Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de avr/mai/jui 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition Richard Price american prayer

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > RICHARD PRINCE Il a choisi par exemple de « continuer » un ensemble d’ouvrages pornographiques des années 1970, arrivés à la BnF par dépôt légal, et a créé des œuvres graphiques originales et éphémères, jetant ainsi une lumière inattendue sur les collections les plus popu laires, souvent les moins considérées de la Bibliothèque, dont on ne soupçonnait pas la richesse artistique. Sex and drugs and rock’n roll L’exposition Richard Prince : american prayer, dont le titre fait référence à un poème de Jim Morrison fait donc dialoguer l’Amérique et l’Europe, la culture savante et la culture populaire. Le voyage commence dans une grange américaine inspirée des maisons typiques de l’Amérique profonde, hébergeant une installation originale de livres de poche, et se termine dans 8 – Chroniques de la BnF – n°58 une salle de lecture paradoxale, remplie de livres illisibles : faux livres inventés par l’artiste ou trésors littéraires à proprement parler intouchables. Entre les deux, sept stations jalonnent ce parcours aux thématiques suivantes : Lolita & Lollipop, Beat Hotel, BombDreams, On the Road, On the Bus, Criminals and Celebrities, Sex and Drugs and Rock and Roll. À chaque thème sont associées des pièces phares de la collection de Richard Prince, une œuvre de l’artiste directement inspirée de celle-ci (peintures, photographies, dessins et sculptures) et des documents de la BnF réappropriés par l’artiste. Sur fond de musique de Neil Young, The Clash, Sonic Youth, Bob Dylan et du Velvet Underground dont il possède des archives emblématiques, comme la correspondance de Jimi Hendrix jeune à son père ou une collection d’œuvres Ci-dessus Richard Prince Untitled (publicity), 2006, affiche, pochette de disque et chèque sous cadre d’Andy Warhol pour le Velvet Underground, Richard Prince nous emmène dans une Amérique d’après-guerre mythique, les folles années des sixties et des seventies, celles de toutes les libertés et de toutes les expériences. Marie Minssieux-Chamonard 1. Le rouleau de Sur la route est conservé à la New York Public Library. Richard Prince american prayer Du 29 mars au 26 juin 2011 BnF, site François-Mitterrand Grande Galerie Commissariat : Robert Rubin et Marie Minssieux-Chamonard Avec le soutien de Champagne Louis Rœderer, Louis Vuitton, Banque Neuflize OBC, la galerie Gagosian et la participation de Dietl International et Domeau & Pérès. En partenariat avec Paris Première, Le Monde, Les Inrockuptibles, Le Nouvel Observateur, Beaux Arts magazine et France Inter. © Richard Prince, photo Rob McKeever, courtesy Gagosian Gallery.
© Richard Prince, photo Rob McKeever, courtesy Gagosian Gallery. Expositions > richard prince Du bad boy à la star Comment l’œuvre de Richard Prince se situe-t-elle dans le paysage de l’art contemporain ? En quoi nous concerne-t-elle ? Le point de vue de Sébastien Gokalp, conservateur au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Le sujet de Richard Prince, c’est l’Amérique dans ses profondeurs. Les mythes américains sont présentés pour ce qu’ils sont, des images d’images d’une société d’abondance : publicités, magazines, cow-boys, bikers, infirmières de magazines pulp et de séries noires, à l’érotisme kitsch. Depuis les années 1960, la culture populaire est accrochée aux cimaises des musées, qu’il s’agisse des artistes pop aux États-Unis ou de ceux du Nouveau Réalisme en France. Richard Prince commence ses reproductions de pages de magazines dans les années 1970. Comme Richard Longo, Cindy Sherman ou Sherrie Levine, qui reprennent des photos, des œuvres d’art, des documents à l’identique, il fait partie du groupe informel de The Pictures Generation, familier de l’image qui véhicule des codes et des valeurs dont personne n’est dupe mais par lesquelles nous nous laissons séduire. La reprise par l’artiste d’un document tiré en grand format, transposé sur les murs des galeries, l’inscrit dans un circuit artistique ; la force critique de l’œuvre est issue du caractère minime mais irréductible de l’intervention de l’auteur, laissant le spectateur seul juge de cette culture de masse, qui apparaît dans toute sa platitude. Alors qu’il aurait pu s’installer dans cette pratique qualifiée d’« appropriationniste », Prince prospecte à la fin des années 1980 d’autres champs. Il reprend en peinture et grand format des mauvaises blagues (jokes) qu’il associe à des dessins comiques de journaux et répète ad nauseam, la trivialité devenant spectaculaire. Il s’attaque aux grands maîtres américains de la peinture gestuelle, en parti culier Willem de Kooning ou Franz Kline. Abordant ses sujets de manière taxinomique, il collectionne compulsivement, publie des cata logues d’images sans texte ni référence, dont le rapprochement brut permet de saisir les spécificités et les différences. Un artiste très français ? Étrangement, ce sont des penseurs français qui ont développé les notions qui permettent d’analyser son œuvre : Roland Barthes annonce la mort de l’auteur, Gilles Deleuze théorise Différence et répétition, Guy Debord dresse un constat cruel de la société du spectacle et Jean Baudrillard celui du règne du simulacre. Mais Prince, pourtant conscient de ce qu’il met en jeu, évite toute théorie : il commence à découper dans les magazines pour les journalistes de Time Life, aime les Ci-dessus Richard Prince, Untitled (Jimi Hendrix), 1992-1993, T-shirt et acrylique sur toile Ci-dessous Richard Prince American/English, 2006, livres, sintra et bondo belles bagnoles, laisse apparents ses tâtonnements dans les Check paintings, s’inspire des couvertures des romans policiers de sa propre collection. L’argent, la célébrité, le scandale Aujourd’hui, par un retournement spectaculaire, le bad boy qui tournait en dérision le star system et la société d’abondance, « volait » les autres, est devenu l’un des artistes les plus chers au monde, représenté par la plus puissante galerie, Gagosian, objet de spéculations à la fois artistiques et financières. Sa reprise de la photo de Brooke Shields nue à dix ans dans une pose provocante a déclenché une controverse retentissante. S’il affirme y être indifférent, il ne peut que se réjouir de cette association de valeurs typiquement américaines avec son œuvre : l’argent, la célébrité, le scandale. Pourtant, la question n’est pas : « Qui est Richard Prince ? », mais plutôt : « De qui est-il la voix ? » Celle des adolescents, qui punaisent sur les murs de leur chambre les posters excitants de leurs stars ? De l’élite, contemplant sa propre vacuité ? Le titre de cette exposition, american prayer, celui de son œuvre la plus célèbre, Spiritual America, sa volonté de s’attaquer systématiquement aux icônes, sa capacité à être à la fois à la marge et au centre, à endosser diverses identités, manifestent clairement son projet, à l’échelle de ce continent psychotique, éclaté, obsédé du paraître et épris de liberté. Sébastien Gokalp Chroniques de la BnF – n°58 – 9 © Richard Prince, photo Rob McKeever, courtesy Gagosian Gallery.



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