Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de avr/mai/jui 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition Richard Price american prayer

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
© Richard Prince. Courtesy Gagosian Gallery. Expositions > Pour sa première grande exposition à Paris, la BnF a donné carte blanche à Richard Prince, champion du détournement et du recyclage d’images populaires fondatrices de la mythologie américaine. En s’appropriant certains ouvrages de la BnF, l’artiste jette une lumière inattendue sur des collections dont on ne soupçonnait pas la richesse artistique. Né en 1949 dans la zone américaine du canal de Panama, Richard Prince grandit près de Boston avant de s’installer à New York dans les années 1970. Considéré comme l’un des artistes américains les plus innovants des trente dernières années, il est le représentant le plus célèbre de l’appropriation art, qui s’inscrit dans la droite ligne de Marcel Duchamp et de ses fameux ready-made, en modifiant le statut d’un objet, d’une photographie, d’une affiche, et en le désignant comme œuvre d’art. C’est aux archives de Time Life, où il était employé, qu’il a débuté sa carrière artistique en collectionnant et en photographiant ce qui restait des magazines et journaux découpés : publicités, pour des montres et des stylos de luxe par exemple, et cartoons. Puis, dans les années 1980, il a l’idée de rephoto graphier les cow-boys des campagnes publicitaires 6 – Chroniques de la BnF – n°58 Marlboro, en débarrassant ces images de leurs labels et slogans, et en accentuant leur composition marquée par la présence d’acteurs censés incarner un style de vie américaine idéale. Son art utilise l’imagerie populaire pour démonter les mécanismes des archétypes, et tend à subvertir les représentations classiques de l’Amérique. Enfin, en 1983, il reprend le cliché de Brooke Shields posant nue à dix ans, photographiée par Gary Gross, et intitule l’image Spiritual America ; ce geste achève de le hisser définitivement sur la scène artistique internationale. Bibliophile et collectionneur De Richard Prince, on sait moins que, depuis une dizaine d’années, il puise également son inspiration dans sa très importante collection de livres et magazines tournée vers la culture populaire et les contre-cultures Page ci-contre à gauche Richard Prince Page ci-contre à droite Richard Prince, assemblage éphémère sur un livre de poche de Philip K. Dick, réalisé pour la BnF Ci-dessous à gauche Richard Prince Untitled (Hippie Drawing, Allen Ginsberg), 2000–2005, crayon et feutre sur papier Ci-dessous à droite Minuit Pigalle Lyon, éd. Sprint, 1951 BnF, Droit, économie, politique. américaines des années 1950 à 1980, collection qu’il qualifie de « beathippiepunk ». Ses célèbres tableaux de Nurses, par exemple, ont pour origine les couvertures bon marché des romans de gare qu’il collectionne. Outre une vingtaine d’éditions de Lolita de Nabokov, qu’il considère comme la pierre angulaire de sa collection, Richard Prince possède un ensemble considérable de documents (manuscrits, éditions originales, archives…) relatifs aux principaux auteurs de la beat generation, William Burroughs, Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Il détient l’un des rares rouleaux manuscrits de Kerouac, celui du roman Big Sur 1. Autres trésors : un exemplaire du Festin nu de Burroughs annoté par l’écrivain, ainsi que ses dessins – jamais publiés – destinés à illustrer le livre. Plus généralement, la collection de Richard Prince abonde en Trois questions à Bruno Chroniques : Pourquoi une exposition Richard Prince à la BnF ? Bruno Racine : Il est très important pour moi que la BnF apparaisse comme ouverte, non seulement aux écrivains de notre temps, mais aussi aux autres créateurs. Nous faisons connaître régulièrement leur œuvre gravé, comme en témoignent les expositions Hans Hartung et Jean-Michel Alberola en 2009 et 2010, ainsi que Markus Raetz à l’automne prochain ; la Réserve des livres rares s’enrichit de livres d’artistes, tels que Das Lied von der Zeder d’Anselm Kiefer, acquis lors du dîner des mécènes de 2008 ; et la photographie contemporaine y occupe bien entendu une place éminente. Richard Prince est une figure majeure de la scène artistique américaine et internationale, mais ce n’est évidemment pas la raison profonde de ce choix.
Photo Antoine Jarrier. ouvrages de science- fiction, pulp fiction, romans policiers, comics, littérature pornographique. Elle est centrée autour de quatre écrivains : Richard Brautigan, Jim Thompson, Philip K. Dick et Chester Himes. Invité à s’installer au cœur de la BnF, l’artiste a entrepris de s’approprier parmi les livres et les journaux qu’elle conserve ceux qui sont le plus en affinité avec son univers. [suite page suivante] Racine, président de la BnF L’œuvre de Richard Prince est nourrie de la fréquentation des livres, les classiques contemporains tels Nabokov ou Kerouac aussi bien que la litté rature populaire traitée en général avec condescendance mais très représentative des obsessions d’une époque. L’artiste lui-même est un grand collectionneur d’éditions rares et de manuscrits de notre temps. C’est chez un ami commun, Robert Rubin, grand donateur du Centre Pompidou, qu’est née l’idée d’offrir à Richard Prince une sorte de carte blanche à la BnF. Il s’agit d’un projet original pour la Bibliothèque qui, je le souhaite, ne restera pas isolé. C’est l’occasion de faire converger les amis du livre et les amateurs d’art contemporain. J’espère vivement que ce projet pourra être repris par la Morgan Library, ce qui pourrait inaugurer une collaboration régulière avec cette grande institution new-yorkaise. Koons, Murakami, Chéreau, Cy Twombly et d’autres artistes contemporains investissent les lieux culturels patrimoniaux comme Versailles, le Louvre, etc. Quel est pour vous le sens de ces collaborations ? B. R. : Le point commun de toutes les démarches que vous citez est la reconnaissance de l’art contemporain par une institution patrimoniale. Il est important que nous affirmions que le patrimoine dont nous avons la charge a toujours quelque chose à dire à un artiste d’aujourd’hui. Cela dit, les démarches sont très différentes d’une institution à l’autre et, dans le cas de la BnF, j’ai souhaité vraiment mettre en lumière le rôle nourricier qu’est celui du livre et de la littérature. Il ne s’agit donc pas de présenter à la Bibliothèque nationale de France une rétrospective Richard Prince comme pourrait le faire le Centre Pompidou, mais de convier l’artiste à une démarche intimement liée à notre cœur de mission. Quel regard portez-vous sur le geste d’appropriation d’œuvres d’autres auteurs par l’artiste ? B. R. : Je suis très attaché au respect de la propriété intellectuelle et artistique. Le plagiat ou l’usurpation sont condamnables, mais la réappropriation telle que la pratique Richard Prince, après bien d’autres, n’a rien à voir avec cela. Où s’arrête la liberté de création ? L’individualité d’un artiste n’est jamais absolue. Il baigne toujours dans une culture collective. C’est cette double réalité, avec ce qu’elle peut comporter de tensions ou de contradictions, qu’illustre la démarche de Richard Prince. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki BnF, réserve des Livres rares. © Richard Prince, courtesy Gagosian Gallery. Chroniques de la BnF – n°58 – 7



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :