Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de avr/mai/jui 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition Richard Price american prayer

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Jacqueline de Romilly, professeur d’humanité(s) De la grande helléniste récemment disparue, on connaît les engagements, au fil d’une vie dédiée à la double passion de la culture grecque et de la transmission. Le président Bruno Racine, qui se souvient avec émotion de sa bienveillance d’examinatrice à l’oral du concours d’entrée de la rue d’Ulm, a souhaité que la BnF rende hommage à cette grande dame de la culture humaniste. Son combat en faveur des lettres anciennes reste plus que jamais actuel. En attendant cet hommage public, il a demandé à Patrick Morantin, chargé de collections en littérature grecque et latine au département Littérature et art de la BnF, de nous confier ses souvenirs. Patrick Morantin : J’ai rencontré Jacqueline de Romilly alors qu’elle était déjà très âgée, pour l’exposition Homère 1. Je garde d’elle ce souvenir de quelqu’un qui se mettait au service des autres, et qui l’a fait jusqu’à son dernier souffle. À sa mort, c’est son côté « première en tout », comblée d’honneurs et de distinctions, qui a été mis en avant. Cela m’a paru en décalage avec sa simplicité et son dépouillement qui m’avaient frappé. Elle était enjouée et pleine d’humour. Elle plaisantait sur elle-même alors qu’elle ne me connaissait pas du tout. Du reste, elle renvoyait une image rassurante de l’élite républicaine, une image de premier de la classe que l’on pouvait aimer non seulement sur le plan intellectuel mais sur le plan humain. 16 – Chroniques de la BnF – n°58 Chroniques : C’était aussi une façon de vous mettre à l’aise, de créer d’emblée un lien avec vous. P.M. : Oui, elle vous donnait confiance par sa bonhomie, sa bienveillance. Il émanait d’elle une noblesse, une dignité, une grande humanité. Nous nous sommes vus chez elle, avec les autres commissaires de l’exposition, dans son appartement parisien. En partant, j’avais l’impression d’emporter un trésor, que quelque chose d’important « Les Grecs nous ont tout appris, et c’est ce que j’essaie de transmettre, ce que c’est que le respect de l’autre, ce que c’est que la démocratie, ce que c’est que l’intelligence. » © Olivier Roller/Fedephoto. Jacqueline de Romilly avait eu lieu. J’ai eu le sentiment d’un lien quasi familial avec elle. C’est quelque chose qu’elle a analysé dans ses livres : en quoi la culture grecque partagée crée une parenté d’esprit et, comme aurait dit René Char, une « commune présence » au monde. P.M. : J’ai d’ailleurs retrouvé dans sa conversation certaines des qualités de l’esprit grec qu’elle avait étudiées tout au long de sa vie et qu’elle avait mises à l’honneur : l’ouverture aux autres, l’aspiration à l’universel, au bien commun. Elle n’aimait pas les positions excessives alors qu’elle était très combattante, et ce sens aigu de la mesure se retrouvait dans son rapport aux textes. Elle aimait les faire parler mais se méfiait des interprétations abusives ; elle qui était si attachée à la valeur éducative des textes grecs, elle récusait la lecture allégorique d’Homère, ce qui la rapprochait du critique Aristarque. On sentait que la littérature grecque était pour elle un vrai chemin de vie. Ce qu’elle donnait, ce n’était pas seulement par les idées qu’elle défendait, mais par quelque chose qui participait de l’être. Ce don avait une dimension spirituelle. Lorsqu’on lui demandait quelles étaient les personnes qui avaient le plus compté dans sa formation, elle citait Jacques Desjardins, un inspecteur général de l’Éducation nationale qui avait coutume de dire : « Vous n’enseignez pas seulement ce que vous savez, vous enseignez ce que vous êtes. » Propos recueillis par Sylvie Lisiecki 1. Exposition à la BnF en 2006-2007. Après-midi d’étude Hommage à Jacqueline de Romilly voir date sur bnf.fr BnF, site François-Mitterrand Grand auditorium – hall Est
© Ulrike Schamoni/Focus/Cosmos. Auditoriums > Siri Hustvedt, entre fiction et introspection La romancière et essayiste américaine sera l’invitée des Rencontres avec des écrivains anglo-saxons. Ses livres explorent avec subtilité des questions comme celles de l’identité ou de la création au fil de récits qui brouillent les codes de la narration classique. Issue d’une famille norvégienne immigrée, Siri Hustvedt a grandi aux États-Unis et vit à Brooklyn. Son œuvre d’écrivain se construit en brouillant les frontières habituellement assignées à la littérature : du roman à l’essai, du récit au commentaire, entre fiction et « non fiction », ses livres sont autant d’explorations par l’écriture de questionnements simples et essentiels : Qu’est-ce que l’identité ? Qu’est-ce qu’une famille ? Que nous apporte l’art ? Pourquoi devient-on fou ? Depuis la parution de son premier roman Les Yeux bandés, en 1992, elle est devenue un auteur incontournable de la scène littéraire américaine et internationale au même titre que Don DeLillo ou Paul Auster, dont elle est l’épouse. Tout ce que j’aimais (2003) lui a permis de rencontrer un public plus large – en France, il s’est vendu à plus de cent mille exemplaires. Ses romans mêlent la narration et l’analyse psychologique des personnages avec le développement de certains thèmes. « La psychologie des personnages est très importante pour moi, dit-elle, car je veux que mes lecteurs se sentent proches d’eux. Ensuite, je choisis des thèmes qui sont portés implicitement par les protagonistes et l’histoire elle-même. Dans Tout ce que j’aimais, je me suis concentrée sur le thème de la faim, de l’appétit, qui apparaît quand surgit un vide, et sur celui de la perception d’une œuvre d’art et du monde qui nous entoure. » Ainsi s’insérent dans le récit des analyses sur les problèmes de l’anorexie ou de la boulimie, ou encore la description minutieuse d’une série de tableaux Ci-dessus Siri Hustvedt à New York © Éditions Actes Sud. inspirés par le conte Hansel et Gretel. Toutes ces « digressions » enrichissent le récit dans une sorte de mise en abyme, le roman devenant ainsi le contenant d’autres créations artistiques ou littéraires. Elles approfondissent aussi la vision qu’a le lecteur de personnages pour lesquels créer, penser, écrire est un moyen de surmonter les événements les plus terribles et de continuer à vivre. C’est bien de cela qu’il s’agit dans La femme qui tremble, son dernier ouvrage paru en France. En 2005, Siri Hustvedt s’apprête à rendre hommage à son père décédé deux ans et demi plus tôt. Au moment où elle commence à parler, elle est prise de tremblements convulsifs et pourtant elle continue son allocution comme si de rien n’était. Le symptôme, récurrent, est inexplicable. Alors, à l’instar de ses personnages, plutôt que de s’apitoyer sur son sort, elle se tourne vers la psychanalyse, la psychiatrie, les neuro sciences, la philosophie, l’histoire de la médecine et, bien sûr, la littérature, afin de cerner la nature de ce phénomène. « La femme qui tremble adopte un point de vue intérieur – le récit de ses crises, telles que je les ai vécues – et un point de vue extérieur – la compréhension de ce symptôme sous des angles différents », explique-t-elle. Dans ce texte, les confessions autobiographiques dialoguent avec une synthèse sensible et rigoureuse des pathologies mentales, faisant surgir des interrogations et des intuitions profondes. Ainsi se poursuit une exploration des méandres de la psyché, à la recherche de ce qui constitue, in fine, notre humanité. Marie-Gabrielle Houriez Rencontre avec un auteur anglo-saxon Siri Hustvedt Jeudi 28 avril, 18 h 30 – 20 h BnF, site François-Mitterrand Petit auditorium - hall Est En partenariat avec la New York University in Paris Chroniques de la BnF – n°58 – 17



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