Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
Chroniques n°58 avr/mai/jui 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°58 de avr/mai/jui 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,2 Mo

  • Dans ce numéro : Exposition Richard Price american prayer

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Fantômas ou l’art de l’avatar S’il ne fait plus peur, Fantômas continue de fasciner. Un siècle de transpositions dans tous les domaines artistiques n’a pas épuisé le mythe. Inventaire furtif d’un héros centenaire qui a nourri tous les fantasmes, d’Apollinaire à Cortázar. Inquiétant, il enjambe Paris, un poignard à la main : Fantômas ! Première image polychrome des aventures du « génie du crime » qui imprégnera durablement la mémoire collective. De 1911 à 1913, Pierre Souvestre et Marcel Allain, ses inventeurs, cristallisent les angoisses de la Belle Époque dans 32 récits de courses-poursuites où Fantômas échappe invariablement au commissaire Juve. À 65 centimes l’unité, il devient un (anti) héros populaire. Et le cinéma créa le mythe Louis Feuillade, en cinq adaptations cinématographiques tournées dans la foulée, donne naissance au mythe. En noir et blanc, sur grand écran, son esthétique expressionniste achève d’effrayer des spectateurs ravis, en donnant à voir les métamorphoses de l’« Insaisissable ». Car si Fantômas s’inscrit dans la tradition du bandit masqué, descendant direct de Vidocq, Rocambole ou 14 – Chroniques de la BnF – n°58 Arsène Lupin, ce « roi de l’épouvante » s’apparente aussi à Satan, par sa cruauté ; à Protée, par ses talents transformistes. Surface de projection fantasmatique, les avant-gardes s’en emparent. Tableaux fantasmatiques Dès 1914, Blaise Cendrars reconnaît en lui son projet poétique : faire de son existence un mythe moderne. La même année, Apollinaire et Max Jacob créent la Société des amis de Fantômas et saluent sa maîtrise des technologies de son temps (automobile, train, télégraphe, téléphone, etc.). Les surréalistes, au premier rang desquels Breton et Aragon, voient en lui l’incarnation d’un fantastique urbain. Loin de les rebuter, le style relâché et les incohérences de ses aventures les fascinent. S’ils y lisent l’expression du hasard objectif et les prémisses de l’écriture automatique, ils célèbrent surtout son caractère antisocial. Le cubiste Juan Gris tisse le lien entre Ci-dessus Affiche publicitaire du film Fantômas de Paul Pejos, 1932 littérature et peinture en reproduisant la couverture d’un exemplaire de Fantômas dans l’un de ses collages, Pipe et Journal (1915). Yves Tanguy le met en scène dans un tableau surréaliste à forte teneur psychanalytique, Fantômas (1925). Mais c’est surtout René Magritte qui s’empare du mythe, notamment dans L’Assassin menacé (1926) et L’Homme du large (1927). Fidèle à son regard étrange et glacé, le peintre met en scène des crimes cruels dans des décors impassibles. Fantômas continue sa carrière au cinéma, mais aucune des adaptations réalisées jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale n’aura le retentissement de celles d’André Hunebelle, dans les années 1960. Tirant le mythe du côté de la parodie et de James Bond, il livre trois adaptations populaires, quoique dénaturées. En habillant Fantômas d’un sempiternel masque bleu, il le fige dans une apparence unique. Bien que Jean BnF, Arts du spectacle.
BnF, Littérature et art. Auditoriums > Marais incarne le rôle-titre, Louis de Funès, en Juve grimaçant, lui vole la vedette. Les nouveaux visages de Fantômas Heureusement, certaines bandes dessinées renouvellent ses penchants polymorphes. Dans son Fantômas contre les vampires de multinationales (1975), Julio Cortázar en fait un super héros de la démocratie. Plus récemment, chez Benoît Préteseille, dans L’Art et le Sang (2010), Fantômas alias Fantasmas, artiste sanguinaire, veut anéantir… l’art contemporain ! Pas rancunier, ce dernier lui ouvre ses musées, comme dans l’exposition Fantômas et compagnie au Centre Pompidou, en 2002. Il n’en fuit pas pour autant le septième art : en 2012, Fantômas 3D de Christophe Gans avec Vincent Cassel et Jean Réno envahira les écrans. Son génie poétique de l’immatérialité l’aidera-t-il à se jouer des effets spéciaux pour préserver sa fraîcheur libertaire ? Bertrand Dommergue Après-midi d’étude Fantômas a cent ans Vendredi 29 avril 2011 14 h 30 – 18 h – 18 h 30 - 20 h 30 BnF, site François-Mitterrand Petit auditorium – Hall Est Projections de films de Louis Feuillade Le Voleur d’or, collection Fantômas, Paris, éditions Fayard, 1913 Ci-dessus Charles-Simon Favart Ci-contre Scène de La Zingara © Jérémie Kerling, Cie Opéra Théâtre Paladins. La Zingara de Favart une Bohémienne jubilatoire Sous l’influence italienne, l’opéra français va connaître, au XVIII e siècle, un souffle d’air bienvenu. La Zingara, opéra-comique de Favart, donné à la BnF par les Paladins, en est un exemple virtuose et charmant. Cet intermède italien composé par Rinaldo di Capua en 1753, traduit et adapté par Favart deux ans après, est accueilli avec enthousiasme à Paris. Son succès suscite même une querelle littéraire et musicale devenue fameuse sous le nom de « querelle des bouffons ». Un vent de liberté créatrice va surgir au milieu du siècle. Le débat esthétique et parisien oppose l’irrévérence « italienne » aux tenants de la musique « française », défenseurs de la tragédie lyrique pourtant à bout de souffle académique ! Ainsi l’influence italienne libère les auteurs avec de féconds mélanges entre savant et populaire, entre parlé et chanté, entre drame et comédie. La troupe italienne du nom même de cette querelle – les Bouffons – alimenta durant vingt mois la polémique (d’août 1752 à février 1754), en présentant une vingtaine d’opérasbouffes. Leur succès fut intense et immédiat, et l’opéra-comique français allait s’en inspirer avec bonheur. Désormais les personnages seront plus humbles, plus réalistes, plus proches de la vie quotidienne. Pour cette Zingara, les trois personnages sont très campés autour des classiques de la comédie italienne : d’abord Calcante, sorte de Pantalone, vieillard avaricieux, méfiant, égoïste mais, l’espace d’un instant, pathétique et émouvant, puis Nise, petite cousine de la Serpina de La Servante Maîtresse ou de la Suzanne des Noces de Figaro, malicieuse et rusée, enfin son frère : Brigani, sorte de Brighella aux ordres de Nise… L’intrigue nous parle de puissance, d’amour, de la revanche des « petits » sur les « grands ». De tendresse aussi… Et tout cela dans une ambiance foraine, avec un ours savant, des acrobaties et… un diable ! Doux mélange des Lumières – Diderot et Rousseau défendront avec vigueur ce nouvel « italianisme » – et de fan taisie revendiquée ! Derrière la scène se dessine aussi une parabole plus politique, l’art « royal » y est implicitement dénoncé comme détaché du monde, éloigné du peuple et vulnérable à des secousses naissantes… Jean-Loup Graton Concert Les inédits de la BnF La Zingara de Favart Jeudi 5 mai 2011, 18 h 30 – 20 h BnF, site François-Mitterrand Grand auditorium – Hall Est Par l’ensemble Les Paladins dirigé par Jérôme Corréas Chroniques de la BnF – n°58 – 15 BnF, Musique.



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