Chroniques n°59 été 2011
Chroniques n°59 été 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de été 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,2 Mo

  • Dans ce numéro : Enluminures en terre d'Islam

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Actualités du numérique > Mémoire de l’Internet : quelles attentes ? Depuis 2006, le dépôt légal de l’Internet français a été confié à la BnF. Une étude auprès des publics potentiels explore leurs attentes et révèle le besoin de représentations nouvelles pour rendre compte de ces archives d’un genre nouveau. Même s’il prétend n’exister qu’au présent, dans une perpétuelle jeunesse, le web vieillit et perd la mémoire : des sites disparaissent, les internautes ont oublié ce qui comptait sur la toile il y a cinq ou dix ans. Le dépôt légal de l’Internet français est assuré par des collectes automatiques effectuées vingt-quatre heures sur vingt-quatre par le service du dépôt légal numérique ; leur résultat est accessible à titre expérimental en bibliothèque de recherche. On y retrouve par exemple, dans leur environnement graphique d’origine, les sites des candidats aux élections présidentielles de 2002 et 2007. Si la fréquentation des archives de l’Internet est encore modeste, il est important d’explorer les attentes et les besoins des publics potentiels appelés à se développer dans le futur. À cette fin, une série d’entretiens a été réalisée par la délégation à la Stratégie et à la recherche de la BnF auprès de chercheurs, professionnels (avocats, © BnF. 26 – Chroniques de la BnF – n°59 journalistes, etc.) et amateurs de la Bibliothèque : l’occasion de mieux cerner les représentations que se font ces publics d’une archive du web. Des questions éthiques Les chercheurs interrogés travaillent dans un univers web dont ils reconnaissent à la fois la richesse et la volatilité. La fugacité du net donne à son archive une force politique qui révèle les mutations longues comme les dispa ritions subites. Si l’intérêt d’une mémoire du web leur paraît évident, ils se heurtent à la difficulté de défi nir et circonscrire, dans un espace illimité, des corpus significatifs : « Vous n’êtes jamais sûrs d’une totale exhaustivité » ; « Pourquoi vous avez pris ce site et pas cet autre ? » Face à cette difficulté, la BnF est perçue comme un tiers de confiance capable de garantir l’accès à des collections authentiques, raisonnées et documentées. Les archives soulèvent cependant des questions éthiques et méthodologiques : éthiques, car tout ce qui relève d’actions personnelles sur le web (discuter, acheter, participer à des réseaux sociaux, etc.) apparaît impropre à l’archivage, même s’il constitue un lieu d’observation précieux pour l’historien et le sociologue ; méthodologiques, car archiver un flux semble impossible, voire paradoxal. La complexité d’un être vivant Ces archives requièrent des mots et des représentations nouveaux, car elles ne peuvent être assimilées à une archive traditionnelle fondée sur des unités documentaires stables. Le « site », capturé isolément et ponctuellement, peut difficilement jouer ce rôle, car c’est son inscription dans un réseau et dans le temps qui intéresse d’abord le chercheur. D’où l’afflux de métaphores : les archives du web seraient comparables aux « traditions orales » (ce qui est sur le web n’a pas de surface d’inscription définitive, contrairement à l’écrit), aux « photogrammes » (ces moments figés par la caméra, qui permettent de recomposer un mouvement) ou aux « espèces naturelles » avec leurs multiples lignées (Internet a la même complexité que les êtres vivants). Suite à cette étude, la BnF va préciser et diffuser sa politique documentaire pour la collecte du web, afin de tenir ce rôle de « tiers de confiance » en toute transparence. Elle va par ailleurs développer des collectes capables de garder la trace des nœuds les plus importants de la toile : ne pas garder seulement des éléments isolés mais aussi la trace des pratiques du web les plus populaires, celles qui marquent « l’air du temps » et documentent à grande échelle les tendances, sociales, commerciales, culturelles du réseau. Elle cherchera enfin à collaborer plus étroitement avec les communautés de chercheurs et d’amateurs intéressés par la mémoire du web. Philippe Chevallier et Gildas Illien
Actualités du numérique > Combat de gueux dans Gallica ! Le département des Estampes et de la photographie a numérisé récemment d’importants œuvres gravés des grands maîtres de l’estampe. On peut désormais admirer en ligne les burins de Schongauer, Dürer et Raimondi, les eaux-fortes de Bellange, les paysages de Seghers ou les scènes de genre de François Boucher. Et le XIX e siècle n’est pas en reste avec Odilon Redon, Camille Pissarro et Félix Vallotton. Zoom sur Combat de gueux, chef-d’œuvre de Jacques Bellange. La Rixe entre un mendiant et un pèlerin, dite aussi Combat de deux gueux, est l’une des deux seules estampes à sujet réaliste que Jacques Bellange (vers 1575-1616) ait gravées. Cet artiste est l’un des premiers peintres graveurs au xvii e siècle. On sait peu de chose sur la vie de ce peintre de la cour de Lorraine, qui grava 48 pièces à l’eau-forte dans un style maniériste exacerbé, avec des corps très allongés et presque déformés, et dont le nom a sombré dans l’oubli peu après sa mort, avant une toute récente réévaluation qui a permis de redécouvrir le charme de cet artiste au graphisme si original. Nous voyons un pèlerin, reconnaissable à son bâton et à la coquille de saint Jacques sur sa poitrine, attaqué par un musicien aveugle, avec sa vielle et son chien, rendu peut-être furieux par une possible rivalité. On sait qu’à cette époque les musiciens aveugles étaient nombreux, ils vivaient en communautés où les rixes étaient fréquentes. Certains aspects de la gravure nous font plonger dans la réalité quotidienne du BnF, Estampes et photographie. Jacques Bellange, Combat de deux gueux, éd. 1616 eau forte, 1 er état temps : dans cette violence qui s’exerçait fréquemment dans les rues, exacerbée ici dans les contorsions et grimaces des protagonistes. Si le détail de l’instrument de musique est représenté avec le plus grand soin, les costumes sont loin d’être réalistes : le drapé collant et marquant le nombril du pèlerin, les brodequins évoquant les chaussures de théâtre, typiques du style de Bellange, sont fort éloignés des oripeaux des mendiants du temps. Bellange s’insère dans une tradition picturale issue de la Renaissance, qui aime à représenter les mendiants aveugles, parfois musiciens, souvent dans des contextes moralisateurs de réprobation (songeons à Breugel et ses Trois Aveugles) ; cette estampe est un jalon important dans cette tradition, qui annonce Georges de la Tour et son Joueur de vielle et les eaux-fortes des Gueux de Jacques Callot. Vanessa Selbach Ces corpus sont accessibles sur internet dans la bibliothèque numérique Gallica (http:Ilwww.gallica.bnf.fr) ou à partir du catalogue général de la BnF (http:Ilwww.catalogue.bnf.fr). UN LIVRE BNF Vues de Paris, 1750-1850 Cet ouvrage propose de parcourir, en compagnie de l’écrivain Éric Hazan, le Paris de Balzac, Stendhal ou Hugo, un Paris qui resplendit des tons frais et joyeux des aquarelles et dessins réunis par l’archi tecte Destailleur et conservés au département des Estampes et de la photographie de la BnF. Vues de Paris, 1750-1850 Éric Hazan, coédition BnF/Bibliothèque de l’Image 88 p., 87 ill. 10 €. Chroniques de la BnF – n°59 – 27



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