Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : Gallimard : un siècle d'édition

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Dossier > L’image animée dans tous ses états Désormais, l’image en mouvement ne se cantonne plus au cinéma, à la télévision ou à la vidéo. Elle est partout et constitue un formidable témoignage ethnographique et sociétal. Décryptage. Lorsque, en 1975, fut instauré le dépôt légal de tous les vidéogrammes « mis à disposition d’un public » (et pas nécessairement du public), on ne se doutait pas qu’une trentaine d’années plus tard, il serait devenu aussi courant de publier de l’image animée que de l’écrit, dans des contextes et sous des formes divers. Désormais, l’image en mouvement déborde largement les frontières des médias bien cartographiés, quoique parfois immenses, que sont le cinéma (collecté par le CNC), la télévision (collectée par l’INA) et l’édition vidéo (collectée par la BnF). Nombre de productions audiovisuelles sont aujourd’hui vues ailleurs, et autrement : dans des festivals, séances spéciales, amphis et salles de cours, rassemblements politiques ou associatifs, dans le cadre professionnel, dans des espaces publics d’attente ou de passage, dans des salles de musées… ou, bien entendu, sur le web. La liste n’est pas exhaustive, elle va en s’allongeant. Le dépôt légal des images animées suppose une veille étendue et attentive à tous ces usages, pour atteindre, sinon à l’exhaustivité absolue, du moins à une solide représentativité. Quelques exemples pris dans le dépôt légal des derniers dix-huit mois : un travail systématique auprès des musées, d’histoire notamment, a conduit à l’entrée de nombreux films produits pour les visiteurs ; la CGT a effectué un important versement, reflet de plusieurs années de production à usage interne au syndicat ; un dépôt d’Aéroports de Paris permettra de garder trace des images d’ambiance diffusées en salles d’embarquement (il rejoint une collection d’audiovisuels destinés à passer en boucle dans les lieux publics, dont les plus anciens remontent à la deuxième moitié des années 1980 et étaient destinés aux stations de métro, aux fast-foods 20 – Chroniques de la BnF – n°57 ou aux salles d’attente de médecins !). Des films d’information de quartier réalisés avec les habitants sont désormais régulièrement déposés par les associations (Centre média local, Tabasco, etc.) qui en sont à l’initiative. Dans ces cas, les vidéos diffusées sur le web par les mêmes entités sont repérées, puis collectées dans le cadre du dépôt légal Internet. La sphère audiovisuelle ressemble de plus en plus à un écosystème complexe de niches et de milieux, plus ou moins autonomes, les uns empruntant aux codes des médias « de masse », d’autres leur tournant au contraire le dos résolument. La banalisation des outils de production et de diffusion rend le paysage de la production très divers mais aussi très fragmenté. Le département de l’Audiovisuel de la BnF s’efforce donc de développer des partenariats avec des festivals ou des distributeurs qui, sensibles à la question de la conservation patrimoniale des films rendus grâce à eux visibles, assurent l’information des producteurs, voire facilitent le dépôt légal en centralisant les films. De tels accords se sont d’ores et déjà concrétisés avec l’Agence du court-métrage, le Comité du fi lm ethnographique ainsi que la Fédération française du cinéma et de la vidéo. Alain Carou En haut Fret, c’est le transporteur de l’avenir, Michel Kharoubi, réal., cop. 5D Production/SNCF, 2009. Ci-contre Guitar Hero World Tour, Activision, 2009. © 5D Production/SNCF. La révolution d À l’origine destiné à un public adole installé dans le salon, à l’école, dans ou sur les téléphones mobiles. Un to apporte une nouvelle légitimité et Revue de détail de ces nouvelles ten Qui penserait encore que le jeu vidéo se résume à un loisir pour adolescents aurait tout intérêt à venir à la BnF. Sa collection, formée grâce au dépôt légal, témoigne en effet de l’élargissement de l’offre survenu ces dernières années. Si le web a joué un rôle dans cette évolution, elle doit plus encore à la stratégie adoptée par Nintendo qui, avec la Wii sortie en 2006 et sa manette à reconnaissance de mouvements, vise un public familial. Les deux autres grands constructeurs, Sony et Microsoft, qui avaient, eux, misé sur les performances techniques, prirent d’ailleurs très récemment acte de ce succès en sortant des dispositifs similaires. Se sont ainsi multipliés des jeux faciles d’accès, conçus pour être joués à plusieurs, et qui ont fait du jeu vidéo un divertissement transgénérationnel. Les éditeurs, reproduisant un phénomène observé dans les années 1980 pour la VHS, ont également sorti des titres qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jeu vidéo et qui vont du coaching sportif aux leçons de cuisine. Dans le même temps, la DS, console portable de Nintendo, a pris le relais du jouet avec des titres de simulation de vie qui donnent la possibilité de se glisser virtuellement dans la peau d’une maîtresse d’école ou d’une danseuse étoile, ou encore de s’occuper d’un ani- © Activision Incorporated, USA.
Dossier > u jeu vidéo scent, le jeu vidéo s’est les centres de formation urnant radical qui lui une respectabilité certaine. dances. mal de compagnie. Preuve de sa nouvelle légitimité auprès des parents, l’éducatif y a également été mis à l’honneur avec des déclinaisons de cahiers de vacances ou des méthodes d’apprentissage. Ultime étape vers la respectabilité, le jeu est devenu sérieux. Les principes ludiques du jeu vidéo ont été utilisés à des fins éducatives, informatives ou d’apprentissage dans des titres qui peuvent aussi bien sensibiliser aux problèmes géostratégiques que former à un métier. Le jeu vidéo est en passe de prendre de nouvelles formes. Ainsi, les jeux sociaux, qui sont liés dans leur fonctionnement à la pratique d’échanges entre « amis », n’ont d’existence que par le réseau. Le potentiel économique de ce modèle, qui repose sur l’achat de biens virtuels, suscite un fort intérêt de l’industrie. De manière générale, celle-ci encourage le passage vers la dématérialisation pour des raisons de coût et, surtout, de lutte contre le piratage. Ainsi, toutes les consoles disposent à présent de magasins virtuels dédiés où sont proposés à l’achat des jeux indépendants, des jeux anciens pour les adeptes du retrogaming et des extensions aux jeux parus sur support. Le principe du téléchargement vaut également, et de manière exclusive dans ce cas, pour les téléphones mobiles qui, depuis l’arrivée des smartphones, sont devenus de vraies plates-formes multimédia et ont repris à leur compte le modèle initié par Apple pour l’iPhone. Toutes ces évolutions en cours procèdent d’impératifs économiques qui ne doivent pas annihiler le principe du dépôt légal. Tout au plus obligent-elles à réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour récupérer les titres ou, a minima, en garder la trace, car c’est ce qui permettra aux historiens du futur de saisir la spécificité de notre époque. Élodie Bertrand L’intégrale des Beatles : d isque vinyle, CD, DVD et clé USB. The Beatles in mono, EMI, 2009. The Beatles, The Original Studio Recordings, EMI, 2009. The Beatles Stereo USB, EMI, 2009. Face à la crise du disque, le pari de la qualité Intégrales, anthologies, inédits… les réponses multiples des éditeurs phonographiques à la baisse des ventes de disques ont toutes le même souci d’offrir des objets soignés et originaux. Et ça marche ! Si « crise du disque » il y a en ce début de xxi e siècle, elle est avant tout crise de la distribution physique et des ventes du support « disque » qui fragilisent l’économie de ce secteur. Mais la production disco graphique, elle, ne fléchit pas, et s’adapte à un nouveau contexte de consommation de la musique. Il y a, bien sûr, la diffusion numérique de la musique sur Internet, dont l’usage légal se généralise. Mais cette « dématérialisation » n’est pas la seule réponse apportée par les éditeurs à la crise et, dans ces stratégies éditoriales, l’objet disque a encore de beaux jours devant lui. Un pan entier de publication s’est ainsi développé, celui d’une édition extrêmement soignée, souvent « monumentale », parfois savante, où toutes les composantes du son, du texte et de l’image sont réunies pour constituer un objet phonographique singulier. Ce registre va être propice à l’édition d’anthologies thématiques, d’« intégrales » de compositeurs ou d’inter prètes majeurs, accompagnées d’un appareil critique conséquent (un livret avec textes, photos) et, quasi systématiquement, de séquences vidéo. Mais c’est la publication d’enregistrements inédits qui caractérise le mieux cette niche éditoriale. Le jazz, par exemple, privilégiant l’improvisation et la captation « live », se prête particulièrement bien à ce genre d’édition. En soi ce phénomène éditorial n’est pas nouveau, il est apparu dès la diffusion du CD audio en 1983, les firmes disco graphiques mettant à profit la durée de ce nouveau support (74 minutes au lieu des 40 autorisées par le microsillon) pour enrichir leur offre. Mais ce qui est nouveau, c’est la préoccupation « audiophile » qui marque aujourd’hui ces éditions. La réédition de l’intégrale des Beatles en 2009, en mono et en stéréo, marque de ce point de vue un tournant. Avec cette édition, le numérique est au plus près de l’original analogique. Cela n’est pas le fruit du hasard, dans un contexte où le disque joue sa survie ; les éditeurs font le pari de la qualité, misant sur la cohérence éditoriale et la plue-value apportée par l’objet disque, tant du point de vue du « packa ging » que du contenu audio lui-même. Et si l’avenir de la musique passe inévitablement par Internet, le disque n’a pas dit son dernier mot. Pascal Cordereix © EMI Music France. Chroniques de la BnF – n°57 – 21



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