Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
Chroniques n°57 jan/fév/mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°57 de jan/fév/mar 2011

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5,4 Mo

  • Dans ce numéro : Gallimard : un siècle d'édition

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BnF, Estampes et photographie. Auditoriums > Jean Echenoz face à Raymond Roussel L’un des personnages de l’écrivain Raymond Roussel s’appelle Echenoz. Coïncidence, certes, mais qui renvoie immanquablement à l’admiration que Jean Echenoz, prix Goncourt 1999, porte à l’auteur trop mal connu de Locus Solus et d’Impressions d’Afrique. Dialogue à travers le temps. Chroniques : P ourquoi Raymond Roussel tient-il une place si particulière dans votre panthéon littéraire ? Jean Echenoz : Sa postérité n’est pas considérable mais, pour les gens qui aiment la littérature, c’est une figure importante car parfaitement singulière. Raymond Roussel est un grand mystère de la littérature française. C’est un excentrique, un dandy. Il vit dans la conviction absolue de son propre génie – conviction qui est fondée – et, dans le même temps, il veut devenir un auteur populaire sans y parvenir jamais. Il n’est reconnu fi nalement que par la jeune avantgarde de son temps, avec qui il n’a 14 – Chroniques de la BnF – n°57 pas grand-chose à voir. Sa vie est un énorme malentendu. Ce malentendu ne persiste-t-il pas jusque dans la réception de son œuvre, qu’on dit aride ? J. E. : Il est établi que son œuvre est difficile. Pourtant, quand on s’attarde sur les deux plus célèbres textes, Locus Solus et Impressions d’Afrique, ils sont d’une extrême lisibilité une fois qu’on a admis que nous sommes face à une méthode de travail absolument arbitraire, telle qu’elle est exposée par Raymond Roussel dans Comment j’ai écrit certains de mes livres. Mais ses ouvrages ne peuvent se réduire à la construction mécanique qu’il décrit, © Hélène Bamberger/Figarophoto.com. Ci-dessus Jean Echenoz, 2008 Ci-contre Raymond Roussel, vers 1900 ils vont au-delà : ils contiennent une poétique extraordinaire. Dans La Vue, par exemple, il raconte ce qu’on aperçoit par la minuscule vue enchâssée dans un porte-plume. Cela peut sembler très ingrat mais il y a une telle hardiesse de regard et d’écriture que le texte est d’une richesse qui s’apparente à celle d’une enluminure. Je trouve ses écrits bouleversants. L’émotion naît du travail textuel, de cette minutie immense qui éloigne invariablement Raymond Roussel de son ambition initiale de gloire littéraire. Cette beauté n’est-elle pas liée à une excentricité qui porte Roussel aux limites du délire ? J. E. : Roussel est à la limite du cas clinique, sans l’être tout à fait. Il possède une très grande conscience de la forme poétique et une froide maîtrise de composition. Son effacement du paysage littéraire me choque, Raymond Roussel est un petit phare de la littérature française, un phare très spécial, et je ne voudrais pas qu’il s’éteigne car il n’est plus lu. Propos recueillis par Delphine Andrieux Le mystère Raymond Roussel Né à Paris en 1877, Raymond Roussel est un bourgeois immensément riche dont la postérité se rappelle surtout les coûteuses lubies, telle cette roulotte aménagée fastueusement avec laquelle il parcourt le monde. Écrivain reconnu par ses pairs, il demeure presque inconnu du grand public qui se heurte à ses textes surprenants. Roussel explore tous les genres (poésie, roman, roman en vers, théâtre) en les subvertissant. L’écrivain meurt mystérieusement à Palerme, en 1933. Salon de lecture Raymond Roussel Par Jean Echenoz. Mercredi 16 mars – 18 h 30-20 h BnF, site François-Mitterrand Petit auditorium – hall Est
Auditoriums > Que reste-t-il de l’amour ? Telle pourrait être la question qu’Alain Finkielkraut posera à quatre grands romans au fil d’un nouveau cycle de conférences, inauguré par La Princesse de Clèves qui continue de briller comme une référence incontournable. Chroniques : E st-ce que l’amour est encore aujourd’hui un sujet pour les r omanciers ? Alain Finkielkraut : Les classiques de l’Antiquité faisaient la distinction entre passion amoureuse et amour conjugal. Vous vous souvenez sans doute de la légende de Philémon et Baucis, ce mythe grec de la fidélité matrimoniale : c’est vraiment le paradigme de la perpétuité de l’amour conjugal. La rupture, c’est le romantisme qui l’introduit au xix e siècle en récusant cette distinction. En voulant fonder l’amour sur le sentiment amoureux, les romantiques ont décrété que le seul amour sage, c’était l’amour fou. D’une certaine manière, nous sommes leurs héritiers. Nous ne pouvons concevoir de nous marier sans que cet engagement ne soit d’abord porté par le sentiment. Nous ne concevons l’amour que passionné ou romantique. En même temps – et c’est notre contradiction – nous ne croyons plus à la permanence du sentiment amoureux. Nous sommes devenus des héritiers sceptiques du romantisme. C’est la raison pour laquelle l’amour a une place moins centrale dans les romans aujourd’hui que dans les siècles précédents. Nous avons, en revanche, éclairé le continent de la sexualité. Cette double détermination du scepticisme et de l’érotisme nous met en délicatesse avec l’amour. Comment parler d’amour ? Que faire de l’amour ? Voilà pourquoi, dans le cours de ces conférences, j’ai choisi de parler des romans de Philip Roth, et notamment du cycle de David Kepesh, un de ses doubles, professeur de littérature comparée qui va apparaître dans Le Sein, © J. P.Garelli/CL2P. Ci-dessus Roy Lichtenstein Thinking of Him, 1963, magna sur toile Ci-dessous Alain Finkielkraut © Estate of Roy Lichtenstein. © ADAGP, Paris 2010. En voulant fonder l’amour sur le sentiment amoureux, les romantiques ont décrété que le seul amour sage, c’était l’amour fou. La bête qui meurt ou encore Professeur de désir. Ces textes nous disent, avec clarté, et même cruauté, où nous en sommes du sentiment amoureux. Dans Professeur de désir, il y a Kepesh et ses parents. Kepesh est déchiré entre une vie, la sienne, gouvernée par la recherche du plaisir, sans interdit, et la vie de ses parents, monogames, qui vivent selon cette manière démodée de s’aimer. Et – c’est le sujet – cette fidélité à l’amour conjugal ne s’est pas transmise à Kepesh. En quoi La Princesse de Clèves, par laquelle vous entamez ce cycle de conférences, peut-elle encore nous concerner ? A. F. : Ce roman du renoncement à l’amour, écrit au xvii e siècle par Madame de La Fayette, nous apparaît incompréhensible. Mme de Clèves, une toute jeune femme, est libre, son mari est mort ; le duc de Nemours est libre. Et elle dit « non ». Elle sacrifie l’amour à un sens du devoir envers un homme qui est mort, précisément, d’avoir découvert sa passion pour le duc. Mais ce sacrifice, c’est aussi sa sagesse, et c’est moins le devoir qui l’inspire que la clairvoyance ou une forme d’incrédulité. Car la princesse ne croit pas à la permanence de l’amour. Aussi choisitelle le repos. Elle sait que le duc de Nemours, dès lors qu’il ne rencontrera plus d’obstacles, se lassera d’elle et de la passion. Elle devance cet épuisement du sentiment. Elle semble nous dire que l’amour ne peut rien contre le temps. D’une certaine manière, quand la passion se retire, il ne reste rien, et rien ne la remplace. La Princesse de Clèves nous confronte ainsi aux grandes questions de la modernité ; son choix est certes ancien, mais la réflexion qui y conduit est moderne. Propos recueillis par Thierry Grillet Cycle Le roman d’amour La Princesse de Clèves Par Alain Finkielkraut mercredi 26 janvier 2011 – 18 h 30-20 h BnF, site François-Mitterrand Petit auditorium – hall Est Chroniques de la BnF – n°57 – 15



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