Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : Gallimard : un siècle d'édition

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Gallimard, un siècle d’édition En ouvrant pour la première fois leurs archives au public à l’occasion on du centenaire de leur création, les éditions Gallimard invitent à parcourir un siècle d’histoire de la littérature. Une exposition conçue avec la BnF, qui ne pouvait manquer de l’accueillir. « À la différence de la plupart des autres éditeurs, la maison Gallimard est encore une affaire de famille, et la gestion des archives et des fonds documentaires a toujours été prise à cœur, explique Alban Cerisier, l’un des deux commissaires de l’exposition. Et ce d’autant plus que, depuis sa création, l’entreprise s’est inscrite dans la durée en menant des politiques d’auteurs et de collections à long terme : l’activité quotidienne de la maison – ainsi qu’une part non négligeable de son chiffre d’affaires – repose sur son fonds. » Le manuscrit de La Nausée Pour cette exposition présentée en collaboration avec la BnF, les éditions Gallimard font sortir de la confidentialité des documents exceptionnels ; depuis des correspondances entre les auteurs et leur éditeur jusqu’aux jeux d’épreuves corrigées d’œuvres célèbres, en passant par les fiches du comité de lecture qui ont décidé du destin éditorial de nombre de manuscrits. La première partie du parcours de l’exposition éclaire ainsi tout le processus d’édition, la fabrique de l’œuvre vue du côté de l’éditeur, que viennent éclairer et approfondir de nombreux documents audiovisuels issus des archives de l’INA. Des manuscrits conservés par la BnF – La Nausée de Jean-Paul Sartre, La Condition humaine d’André Malraux… – sont également présentés. Le visiteur pourra découvrir des extraits de corres pondances, certaines de nature technique ou financière, d’autres véritablement littéraires, dans lesquelles Romain Gary ou Albert Cohen livrent à Gaston Gallimard des éléments clés de l’interprétation de leurs œuvres. Avec Valéry Larbaud, Léon-Paul Fargue, Jean Giono, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Claude Roy, les lettres 4 – Chroniques de la BnF – n°57 sont amicales, voire d’une tonalité quasi familiale avec Albert Camus, qui trouva la mort avec Michel Gallimard dans un accident de voiture en 1960. Malraux lisant Faulkner Autres pièces phares de l’exposition : les fiches de lecture. « Avec les contrats, les fiches de lecture sont les moteurs d’une maison d’édition », commente Alban Cerisier. « Elles révèlent comment les manuscrits s proposés au comité de lecture de Gallimard sont appréhendés, filtrés, analysés, compris par les lecteurs, qui souvent sont eux-mêmes des auteurs ». C’est Roger Caillois lisant Jorge Luis Borges ou Julio Cortàzar,r, Malraux lisant Steinbeck ou Faulkner, Dominique Aury ou Michel Mohrt lisant les textes d’Henry Miller. « Ce qui frappe, ce sont les divergences, car ces lecteurs Lettre de Louis-Ferdinand Céline à Gaston Gallimard à propos de Voyage au bout de la nuit, avril 1932. Paris, archives Éditions Gallimard. Paris, archives Éditions Gallimard.
Expositions > plus qu’éclairés comprennent parfois les œuvres de façon radicalement opposée. Quand l’un rejette tel manuscrit, l’autre le défend avec ferveur, ce qui nous renvoie à l’instabilité des valeurs lit- téraires et nous rappelle que celles- ci se constituent à travers le temps. » Les territoires pluriels de l’édition Ainsi, lorsque les éditions de la Nouvelle Revue française reçoivent, en 1912, le manuscrit du premier tome de la Recherche du temps perdu, le comité de lecture n’existe pas encore ; les manuscrits sont lus par Gaston Gallimard, Jean Schlumberger et André Gide. Schlumberger le refuse, et Gide endossera la responsabilité de cette erreur, vite rattrapée néanmoins puisque, après la Seconde Guerre mondiale, Gaston réussit à reprendre Albert Cohen, le pari de Gaston Gallimard à Grasset – qui l’avait éditée en 1913, à compte d’auteur – la publication de la Recherche. Le stock de la première édition est récupéré, et Gallimard l’écoule en apposant sa couverture par-dessus celle de Grasset ! Un deuxième temps de l’exposition, dans une approche à la fois chronologique et thématique, montre l’éditeur à l’œuvre et permet d’appréhender la complexité de son action, faite d’interventions multiples qui vont de la relecture-correction à la stratégie éditoriale de long terme, inscription dans un catalogue, pari sur la durée, commande aux auteurs. Diverses facettes du métier d’éditeur sont présentées, ainsi que son évolution au fil du temps et des innovations technologiques qui modifient les sensibi lités et ouvrent de nouveaux territoires. Par exemple, indique Virginie Meyer, l’autre com- En 1922, un jeune inconnu de 27 ans, suisse, avocat au Barreau de Genève, envoie un article intitulé « Après-minuit à Genève » à la Nouvelle Revue française. Le texte plaît, il est publié. Gaston Gallimard le lit, est touché et intéressé. Quelques mois plus tard, il charge Jacques Rivière, le directeur de la revue, de rencontrer l’auteur à Genève et de lui proposer un contrat pour ses cinq prochains livres. L’écrivain en question s’appelle Albert Cohen. Par la suite, Gaston obtient pour lui un poste au BIT (Bureau international du Travail). Il ira plus loin encore pour son jeune poulain : il aide Albert Cohen, ardent défenseur de la cause et de la pensée juives, à monter la Revue juive, qu’il édite. Il attendra huit ans encore pour que l’écrivain lui donne Solal, qui remporte un immense succès critique. Treize ans de plus pour Le Livre de ma mère, publié en 1953. Quant à Belle du Seigneur, la somptueuse histoire d’amour entre Solal et Ariane, ébauché dès les années trente, le roman paraîtra en 1968, soit plus de quarante ans après la signature du contrat. Un pari et un engagement que l’on a peine à imaginer dans le contexte éditorial d’aujourd’hui. Ci-dessus Le siège des Éditions Gallimard rue Sébastien Bottin, à Paris, en 1930. Ci-contre Maquette de la couverture de L’Otage de Paul Claudel, avec corrections manuscrites de Gaston Gallimard, septembre 1917. Paris, archives Éditions Gallimard. Page ci-contre Marguerite Duras en compagnie de Gaston Gallimard, années 1950. Paris, archives Éditions Gallimard. missaire de l’exposition, « la création de la collection Folio, en 1972, a permis à Gallimard, en proposant son propre livre de poche, de faire vivre différemment des auteurs et des œuvres ». À une époque où la valeur de l’intercession de l’éditeur est remise en cause, l’histoire des éditions Gallimard témoigne d’une professionnalité en perpétuelle réinvention. Sylvie Lisiecki Gallimard : un siècle d’édition du 22 mars au 3 juillet 2011 BnF, site François-Mitterrand Commissariat : Alban Cerisier, Virginie Meyer En partenariat avec l’INA Chroniques de la BnF – n°57 – 5 Photo Henri Manuel.



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