Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de avr/mai/jui 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition Richard Price american prayer

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Marcel L’Herbier classique et précurseur Les archives de Marcel L’Herbier (1888-1979) viennent d’être acquises par le département des Arts du spectacle de la BnF. Des documents précieux pour mieux comprendre l’œuvre expérimentale et fondatrice du cinéaste français. Composé de manuscrits, de photographies, d’archives de production, de coupures de presse, ce fonds considérable reflète cinquante ans d’une carrière commencée sur les rivages du théâtre symboliste et achevée dans les studios de télévision. Auréolé d’une réputation littéraire naissante, L’Herbier découvre pendant la Grande Guerre, devant les images rapportées du front, la puissance de révélation du réel propre au cinématographe. Paradoxalement, s’il se distingue des premiers cinéphiles en reconnaissant dans le cinéma tout autre chose et bien plus qu’un nouvel art, il passe également pour le plus esthète des jeunes cinéastes de sa génération, celle des Delluc, Gance, Epstein, Dulac… Outre un vif intérêt pour le décor (L’Inhumaine se déroule dans un cadre Art déco dessiné par Mallet-Stevens), le travail sur l’image revêt chez L’Herbier une grande importance et une tournure quasi expérimentale : sophistication des cadres dès Rose- France (1918), effets de plein air dans L’Homme du large (1920), flous et déformations optiques dans El Dorado 20 – Chroniques de la BnF – n°58 (1921), éclairages sous influence expressionniste dans Don Juan et Faust (1922)… Ses films parlants restent très marqués par cette recherche d’élégance formelle (Le Mystère de la chambre jaune, 1930). Un enfant du siècle Dans ses films muets, on pourrait déceler deux tendances antagonistes. L’une, tributaire du théâtre de sa jeunesse, considère le monde comme un jeu de forces immuables. Un drame à trois personnages en huis clos peut ainsi résumer le lot de l’humanité. De là aussi, une attirance pour les mythes : Faust, Don Juan, Dorian Gray… L’autre tendance révèle un observateur passionné du XX e siècle : automobile lancée à tombeau ouvert (L’Inhumaine, 1924), révolution russe (Le Vertige, 1926), masses affolées par la spéculation b our s i è r e BnF, Arts du spectacle, photo Pathé-Natan. DR. Ci-contre Marcel L’Herbier en tournage Ci-dessous Claude Autant-Lara, maquette de costume de nourrice pour L’Enfantement du mort de Marcel L’Herbier BnF, Arts du spectacle. (L’Argent, 1928)… Dans L’Inhumaine, L’Herbier développe une utopie de la communication mondiale en direct par la télévision, quand celle-ci n’est encore qu’une recherche de laboratoire. Pour se libérer de producteurs qu’il tenait en piètre estime, L’Herbier crée en 1922 sa propre société, Cinegraphic. Mais la faillite le contraint à revenir en arrière et à changer de stratégie. Très individualiste jusqu’alors, il érige en combat national puis international la reconnaissance juridique du metteur en scène comme véritable auteur du film, maître du tournage et surtout du montage final. Il contribue grandement à l’organisation syndicale de la profession, à la fondation de la Cinémathèque française et, surtout, en 1943, à celle de l’Idhec, première école nationale de cinéma. Après le cinéma, la télévision Cependant, sur le plan artistique, après L’Honorable Catherine (1942), réjouissant pastiche de comédie à l’américaine, l’intérêt de sa production décline. C’est la télévision débutante qui ouvre à ce sexagénaire une seconde carrière, marquée durant quinze ans par de nombreux projets et des émissions sur l’histoire du cinéma. Cette période est également richement représentée dans le fonds. Au cours des dernières années, une grande partie de la filmographie de Marcel L’Herbier a été restaurée par le CNC, et plusieurs DVD ont été édités. Après la publication d’un ouvrage collectif (Marcel L’Herbier – l’art du cinéma, dir.L. Véray, 2008), l’entrée de ses archives à la BnF marque une étape de plus dans la réévaluation de son œuvre et la reconnaissance historique de son rôle. Alain Carou
Collections > Kochno et Ferri à la BMO Deux fonds de correspondances, témoignages sur des périodes clés de la vie artistique et culturelle aux XIX e et XX e siècles, viennent enrichir les collections de la BnF. Boris Kochno fut à 17 ans et jusqu’à la mort de celui-ci le secrétaire de Diaghilev, dirigea différentes compagnies, et fonda avec le tout jeune Roland Petit les Ballets des Champs- Élysées. Il rassembla au cours de ses activités des partitions, des photographies, des dessins, des tableaux et des maquettes de costumes et, enfin, de la correspondance et des archives qui, par don ou par achat, sont entrées dans les collections de la Bibliothèque-musée de l’Opéra entre 1975 et 2002. La Bibliothèque vient d’acquérir un fonds d’archives et de correspondance qui témoigne des activités de Boris Kochno mais aussi de Christian Bérard (1902-1949), peintre et décorateur qui fut son compagnon pendant vingt ans. Les Ballets russes de Serge Diaghilev tiennent une place non négligeable au sein de ce fonds grâce aux lettres des compositeurs Igor Stravinsky et Nicolas Nabokov, des danseurs et chorégraphes comme Serge Lifar ou Leonide Massine. Toutefois, des correspondances plus récentes avec Jean-Louis Barrault, Cecil Beaton, Brassaï, Sonia Delaunay, Darius Milhaud ou Jean-Paul Sartre offrent un panorama où se rencontrent les arts, le monde et le demi-monde, les aristocrates, les grands bourgeois, les mécènes et les artistes. On y trouvera, au hasard, un témoignage sur les débuts d’Yves Saint Laurent, sur l’adaptation cinématographique de La Duchesse de Langeais par Jean Giraudoux, une correspondance sur Notre‐Dame-des-Fleurs de Jean Genet – qu’on lisait sous le manteau en 1943 –, ou encore des reproches de Lily Pastré à Bérard qu’elle accuse de gaspiller son talent en mondanités et projets médiocres. La BMO vient également d’acquérir un fonds d’environ 90 lettres Ci-dessus Boris Kochno et Christian Bérard, dans leur appartement parisien rue Casimir Delavigne, 1943 Ci-contre Christian Bérard Projets de costumes BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra. D.R. manuscrites autographes adressées au décorateur Domenico Ferri ou à son assistant Luigi Verardi, écrites en italien entre 1833 et 1850. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bologne, Ferri crée dès 1818 des BnF, Bibliothèque musée de l’Opéra © Adagp, 2011. décors pour des théâtres aussi prestigieux que le Teatro Apollo de Rome, le Teatro Comunale de Bologne ou le San Carlo de Naples. Son engagement au Théâtre-Italien à la fin des années 1820 s’inscrit dans la stratégie du nouveau directeur Édouard Robert : « À présent que j’ai vu les décorations et la manière de les faire avec économie et grand effet, il nous faut un peintre italien et envoyer promener les Ciceri » (lettre du 22 septembre 1829). Dès lors, et jusqu’aux années 1850, Ferri s’affir me aussi bien en France qu’en Italie ; après quoi, fort du prestige international ainsi acquis, il devient architecte et décorateur officiel de la cour de Savoie. L’itinéraire de Domenico Ferri pose des problèmes esthétiques, techniques mais aussi politiques, qui découlent de la stratégie locale des institutions théâtrales où il exerce, et touchent aussi, au niveau national, à la question de l’élaboration d’une voie italienne de l’art, d’un côté et de l’autre des Alpes, bien avant l’unification. Cette correspondance constitue une mine d’informations précieuses pour retracer la carrière de Domenico Ferri, mais aussi pour mieux comprendre la vie théâtrale et culturelle du temps. Pierre Vidal et Céline Frigau Chroniques de la BnF – n°58 – 21



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