Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : Gallimard : un siècle d'édition

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Dossier > Le dépôt légal, reflet de nos pratiques culturelles Parallèlement à de spectaculaires mutations technologiques, le dépôt légal, en collectant, en cataloguant, en conservant absolument tout ce qui s’édite quel que soit le support, permet de déceler des permanences et des tendances de fond de l’édition, mais aussi des usages de l’audiovisuel. Retour sur un certain nombre d’idées reçues. Avec 1 million d’enregistrements phonographiques, 200 000 enregistrements vidéographiques, 65 000 documents composites ou multimédias multisupports, et 76 000 multimédias électroniques, le département de l’Audiovisuel de la BnF rassemble aujourd’hui une infinité de documents sonores et animés, reflet des révolutions technologiques et numériques. Accessible à la recherche, cette collection patrimoniale unique est essentiellement issue du dépôt légal fondé sur un principe d’exhaustivité. Tout document diffusé auprès d’un public sur le territoire français doit être déposé à la BnF, qui a pour mission de le collecter, de le cataloguer, de le conserver et de le communiquer pour la recherche. Autant dire que le dépôt légal se veut © Studio Canal. 18 – Chroniques de la BnF – n°57 le reflet, exact, neutre, transparent, de ce qui se produit, de ce qui s’édite, de ce qui se vend, de ce qui se consomme. En un mot, il vise à être le reflet des pratiques culturelles des Français dans le domaine propre des objets qu’il collecte : phonogrammes, vidéogrammes, multimédias composites et électroniques. Il est donc aussi, au fil des ans, un reflet des évolutions à la fois de la production et des pratiques, un observatoire privilégié des tendances de fond comme des « bulles » technologiques sans lendemain. Avec l’émergence de nouveaux médias, le dépôt légal s’est étendu par étapes : 1938 pour les phonogrammes, 1975 pour les multisupports et les vidéogrammes, 1992 pour les multimédias électroniques, l’année 2006 marquant l’avènement du dépôt légal de l’Internet. Omar & Fred, SAV des émissions : l’intégrale, StudioCanal, 2010. L’objet fait de la résistance Permanent et voué à l’exhaustivité, le dépôt légal semble contredire un certain nombre d’« idées reçues » : il y aurait une crise de l’édition, un effondrement observé de l’industrie phonographique, voire même programmé de l’édition vidéographique ! Vrai et faux. Si les chiffres des ventes de disques pointent résolument vers le bas, si ceux des DVD stagnent, le nombre de dépôts se maintient, avec des variations conjoncturelles annuelles, révélant sous une constance du nombre de titres édités un bouillonnement éditorial – en somme moins de tirages pour les majors et autant de titres produits par des éditeurs très diversifiés. Ce qui signifie aussi, du point de vue de la BnF, un important travail de veille éditoriale pour découvrir, informer et suivre de nouveaux déposants. Il y aurait une crise de l’édition, du fait du passage de l’édition sur support vers l’édition en ligne, voire du piratage. Vrai et faux, encore une fois. À ce jour, rares sont les artistes confirmés à avoir fait le pari exclusif du « en ligne » (cas du groupe de rock Radiohead notamment). Plus généralement, un titre peut être diffusé simultanément en ligne et sur support, ou diffusé en ligne avant de Les chiffres du dépôt légal en 2009 10 253 phonogrammes 8 681 vidéogrammes 2 398 multimédias multisupports 4 213 multimédias électroniques
© Studio Canal. Dossier > l’être sur support, voire produit sur support par ses fans en ligne (cas de My Major Company). Surtout, on assiste à une gestion des droits « tous azimuts », c’est-à-dire tous vecteurs de diffusion, sur supports et en ligne. L’exclusivité, règle des contrats de distribution, s’entend par type de diffusion, sur support et en ligne. Il peut Ci-dessus Terminator 2, Le Jugement dernier, collector, édition limitée, StudioCanal, 2009. En haut Multimedia multisupports composé d’un DVD-Rom, d’un artbook, d’un CD audio, d’un disque 33-tours et de quatre affiches, édition collector. DecoDevolution The Art of Bloshock 2, Take 2, 2010. y avoir parallèlement diffusion sur support (par un seul distributeur) et en ligne (par un distributeur exclusif diffusant vers plusieurs plateformes). Le dépôt légal du web permettra de garder aussi la trace de ces exploitations multiples d’une même œuvre. La revanche du support On assiste même, grâce au dépôt légal, à une revanche de l’objet : la dispo nibilité, la facilité de l’accès, en ligne, au contenu, donne paradoxalement un prix accru au support. Les éditions « événements », les collectors, les séries limitées, les livres d’artiste, les « kits » comportant documents et lecteurs, consoles, accessoires indispensables ou pas, « Il faut que tout change pour que rien ne change. » Le Guépard, Giuseppe Tomasi di Lampedusa animent les notices bibliographiques et les rayonnages de nos magasins d’une technologie galopante et d’une imagination débridée. Acheter un objet, c’est aussi avoir sous la main ses classiques, c’est faire un cadeau… et cela peut aussi être le goût du dernier gadget technologique. Des objets fétiches pour aficionados qui servent de conteneurs aux documents, comme le téléphone rouge de SAV des émissions et la tête de mort aux yeux clignotants de Terminator, aux multiples objets glissés comme des « cadeaux Bonux » (parfum, huile de bain et huile alimentaire, graines, rouge à lèvres, dés, préservatif, thermomètre, sciure et copeaux de bois, ballons à gonfler, sachets de terre, de plâtre, stylos, cigarettes…), on trouve tout cela dans le dépôt légal de l’édition audiovisuelle. Enfin, la « convergence numérique » conduit à des objets hybrides, qui se glissent difficilement mais fermement dans nos normes de catalogage, associant sur un même support textes, images fixes et animées, sons, et qui pour autant respectent, pour l’heure, des « filières éditoriales » bien balisées. Ce lien non univoque entre le contenu (l’œuvre) et le contenant (l’objet éditorial) donne à ce dernier une valeur propre. Il y a autant matière à recherche sur les uns que sur les autres. On trouve dans le catalogue de la Bibliothèque nationale 238 livres des Voyages de Gulliver et 44 documents audiovisuels. Autant de matière pour les bibliographes et les bibliophiles au sens large du terme, autant de matière pour les sociologues et les historiens, les psycho logues et les économistes, les philo sophes et les ingénieurs. Isabelle Giannattasio Chroniques de la BnF – n°57 – 19 © Take-Two Interactive France.



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