Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : Gallimard : un siècle d'édition

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dossier > Internet, moi et les autres Au sein d’une communication de plus en plus dématérialisée dont le vecteur principal est l’Internet, les nouvelles technologies transforment nos façons d’échanger. Chroniques a interrogé Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, sur ces évolutions. Chroniques : C omment caractériseriez-vous les rapports que nous entretenons avec l’objet technologique ? Serge Tisseron : Il est plus souvent utilisé pour médiatiser la relation d’une personne à son groupe que de personne à personne. Même si le mail individuel continue d’exister, on envoie et on reçoit en effet de plus en plus de mails collectifs et, sur les réseaux, la parole est adressée à une multitude. Par ailleurs, le pouvoir de Facebook est de rendre visible un réseau social virtuel au moment où les réseaux traditionnels de proximité périclitent. Quand j’étais enfant, ma mère allait au marché, elle discutait avec les commerçants, elle avait un réseau de chair et d’os ; aujourd’hui, ce type de réseau n’existe plus, on ne dit même souvent pas bonjour à son voisin, mais on peut avoir une relation avec des personnes éloignées de soi géographiquement et socialement : le 22 – Chroniques de la BnF – n°57 « 78% des bébés ont déjà leur image sur Facebook à leur naissance ! Du coup, les gens vont s’habituer à ce que des images d’eux circulent sans qu’ils puissent les contrôler. » réseau est « glocal », associant de la même façon des personnes physiquement proches et lointaines. Enfin, les objets technologiques tendent à devenir des partenaires de relation à part entière. Au cours d’une enquête, je me suis aperçu que les adolescents n’éteignent pas leur console de jeu portable même quand ils n’y jouent pas : ils disent « tant qu’elle est allumée, elle est avec moi », comme une sorte de mascotte. Qu’est-ce qui se joue dans ce rapport à l’objet, de notre DR. © Patrice Terraz/SIGNATURES, 2010. relation à notre identité, à notre image, et aux autres ? S. T. : Dans les années 1960-1970, l’humanisme et la psychanalyse clamaient haut et fort que nous n’avions qu’une seule identité et que nous devions découvrir notre « soi caché ». Aujourd’hui, on accepte l’idée que nous avons plusieurs identités et qu’elles peuvent coexister, certaines en sommeil et d’autres au premier plan, et qu’aucune n’est plus « authentique » que les autres. Avec le web colla boratif, ces identités ne sont même plus le résultat d’une construction personnelle. Ce sont les autres qui nous les fabriquent par ce qu’ils mettent à notre sujet. Par ailleurs, notre identité va devenir moins dépendante de notre image. Nous sommes de plus en plus filmés et photographiés, et 78% des bébés ont déjà leur image sur Facebook à leur naissance ! Du coup, les gens vont s’habituer à ce que des images d’eux circulent sans qu’ils puissent les contrôler. Face à cette prolifération, il faudra bien accepter l’idée que ces images ne parlent que d’elles-mêmes et que notre identité est ailleurs. Mais le risque est aussi que nous devenions encore plus dépendants du regard des autres. Sur Internet, les gens déploient une énergie considérable pour satisfaire ce que j’ai appelé en 2001 leur désir d’extimité, c’est-àdire l’obtention d’un regard valorisant sur ce qu’ils estiment être leurs richesses personnelles. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki À lire : L’Empathie au cœur du jeu social, 2010, éd. Albin Michel. Les documents déposés au titre du dépôt légal sont consultables dans la salle de l’Audiovisuel (salle P) de la bibliothèque de recherche sur le site François Mitterrand. Ils sont signalés et décrits dans la Bibliographie nationale Audiovisuel http:Ilbibliographienationale.bnf.fr/DSAM/BibNatFraDSAM.jsp et dans le catalogue général de la BnF (http:Ilcatalogue.bnf.fr).
BnF, Manuscrits. Collections > L’écriture intime de Paul Valéry Le département des Manuscrits possédait déjà un très beau fonds d’archives de Paul Valéry. Il vient d’être complété par un ensemble de notes, dessins et correspondances qui apportent un éclairage sensible sur la personnalité du poète français. Des carnets de notes et de dessins, des textes de jeunesse, des correspondances familiales ou amicales : des centaines de documents provenant de la succession d’Agathe Rouart-Valéry, fille du poète, viennent de rejoindre les collections du département des Manuscrits, grâce à la générosité de la famille de Paul Valéry et à l’appui des mécènes de la BnF. À travers toutes ces pages, ouvertes au travail comme à la confidence, apparaît la figure d’un Valéry intime. On y rencontre l’écrivain, bien sûr, qui, la plume à la main, note, dessine, réfléchit et converse, mais aussi l’homme privé dont la présence éclaire une œuvre pourtant réticente à tout accent trop personnel… De Paul Valéry, la BnF conservait déjà un fonds monumental acquis pour l’essentiel en 1972 : manuscrits et correspondances de Paul Valéry firent l’objet d’un achat de l’État en faveur de la Bibliothèque nationale. La même année, la famille du poète faisait don à la Bibliothèque de l’ensemble particulièrement précieux de ses Cahiers. Le fonds ne cessa ensuite de s’enrichir par voie de dons ou d’achats, représentant aujourd’hui, avec plus de 750 volumes, l’un des plus beaux exemples d’archives d’écrivains du département des Manuscrits. Doutes et paradoxes du poète Y figurent, dans leurs multiples états, tous les grands textes valéryens, comme les manuscrits de La Soirée avec Monsieur Teste (1894) ou, après un silence de vingt ans pendant lesquels Valéry renonça à la poésie, ceux de La Jeune Parque (1917) et de Charmes (1922) ; mais aussi les essais, les cours, les conférences, autant d’échos de la gloire et de l’acti vité inlassable qui fut la sienne dans l’entre-deux-guerres ; et, à côté de nombreux volumes de lettres reçues ou écrites, la masse imposante des Cahiers, cette écriture au quotidien dans le secret de laquelle se révèlent les doutes et les paradoxes d’un esprit en quête de son propre mécanisme. Qu’ils se soucient de critique dite Ci-dessus Paul Valéry en 1922 Ci-dessous Lettre de Paul Valéry à son frère Jules, 1985 © Albert Harlingue/Roger-Viollet. « génétique », d’édition ou d’histoire litté raire, nombreux sont les chercheurs, aujourd’hui encore, fascinés par l’immense atelier de cet écrivain qui, se regardant écrire (« Ego scriptor ») , voyait dans le manuscrit le lieu de la création en acte – champ de bataille du poème et miroir du poète. Que trouveront-ils dans ce nouveau complément d’archives ? Une trentaine de carnets de notes et de croquis, d’albums de dessins et d’aquarelles, auxquels s’ajoute une série d’agendas qui constituent de passionnantes variations sur l’écriture intime, de l’instantané à l’esquisse ou au fragment. Des ensembles de notes autographes pour des discours, des épreuves, des devoirs de collège et de lycée, et des poèmes de jeunesse. Des correspondances enfin – Valéry fut un prodigieux épistolier : en témoignent ici les lettres échangées avec les écrivains, artistes, savants les plus importants de son siècle : Bergson, Breton, Einstein, Gide, Jung, Louÿs, Mallarmé… et celles, essentielles, à son frère Jules, où un Valéry familier, drôle et sensible se fait le chroniqueur d’une vie autant que d’une époque. Ces papiers en grande partie privés, Valéry s’était donc résolu à les conserver : « Il souffrait, dit Michel Jarrety dans sa récente biographie du poète, que son personnage public ne fût pas le juste reflet de sa personne, mais cette personne, il entendait aussi la protéger. Et cependant, de ces papiers, il n’a rien détruit, dans l’assurance, sans doute, que la vérité de ce qu’il était se resserrait également là. » Marie Odile Germain Chroniques de la BnF – n°57 – 23



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