Chroniques n°59 été 2011
Chroniques n°59 été 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de été 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,2 Mo

  • Dans ce numéro : Enluminures en terre d'Islam

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Esquisses de Roland Barthes Le fonds Roland Barthes, d’abord conservé à l’Imec 1, a rejoint le département des Manuscrits grâce à la générosité de Michel Salzedo, ayant droit de l’auteur. Manuscrits, bien sûr, mais aussi dossiers de cours, carnets de voyages et près de 400 dessins viennent éclairer une production intellectuelle essentielle à la lecture du monde d’aujourd’hui. Roland Barthes par Roland Barthes ? C’était le titre de l’autoportrait que Barthes accepta de composer pour la collection « Écrivains de toujours ». Ce pourrait être celui de ses archives, tant elles reflètent désormais les étapes de son parcours, la diversité de son œuvre de sémiologue et d’écrivain, son rayonnement aussi, et les traits particuliers de son rapport à l’écriture. L’œuvre et sa réception Au premier coup d’œil, le fonds des manuscrits révèle pourtant une césure chronologique : les œuvres antérieures à S/Z et à L’Empire des signes (1970) sont peu représentées. Outre un fragment manuscrit de la préface au Degré zéro de l’écriture (1953), seuls les tirés à part ou les coupures d’articles constitutifs du recueil, pour l’essentiel parus dans Combat et Arts entre 1947 et 1953, nous sont parvenus. Pour Mythologies (1957), le dossier est constitué des tirés à part des textes parus dans la presse, notamment Esprit, à partir de 1952, entre lesquels s’intercalent des ajouts dactylographiés parfois très corrigés, et du manuscrit des deux premières versions de Mythe aujourd’hui, le texte final, d’abord intitulé « Esquisse d’une mythologie ». Le dossier du Système de la mode (1967) manque, même si le fonds conserve quelques-uns des articles consacrés par Barthes au vêtement depuis les années 1955-1959. Tout change à partir de 1970, peutêtre parce que Barthes, qui s’est mis à dactylographier lui-même ses textes, a besoin de conserver par-devers lui ses manuscrits : chacune des œuvres de Barthes parues jusqu’à sa mort accidentelle en 1980 (Sade, Fourier, Loyola en 1971, Le Plaisir du texte en 1973, Roland Barthes par Roland Barthes en 1975, Fragments d’un discours amoureux en 1977, La Chambre claire en 1980) fait l’objet d’un copieux dossier de manuscrits. S’y ajoutent les copies dactylographiées corrigées et la correspondance relative à la parution des livres. Les lettres envoyées à Barthes par ses 20 – Chroniques de la BnF – n°59 prestigieux premiers lecteurs jettent un éclairage passionnant sur la réception de l’œuvre dans le contexte du structuralisme de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Éblouissement Ainsi, à la parution de S/Z, Althusser est « ébloui ». Kostas Axelos souligne les implications réciproques entre la notion de « monde comme jeu » de Barthes et sa propre conception du Jeu du monde (Minuit, 1969). Deleuze décrit un texte « véritablement soulevé comme par une nouvelle machine ». Foucault emporte le livre avec lui pour le faire lire à ses étudiants à l’université de Buffalo, aux États-Unis. Philippe Roland Barthes Carnet du voyage en Chine, 1974 Sollers revient à plusieurs reprises sur le texte dans une série de lettres datées d’août 1969. Quant à Claude Lévi- Strauss, qui a lu S/Z et L’Empire des signes coup sur coup, il commente les deux ouvrages, d’autant plus sensible à l’approche du Japon par Barthes que celui-ci avoue avoir voulu s’en tenir précisément au mythe que constitue ce pays pour un Européen ; dans la deuxième partie de la lettre, Lévi- Strauss donne un développement sur les structures de la parenté dans Sarrasine de Balzac. En plus des nombreux articles et entretiens parus dans la presse, le fonds recèle également les manuscrits de trois textes restés inédits du vivant de BnF, Manuscrits.
© Marc Garanger/Epicureans. Collections > Barthes : Incidents (1987), les Soirées de Paris datées d’août-septembre 1979, et Vita Nova dont sont conservés les notes et les projets de plans successifs organisés autour d’un prologue invariablement consacré au « deuil » [de la mère] et à la « décision d’avril 1978 » de considérer dorénavant la littérature comme un « substitut à l’amour ». De la recherche Mais avec les manuscrits de l’écrivain interfèrent ceux de l’enseignant – l’activité professorale de Barthes entrant pour une part importante dans la constitution de ses archives. Ce sont d’abord les volumineux dossiers de ses cours et séminaires. Qu’ils aient eu pour cadre l’heureux « phalanstère » de l’École pratique des hautes études (de 1962 à 1977) ou le Collège de France vers lequel affluait le grand public de ses admirateurs (il y occupe à partir de 1976 la chaire de sémiologie littéraire), ils montrent le rôle majeur joué par l’enseignement dans sa vie de penseur et d’écrivain. Étroitement liés à la préparation de ses livres (jusqu’au « roman » à jamais fantasmé des dernières années), ils disent le rapport essentiel chez Barthes de la parole à l’écriture, de la recherche à l’œuvre. Ce sont ensuite les milliers de fiches, regroupées ou disséminées en glossaires, répertoires, index, dossiers, sans cesse recomposés. Outils de la lecture, ces fichiers deviennent bientôt le lieu de la notation et de l’écriture fragmentaire, se faisant éphémérides pour la confidence, l’épiphanie ou la déploration : ainsi du bouleversant « Journal de deuil » récemment édité. Il faudrait aussi parler des carnets, des souvenirs de voyages, ceux notamment si lucides sur la Chine de Mao, que Barthes visite avec les écrivains amis de Tel Quel, comme autant d’aperçus sur l’époque. Des dessins enfin. Près de 400 d’entre eux, réalisés au début des années 1970, datés, numérotés, parfois commentés, accompagnent à présent l’ensemble de ses manuscrits : peintures d’amateur sans doute « sans esprit de maîtrise ou de compétition », mais dont les couleurs éclatantes (« Je dessinais, par contrainte, de la main droite, mais je passais la couleur de la main gauche : revanche de la pulsion ») affirment le pur plaisir de la création. Une écriture inachevée « Le monde ne vient plus à moi sous la forme d’un objet, mais sous celle d’une écriture, c’est-à-dire d’une pratique », annonçait l’écrivain dans sa fameuse conférence de 1978, placée sous l’invocation de Proust (« Longtemps je me suis couché de bonne heure ») : de cette pratique multiple, combinatoire, inachevée, rêvée, les Ci-dessus Roland Barthes Ci-dessous Roland Barthes, dessin, 24 juin 1971 archives de Roland Barthes garderont la trace. Non comme une succession de livres trop tôt arrêtée mais comme des possibles encore à découvrir… Guillaume Fau et Marie Odile Germain 1. Institut de la mémoire de l’édition contemporaine. Chroniques de la BnF – n°59 – 21 BnF, Manuscrits.



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