Chroniques n°60 oct/nov/déc 2011
Chroniques n°60 oct/nov/déc 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de oct/nov/déc 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : L'abolition de la peine de mort a trente ans

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Robert Badinter l’abolitionniste Il y a trente ans, l’Assemblée nationale votait l’abolition de la peine de mort. Pour commémorer cet événement, Robert Badinter, alors garde des Sceaux et à l’origine de cette loi majeure, revient sur un combat de près de deux cents ans. « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. » Trente ans après ce 17 septembre 1981, des milliers d’internautes peuvent encore entendre la voix ferme et tremblante à la fois de cet homme qui se cramponne de ses deux mains à la tribune de l’Assemblée nationale, comme un capitaine à la hune de son navire. Devant Robert Badinter ce jour-là, ce ne sont pas quelques centaines de parle mentaires qu’il faut convaincre, mais soixante millions de Français. Car d’après un sondage publié le matin même dans Le Figaro, la France qui « a peur » se déclare favorable, à plus de 60%, au maintien de la peine de mort. Alors il faut faire face à ce vent contraire de l’opinion. Une demi-heure de discours rédigé à la main sur des feuillets que l’orateur ne regarde qu’à peine tant il les a en tête et dans le cœur. Ce jour-là, 16 – Chroniques de la BnF – n°60 Robert Badinter ne plaide pas l’abolition, il est l’abolition qui parle. C’est lui, et c’est aussi avec lui le chœur polyphonique de ceux qui, depuis près de deux siècles, entendent condamner à mort la « veuve noire ». C’est Hugo, c’est Jaurès, et c’est lui, Badinter. Mais le « moment » politique ne doit pas occulter la longue marche. Ce n’est qu’un pic. Il y eut auparavant le lac étale des jours sans espoir ; il y eut les causes perdues – celle de Roger Bontems que maître Badinter tente d’arracher sans succès à la guillotine en 1972 ; il y eut aussi, en 1976, les centaines de lettres de menaces, d’insultes, et même une bombe qui éclate sur le palier de l’appartement familial lorsqu’il décide de défendre Patrick Henry, l’assassin du petit Philippe © Laurent Maous/Gamma. Ci-dessus Extrait du manuscrit du discours prononcé par Robert Badinter à l’Assemblée nationale, le 17 septembre 1981. Ci-contre Robert Badinter prononçant son discours contre la peine de mort à l’Assemblée nationale, le 17 septembre 1981. Bertrand. Les visites d’hiver à la prison de Troyes, les nuits blanches, les doutes, l’angoisse au moment d’aller plaider… Il faut lire dans L’Abolition le chapitre que Robert Badinter consacre à l’affaire et au procès Patrick Henry. Cette aventure politique et personnelle devient alors intime. Et renvoie chacun, et l’avocat au premier chef, à des questions essentielles : qui suis-je ? Qu’ai-je fait de ma vie ? Pourquoi Robert Badinter s’est-il engagé dans le combat abolitionniste ? Parce qu’il fallait, diraient les philosophes, un homme capable de porter et de rendre visibles les progrès de la raison dans l’histoire. Mais c’est aussi l’homme qui choisit. Est-ce le poids de la disparition d’un père dans les camps – exécution sans procès et sans faute – qui conduit le grand avocat à faire de ce combat presque bicentenaire la clé de voûte de son existence ? Le sens de la justice, l’idée d’un droit qui se substitue absolument à la violence absolue, l’exigence d’empathie se mêlent pour rendre compte d’un engagement qui conduit Robert Badinter à porter cette parole dans toutes les assemblées. Jusqu’à ce que la mort pénale disparaisse de la surface du globe. Thierry Grillet Célébration : L’abolition de la peine de mort a 30 ans Conférence de Robert Badinter le mercredi 5 octobre 2011 Projections les 6 et 7 octobre 2011 (voir agenda) Site François-Mitterrand Grand auditorium, hall Est – 18 h 30-20 h En collaboration avec l’association Ensemble contre la peine de mort. En partenariat avec le magazine L’Histoire.
© Sophie Bassouls/Sygma/Corbis. Auditoriums > « Nous assistons à un retour prodigieux de la fiction » Écrivain, éditeur, créateur du festival Étonnants Voyageurs 1, Michel Le Bris est aussi un spécialiste de Robert Louis Stevenson, le maître du roman d’aventures. Un genre dont il nie la pertinence : il n’y a qu’un roman, celui qui nous permet d’appréhender la complexité du monde. Chroniques : Pouvez-vous dater la naissance du roman d’aventures ? Michel Le Bris : Elle coïncide avec celle du roman. Parce que l’aventure est l’essence même de la fiction. Quelque chose arrive à quelqu’un : c’est le point de départ obligé. L’Odyssée est un roman d’aventures, Don Quichotte pareillement. À la recherche du temps perdu, aussi ! Aventure ne signifie pas « action frénétique » mais « événement ». Dans un essai intitulé Une humble remontrance, Stevenson a théorisé cette notion d’événement. C’est une forme qui s’impose à l’informe de la vie, se détache du flux de l’existence, avec un début et une fin, dont il nous semble pourtant que s’y trouve enclos quelque chose valant pour la vie toute entière – comme ces trois mâts enclos dans une bouteille, qui disent quelque chose encore de la mer et du vent. Comment expliquer alors l’existence de genres romanesques, notamment du roman d’aventures si longtemps considéré comme mineur ? M.L. B. : C’est le grand jeu du gendarme et du voleur. Le romancier étant le voleur, les « genres » les prisons construites pour les tenir captifs. Les clercs ont fait de l’aventure un genre pour l’exclure de la « grande » littérature – quand Proust et Mallarmé tenaient Stevenson pour un génie… C’est une spécificité française que cette obstination à repousser dans les marges ce qui fait l’essence du romanesque : rappelez-vous ces avantgardes, dans les années 1960, qui entendaient réduire la littérature à des jeux formels par « mise entre parenthèses du sens, du sujet, de l’histoire » et glissement du « récit d’aventures » aux « aventures du récit ». Dans notre monde globalisé, le roman peut-il encore trouver des « événements » à raconter ? M.L. B. : Plus que jamais ! Un monde s’efface et, avec lui, nos repères les plus assurés ; un autre naît, inquiétant, fascinant – inconnu. Quelle aventure ! Le monde qui vient est monde de flux. D’argent, de personnes, d’informations. Comme un torrent auquel rien ne paraît pouvoir résister, frontières, État, police, famille. De plus en plus de gens, pris dans ces flux, auront à articuler plusieurs cultures – autrement dit à imaginer le récit personnel qui les liera en une forme ouverte. Mais comment Ci-dessus Michel Le Bris à Saint-Malo, 2001. habiter le mouvant – si le concept est de l’ordre du stable ? Par la fiction ! Le roman n’est-il pas cette forme ouverte, fluide, articulant des voix multiples, irréductible à une théorie ou à une idéologie, et qui pourtant nous dit quelque chose d’essentiel de nousmêmes, de l’inconnu du monde, de l’inconnu en nous ? C’est bien pour cela que nous assistons à un formidable retour de la fiction – où celle-ci retrouve ses pleines puissances ! À quoi tient le formidable dynamisme du roman indien, sinon à ce que le xxi e siècle s’invente là-bas dans de terribles convulsions ? Plus que jamais, la fiction a cette capacité de rendre habitable le monde incertain où nous sommes et de dire l’inconnu du monde qui vient, en lui donnant un visage. Propos recueillis par Bertrand Dommergue 1. Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, depuis 1990. Salon de lecture – The Call of the Wild L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson par Michel Le Bris Mardi 18 octobre 2011 – 18 h 30-20 h Site François-Mitterrand Petit auditorium, hall Est Chroniques de la BnF – n°60 – 17



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