Chroniques n°59 été 2011
Chroniques n°59 été 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de été 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,2 Mo

  • Dans ce numéro : Enluminures en terre d'Islam

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > L’image en questions dans les arts islamiques À travers un parcours de somptueux manuscrits enluminés, sacrés et profanes, l’exposition qui se tient à la Bibliothèque Richelieu propose un nouvel éclairage sur la question de la figuration dans les arts de l’Islam. Du Coran aux ouvrages botaniques, Enluminures en terre d’Islam déroule une iconographie plurielle et précieuse. Organisée à l’occasion d’une campagne de numérisation de plus de 250 manuscrits mécénée par la Fondation Total, l’exposition Enluminures en terre d’Islam. Entre abstraction et figuration en donne à voir plus de 80, parmi les plus beaux. Cependant, le projet scientifique de l’exposition ne se borne pas à inviter les visiteurs à la contemplation de ces livres, aussi précieux soient-ils. Le premier d’entre eux, le Coran, 4 – Chroniques de la BnF – n°59 rassemble les révélations reçues par le prophète Muhammad de l’ange Gabriel entre 610 et 632 après Jésus- Christ. Durant les premières décennies de l’islam, l’écriture arabe réservée à la copie du Coran contribue à la diffusion du message religieux. Ce livre sacré constitue donc le socle commun à tous les musulmans. Pourtant, comme le souligne la commissaire de l’exposition, Annie Ci-dessous Ferdowsi, Shâhnâmeh (Le Livre des rois) Chiraz, 1567, Cour de Gayumars En haut Gaston Gallimard dans les années 1910 Ci-dessus Fiche de lecture de Raymond Queneau sur Un BnF, Manuscrits. Vernay-Nouri, « le monde islamique, s’il s’est édifié sur des principes communs, présente une vraie diversité culturelle, notamment dans le domaine de l’image ». De fait, les trois grandes composantes, arabe, persane ou turque, qui ont dominé tour à tour, pratiquent assez différemment l’art de l’enluminure. Ainsi l’exposition, au croisement de l’histoire de l’art, de l’histoire culturelle et de l’iconographie, vise-t-elle à montrer que, contrairement aux idées reçues, la figuration n’est pas complètement proscrite des représentations islamiques. Abstraction et figuration Divisée en deux parties, l’exposition est d’abord essentiellement consacrée aux manuscrits religieux, rédigés dès le viii e siècle. Les Corans donnent à voir des représentations où s’entremêlent calligraphie, ornementation géométrique et arabesque avec, pour chacune, une esthétique et une fonction bien spécifiques. La calligraphie, véritable art de l’écriture, en tant qu’émanation directe de Dieu, a pour finalité de le glorifier. L’entrelacs géométrique, fondé sur la ligne droite, structure l’espace de l’enluminure. Et l’arabesque, motif ornemental constitué d’éléments végétaux stylisés, tout en courbes, en remplit jusqu’aux plus petites parcelles. La seconde partie de l’exposition présente les manuscrits profanes, notamment scientifiques (botanique, zoologie, astronomie, astrologie…), dans lesquels s’est prolongé l’art de l’enluminure, avec l’ajout d’illustrations figuratives. De même sont rassemblés quelques-uns des plus célèbres textes littéraires islamiques comme les Maqâmât (Livre des séances) d’al- Harîrî (1054-1122), un recueil de fables, Kalila wa Dimna, ou encore la grande épopée nationale du Shahnameh (Livre des rois) écrite par Firdawsi au x e siècle : tous sont ornés de miniatures qui accompagnent le récit.
Expositions > Une longue arabesque déroule ses courbes d’un bout à l’autre de l’exposition, reliant ses deux parties. Composée de voiles imprimés qui font alterner textes, images, motifs, elle constitue le fil conducteur scénographique qui conduit le visiteur d’un thème à l’autre. Une scénographie au service de la médiation « Expliquer le fonctionnement de l’iconographie islamique tout en donnant un aperçu du contenu des textes », tel était l’un des objectifs d’Annie Vernay-Nouri. Le travail de Véronique Dollfus, en charge de la scénographie de l’exposition, aide à relever ce défi. En choisissant d’emprunter le graphisme et les couleurs de l’exposition au corpus d’œuvres présenté – un camaïeu de bleu pour l’art non-figuratif contraste avec les dégradés de rouge signalant l’art figuratif. En plaçant des feuilletoirs numériques qui permettent de poursuivre la lecture des œuvres les plus remarquables. Et, surtout, en proposant un dispositif visuel spécifique, constitué de deux projections dédiées à la fabrication démultipliée de formes abstraites ou figuratives, à la manière d’un kaléidoscope ou d’un moucharabieh. Enfin, une exposition virtuelle en ligne, évolutive, donnera la possibilité de poursuivre la visite en consultant notamment l’intégralité des manuscrits numérisés. Une exposition nécessaire Après Splendeurs persanes (1997) et L’art du livre arabe (2001), cette nouvelle exposition de la BnF consacrée aux manuscrits islamiques propose donc à la fois une expérience sensible et une nouvelle réflexion autour de l’image. BnF, Manuscrits. BnF, Manuscrits. En haut à gauche Coran, IX e -X e siècles, écriture coufique sur parchemin En haut à droite Sharaf al-Din, Sabunju oghlu, Chirurgie des Ilkhans Amasya, 1466 Ci-contre Mehmet el-Su’udi, Le Lever des astres chanceux, Istanbul, 1582 C’est qu’entre-temps, comme le rappelle le catalogue de l’exposition, deux événements majeurs se sont produits : la destruction par les talibans, en mars 2001, des deux bouddhas géants élevés entre le iii e et le v e siècle, en Afghanistan, ainsi que les menaces de mort proférées à l’encontre des dessinateurs et des journaux occidentaux qui avaient publié les caricatures du prophète Muhammad, en 2005. L’extrémisme « justifiait » alors sa violence par le dogme supposé de l’exclusion de la figuration du champ de la religion islamique. Comme un symbole, le parcours de Enluminures en terre d’Islam se clôt sur le Voyage nocturne du Prophète au paradis, manuscrit turc du xv e siècle dans lequel le Prophète lui-même est représenté. Ainsi, l’exposition nuance-t-elle le caractère absolu de l’aniconisme 1 de l’islam. Non sans avoir permis de mieux apprécier la profusion et la beauté des enluminures islamiques. Bertrand Dommergue 1. Doctrine qui implique le bannissement des icônes. Enluminures en terre d’Islam Entre abstraction et figuration Du 7 juillet au 25 septembre 2011 Bibliothèque Richelieu, galerie Mansart Commissariat : Annie Vernay-Nouri Avec le soutien de la Fondation Total. BnF, Manuscrits. Chroniques de la BnF – n°59 – 5



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