Chroniques n°60 oct/nov/déc 2011
Chroniques n°60 oct/nov/déc 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de oct/nov/déc 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6 Mo

  • Dans ce numéro : L'abolition de la peine de mort a trente ans

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Expositions > Markus Raetz, une esthétique de la surprise Une exposition à Richelieu donne à voir l’œuvre gravé de l’artiste suisse contemporain, dont le travail est centré sur la question de la perception et du langage. Distorsions, ellipses, jeux de miroirs, les réjouissants détournements de Markus Raetz interrogent le spectateur à travers des dispositifs inédits. Dessinateur, sculpteur, Markus Raetz est ce que l’on appelle aujourd’hui un artiste polyvalent. En écho lointain à la figure d’un Léonard de Vinci passionné, entre bien d’autres curiosités, par les questions d’optique, il construit depuis 1963 une œuvre singulière : son fil conducteur est la remise en question de la perception du spectateur ainsi que le jeu sur le langage et les signes. Dans la lignée d’un Duchamp ou d’un Magritte, Markus Raetz expérimente des images et des dispositifs qui mettent à l’épreuve les habitudes visuelles à travers distorsions, anamorphoses et autres inventions autour de la perspective. Sa recherche s’apparente à un art de la subversion ; elle met des points d’interrogation à des représentations bien établies, et amène à voir les choses de manière inédite. Cette exposition exhaustive des estampes de l’artiste est un projet de longue date, réalisé avec la complicité de sa galeriste Farideh Cadot, à laquelle l’unit une longue amitié, et co-commissaire, avec 10 – Chroniques de la BnF – n°60 Marie-Cécile Miessner, de l’exposition. 180 pièces sont présentées à la galerie Mansart, pour la plupart des estampes, mais aussi quelques sculptures : autant d’occasions de se confronter à des objets parfois énigmatiques, toujours subtils, ouverts à de multiples significations. À l’origine, le dessin Depuis toujours, Markus Raetz dessine. Travail préparatoire ou journal de bord - dans de petits carnets dont certains ont été édités en Suisse –, le dessin est surtout « une façon de collectionner des images qui ressortent parfois des années après sous une forme ou une autre, confie-t-il. Je ressens comme un très grand privilège le fait de pouvoir laisser le temps passer, laisser mûrir les choses. » Sa pratique de l’estampe trouve elle aussi son origine dans l’enfance, depuis ses premiers essais d’empreintes à l’aide de pommes de terre et de tampons humides, qui ont inscrit en lui une fascination pour la reproductibilité. © ADAGP, 2011. BnF, Estampes et photographie. En haut Markus Raetz Schnelles Sujet (Sujet rapide) Eau-forte, préparation papier de verre, 1970. Ci-contre Markus Raetz, Binocular View Photogravure, 2001. Page de droite Markus Raetz, Figure masculine contemplant son ombre, Aquatinte, 1977. Son travail peut se lire comme une méditation poétique relevée de touches d’humour. Markus Raetz travaille à rendre visible l’invisible. Ainsi Sujet rapide, où la vitesse est rendue perceptible par le seul trait, en l’absence de toute figure. Ses images sont travaillées par toutes sortes d’hypothèses et de significations, telles ces Schatten (Ombres) où l’œil hésite entre l’image d’une pipe, d’une fumée, d’un nuage, ou encore d’une figure surgie de l’inconscient, en clin d’œil au Ceci n’est pas une pipe de Magritte. Aimant modifier son angle visuel, l’artiste travaille aussi sur le reflet, le double, le positif et le négatif, ou le miroir, qui permet de voir un autre aspect de ce que l’on regarde et de se démultiplier. Markus Raetz a fait sienne la phrase de Marcel Duchamp selon laquelle c’est le regardeur qui fait l’image. Celui qui regarde est certes récepteur, mais projette aussi quelque chose de luimême. « Tout ce que nous voyons agit sur notre cerveau. Nous projetons les expériences que nous faisons dans notre vision de l’œuvre », explique-t-il. Il s’agit toujours, au fond, de faire voir les choses autrement, de faire bouger la perspective, de dévoiler, derrière ou à côté des images que l’on voit – ou que l’on croit voir – d’autres images. Le travail de la sculpture s’est affirmé dans son œuvre dans les années 1980. L’exposition en montre plusieurs et éclaire leurs rapports avec la gravure. C’est en bougeant, en se déplaçant que Fnac/BnF, Estampes et photographie.
Expositions > le spectateur découvre vraiment ces sculptures qui se révèlent en livrant une face insoupçonnée. Sa sculpture de l’anneau de Mœbius, Ring (2009), traduit sa fascination pour la notion de mouvement perpétuel. « Sur ce ruban, l’arête est parallèle à elle-même. Le regard circule le long de l’anneau et on peut aussi entrer dans cet anneau », commente Markus Raetz. C’est à la fois extrêmement simple et totalement mystérieux. Le jeu avec les mots Mais l’univers de Markus Raetz est aussi un monde de mots. Ses œuvres manifestent une relation espiègle avec le langage. « Avant les mots, il n’y avait que les choses. L’invention du mot écrit a été une nouvelle création du monde. » Ce qui l’intéresse, c’est l’ambi guïté dont ils sont porteurs, leur polysémie. L’asso ciation libre et le jeu règnent sur ses opérations sur le langage : métamorphoses, palindromes, anagrammes et calembours bousculent le sens et le réveillent. « Je suis né dans une région bilingue, où l’on parle allemand et français, et j’ai grandi dans une culture de créativité langagière. » Une culture, aussi, de l’alté rité : gravures et sculptures laissent une empreinte particulière, liée à la capacité de décentrement de leur auteur, à sa quête d’un « geste pour autrui » perceptible dans cet œuvre où se mêlent recherche technique, inventivité et intuition de l’imprévisible. Sylvie Lisiecki Catalogue Sous la direction de Marie-Cécile Miessner, 220 p., 100 ill., bilingue français-anglais, 39 euros. Markus Raetz 8 novembre 2011 – 12 février 2012 Site Richelieu – galerie Mansart Commissaires : Marie-Cécile Miessner et Farideh Cadot Avec le soutien de Paris photo et de Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture. En partenariat avec Art press. À voir aussi Sculptures de Markus Raetz 8 novembre – 30 décembre 2011 Galerie Farideh Cadot, 7, rue Notre-Damede-Nazareth, 75003 Paris De 14 h à 19 h – le samedi de 11 h à 19 h © ADAGP, 2011. BnF, Estampes et photographie. Chroniques de la BnF – n°60 – 11



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