Chroniques n°61 jan/fév/mar 2012
Chroniques n°61 jan/fév/mar 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°61 de jan/fév/mar 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Bibliothèques : faut-il avoir peur du numérique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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dossier Les bibliothèques et la grande peur du numérique Dans un contexte où la révolution numérique transforme à toute vitesse les supports, les pratiques et les usages de la lecture, la consultation à distance – qu’il s’agisse de livres, d’images, de documents sonores ou multimédia – est en passe de devenir le mode d’information privilégié de la plupart d’entre nous. Les bibliothèques risquent-elles de voir le public de leurs salles de lecture se raréfier dans les années à venir ? Les bibliothèques numériques préparent-elles la disparition des bibliothèques physiques ? Dans le paysage nouveau qui se dessine, qu’ont-elles à proposer, ici et maintenant, mais aussi dans l’avenir ? Éléments de réponses. Photo Magali Corouge/BnF.
Dossier > Après plus de dix ans de dévelop pement du numérique, une question n’est désormais plus taboue. Elle est posée par des contribuables, des gestionnaires, des élus comme par des intellectuels – ainsi Michel Serres dans un article récent pour Libération : si tout (ou presque tout) devient accessible à tous (ou presque tous) par le biais des écrans, à quoi bon construire encore ou même maintenir des bibliothèques dites « physiques » ? De leur côté, nombre de professionnels se demandent s’ils ne vont pas être les acteurs d’un scénario catastrophe – ou fataliste –, celui d’une désaf fection plus ou moins lente des bibliothèques qui pourrait conduire, faute de publics, à leur disparition… Comme toutes les grandes peurs, celle du numérique doit être raisonnée. Un scénario encore à écrire Le tout numérique n’est pas pour demain. Pour devenir massif, l’usage d’un média a besoin d’une certaine sérénité technologique – rappelonsnous l’exemple de la télévision, ou des standards de la vidéo ou du DVD. Dans le cas du numérique, la bataille des formats, des matériels de lecture, des offres de contenus ralentit visiblement l’émergence de ce fameux marché sur lequel les industriels sont si soucieux de se positionner… La numérisation rétros pective du patrimoine, quant à elle, sera une affaire de longue haleine tant l’héritage culturel est colossal. En lui donnant comme ambition une certaine exhaustivité, elle prendra probablement une génération, voire deux, si elle ne connaît pas une accélération technologique ou économique majeure. Par ailleurs, le scénario du déclin s’appuie sur des constats pour le moins incertains. S’il semble confirmé que, dans les bibliothèques municipales ou universitaires, le nombre des prêts connaît un tassement, qui ne s’applique d’ailleurs pas à tous les types de documents, la fréquentation du lieu-bibliothèque se maintient globalement. On en connaît même ici et là où elle est notablement en hausse, souvent à la faveur d’un réaménagement des espaces, d’une évolution de l’amplitude horaire ou des acti vités culturelles. La bibliothèque comme lieu d’apprentissage au collège, comme lieu de vie à l’université ou comme forum dans la cité, semble promise à un bel avenir. Car la bibliothèque en général ne doit pas être isolée de l’horizon social – et politique – dans lequel elle s’inscrit. On ne le rappellera jamais assez : un tiers seulement de la population française fréquente des bibliothèques. Si un accès croissant à l’ensei gnement supérieur et à la culture reste un objectif prioritaire des politiques publiques, la bibliothèque possède des marges de développement PAROLES DE LECTEUR « La BnF est un lieu fabuleux pour consulter des documents puisqu’il y a tout ! En 2020, je continuerai à venir pour au moins deux raisons : pour avoir accès aux documents et pour le calme. » Jacques Henno, journaliste et écrivain considérables pour sa fréquentation. En effet, dans l’acqui sition des savoirs ou du goût, aucun processus virtuel ne remplacera complètement l’expérience d’un lieu, de la matérialité des objets, de l’émotion collective. Enfin, dans les bibliothèques, le temps n’est plus à l’effroi mais à l’inven tivité. La bibliothèque est devenue un des lieux privilégiés de la consultation d’Internet (et parfois le seul pour ceux qui sont victimes de ce qu’on appelle la fracture numérique). L’articulation des ressources et des pratiques de recherche « sur papier » et électronique se fait de plus en plus naturellement. Et les bibliothèques se repositionnent dans des politiques de services au plus près de leurs premiers publics. On pourrait développer l’exemple de certaines bibliothèques publiques qui initient de plus en plus de démarches de proximité (ainsi le portage des emprunts à domicile), ou celui des bibliothèques universitaires en voie d’évolution rapide vers le concept de learning center. La BnF, elle, a choisi de mettre l’accent sur sa richesse documentaire, la didactique, l’expertise et la diversification des publics [lire page suivante]. Bientôt finies, les bibliothèques ? Ceux qui l’annoncent ou le redoutent réduisent implicitement les bibliothèques à un « stock » de documents. Les bibliothèques sont bien plus que cela : lieu d’étude, lieu de découverte, lieu de plaisir, lieu de rencontres, lieu de partage, lieu d’imaginaire et, pour tout dire, lieu de valeurs. Elles l’ont été dans le passé. Elles le seront bien plus encore dans l’avenir ; elles vivront tant que vivra l’humanisme. Denis Bruckmannà lire La Grande Conversion numérique, par Milad Doueihi, éd. du Seuil, 2008. Apologie du livre, demain aujourd’hui, hier, par Robert Darnton, éd. Gallimard, 2011. N’espérez pas vous débarrasser des livres, par Jean-Claude Carrière et Umberto Eco, éd. Grasset, 2011. Chroniques de la BnF – n°61 – 13 Photo Bertrand Desprez, VU/BnF.



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