spiritualité. Nous vivons une époque très sombre. La plupart des gens sont sans espoir dans ce monde où l’argent est devenu le Dieu unique. L’argent a remplacé l’amour et la communication. Si les tableaux de Francis Bacon parlent à beaucoup de gens, c’est parce que c’est une peinture du désespoir et du cynisme. Cela n’a jamais été mon propos. Mon travail montre que nous pouvons trouver En haut Joel-Peter Witkin Portrait de Nan, 1984 À gauche Joel-Peter Witkin Woman once a Bird [Femme qui fut un jour oiseau] Los Angeles, Californie, 1990 En bas Joel-Peter Witkin posant à la galerie Baudoin-Lebon, Paris, octobre 2011. « Il y a toujours une dimension spirituelle dans mes œuvres. Il s’agit toujours de morale. » © Joel-Peter Witkin. BnF, Estampes et photographie. Cliché Michel Urtade. © David Paul Carr/BnF. de l’espoir en nous-mêmes. Il y a toujours une dimension spirituelle dans mes œuvres. Il s’agit toujours de morale, de ce besoin de discerner ce qui est bien dans un monde où les valeurs morales sont en chute libre. Comment trouvez-vous vos titres ? J. W. : Le titre de l’œuvre m’importe autant que l’œuvre elle-même. Il arrive que le titre me vienne au moment de la prise de vue, mais le plus souvent, c’est au moment du tirage. Il montre l’intention du photographe de façon verbale, par le langage. Même les plus grands peintres ont besoin des mots. Pourquoi êtes-vous photographe ? J. W. : Je suis photographe parce que je crois que j’ai un don et que c’est ma vocation dans la vie. Pour moi, la vie a un sens et un but. Mon métier est de créer des images qui montrent notre époque. Des images qui apportent de la lumière dans l’obscurité. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Joel-Peter Witkin Enfer ou Ciel Du 27 mars au 1 er juillet 2012 Site Richelieu Galerie Mansart Commissaire : Anne Biroleau Avec le soutien de Champagne Louis Roederer. Dans le cadre d’Art Paris Art Fair. Catalogue Joel-Peter Witkin Enfer ou Ciel – Heaven or Hell Sous la direction d’Anne Biroleau Coédition BnF/La Martinière Chroniques de la BnF – n°62 – 17



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