Chroniques n°61 jan/fév/mar 2012
Chroniques n°61 jan/fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°61 de jan/fév/mar 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Bibliothèques : faut-il avoir peur du numérique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Van Hamel Family Archives, Amsterdam. Expositions > Babar, toujours jeune à 80 ans Grâce au don des enfants de Jean de Brunhoff, on peut découvrir à la BnF les dessins originaux de trois albums de Babar. Laurent, fils de Jean et continuateur de la série, nous raconte une histoire dont le succès ne se dément pas. Il est facile de me rappeler l’âge de Babar parce que j’avais cinq ans lorsqu’il est entré dans ma vie. Alors il a toujours cinq ans de moins que moi. Je suis dans ce monde depuis quatre-vingt-cinq ans, Babar quatrevingts ans. Incroyable de penser que la série est si vieille, et moi si vieux ! J’étais un tout petit garçon, et mon frère Mathieu onze mois plus jeune, lorsque ma mère nous a raconté l’histoire d’un petit éléphant qui s’échappe de la jungle et court vers une ville semblable à Paris, où il devient très sophistiqué. Quand il retourne dans la jungle, il devient le roi des éléphants. Mon père Jean lui donne le nom de Babar et dessine un album pour nous avec de belles couleurs. Le livre est publié – un succès immédiat – et mon père crée six autres albums avec une ville pour les éléphants, qu’il appelle Célesteville, et une famille pour Babar. Célesteville semble tout de suite un lieu où beaucoup aimeraient vivre : bien organisée, donnant à chaque citoyen un espace pour son talent et son énergie. Tous travaillent bien mais s’amusent bien aussi. Célesteville est comme une utopie. Bien sûr il y avait des problèmes. Les méchants rhinos étaient encore une menace. Des accidents pouvaient arriver même dans ce paradis : un 8 – Chroniques de la BnF – n°61 incendie, un serpent. Mais à Célesteville, les choses tournent toujours bien. Dans le monde réel nous n’avons pas été aussi heureux. Mon père est mort de la tuberculose à 37 ans, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale. J’avais 12 ans, Mathieu 11 ans, et mon jeune frère Thierry 3 ans. Notre mère avait 34 ans. Nous avons passé la guerre sous sa bonne main. À la fin j’étais donc un jeune homme. Suivant les cours d’une académie d’art, je commençai une carrière de peintre à Montparnasse. En même temps je m’amusais à dessiner des Babar, et c’est alors que j’ai fait un nouvel album, aussi proche que possible du style de mon père, comme pour le garder en vie et rester proche du monde de mon enfance. Célesteville, une société idéale Beaucoup à ce moment n’ont pas réalisé que le créateur de Babar était mort et que son fils avait pris la suite. Il y a eu bien sûr beaucoup de changements dans le monde depuis que la série a commencé. Babar a toujours été excité par les nouvelles technologies. Dans le premier livre de mon père, il s’amuse tellement dans un ascenseur qu’il faut lui dire que ce n’est pas un jouet. Maintenant il peut skyper. On a des ordinateurs à Célesteville ! Les changements culturels sont aussi remarquables. Les albums de mon père ont été créés dans les années 1930, au sommet de l’empire colonial français. Il y a maintenant une sensibilité au racisme que je partage. Je me sens embarrassé par quelques anciennes Ci-dessus Laurent de Brunhoff, illustration extraite du Château de Babar, 1961 Ci-dessous, à gauche Cécile, Jean, Laurent et Mathieu de Brunhoff en 1924 Ci-dessous Jean de Brunhoff, Le Voyage de Babar 1932, dessin inédit pages que j’ai faites moi-même. Même si beaucoup de choses ont changé en quatre-vingts ans, je ne pense pas que l’apparence des livres en général ait changé, ni leur esprit fondamental. Cet esprit met en valeur une société en paix, dans laquelle tous sont égaux et protégés. Excentricités et bizarreries sont tolérées. L’harmonie est naturelle. Les jeunes enfants sont toujours les mêmes, qu’ils jouent avec des jouets en bois ou avec des i-Pads. Je crois que les parents élevant des jeunes enfants entrent dans un monde sans temps, et bien des générations ont éprouvé ce sentiment à Célesteville, celui du monde sans danger, parfait, de la petite enfance. Et je pense que c’est pour cela que Babar continue. Laurent de Brunhoff Publication : Les Histoires de Babar dirigé par Dorothée Charles co-éd. Les arts décoratifs/BnF 35 euros La Fabrique de Babar 13 décembre 2011 – 29 janvier 2012 Site François-Mitterrand Commissaire : Carine Picaud TM & © Nelvana.
Expositions > Bourse du talent : photos d’identité Depuis 2007, la BnF accroche à ses cimaises les travaux des photographes émergents distingués par la Bourse du talent. Avec, cette année, l’identité et l’hybridation des genres en guise de fil conducteur. La Bourse du Talent cultive un unique champ photographique, celui de l’engagement. Organisé depuis 1998 par le site photographie.com, ce prix récompense des photographes en prise directe avec les enjeux brûlants – sociaux, politiques, esthétiques – du monde contemporain. Si le prix consacre quatre genres distincts (reportage, mode, portrait, espace), l’exposition à la BnF s’efforce de présenter les travaux de façon décloisonnée. Autour du thème de l’identité, axe majeur de l’exposition, les visiteurs sont invités à tisser des liens par-delà les différents genres. Ainsi est-il possible de mettre en rapport la série Attrition de Thomas Devaux, lauréat dans la catégorie Mode, et Sombre mémoire de Guillaume Chamayan, coup de cœur du jury dans la catégorie Reportage. Le premier s’effor ce de brouiller les identités en reconfigurant l’image des top models dans un travail au croisement de la photo et de la peinture. Le second, à mi-chemin entre le documentariste Rithy Pan et les clairs-obscurs de Georges de La Tour, débusque les traces de l’horreur khmère dans des lieux, des objets et des corps d’aujourd’hui, en des « tableaux » qui les subliment. Deux approches de la photo graphie qui décontextualisent Attrition, de Thomas Devaux, lauréat de la Bourse du Talent # 46, série Mode © Thomas Devaux. leurs « modèles » pour mieux sonder les racines de la beauté ou du mal. Estelle Fenech, lauréate dans la catégorie Portrait avec Elle marche vers lui, et Léa Habourdin, mention spéciale du jury dans la catégorie Mode pour Cahier de doléances, empruntent une forme similaire : le diptyque. La première propose un travail sensible sur la transformation de Paula en Paul. À chaque nouvelle prise d’hormones, une photo de son visage et une autre du ciel sont mises en regard. Une façon poétique et distanciée de traquer « la subtilité des différences entre traits masculins et féminins ». Léa Habourdin, elle, propose une vision drolatique et dérangeante de la mode en mêlant des photos d’animaux dans la splendeur de leur apparat à des photos fragmentaires, en noir et blanc, de modèles humains entravés par leurs vêtements ou dévoilant des chairs marquées. Les animaux seraient-ils plus sophistiqués que nous ? Autre rapprochement stimulant, celui de Beyond the Border de Mathias Depardon, lauréat dans la catégorie Reportage, avec Étude d’Élodie Cheneau, coup de cœur du jury dans la catégorie Portrait. D’un côté, des clichés nocturnes de migrants afghans rendent palpable le danger permanent d’existences précaires. De l’autre, une série d’autoportraits où la photographe pose avec une maladresse ostensible en fixant avec détermination l’objectif, comme pour implorer notre regard. Dans les deux cas, le même besoin de reconnaissance, la même foi dans le médium photographique. Pour exister, enfin. Bertrand Dommergue Jeunes photographes de la Bourse du Talent 16 décembre 2011 – 19 février 2012 Site François-Mitterrand Allée Julien Cain Partenaires : La BnF avec photographie.com, Pictorial Service (laboratoires Picto), Nikon et Initiatives (experts en gestion de Patrimoine). Chroniques de la BnF – n°61 – 9



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