Chroniques n°56 nov/déc 2010
Chroniques n°56 nov/déc 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de nov/déc 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 272) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : Primitifs de la photographie

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La Bastille ou « l’enfer des vivants » Dossiers de police, registres de la prison, écrits ou dessins de prisonniers illustres ou inconnus, autant de témoignages terribles et émouvants rassemblés dans une exposition sur les archives de la Bastille à la Bibliothèque de l’Arsenal. 8 – Chroniques de la BnF – n°56 L’ombre massive de la Bastille n’a pas fi ni de hanter l’imaginaire collectif des Français ; si elle fut pour les contemporains du xviii e siècle l’emblème de l’arbitraire et du despotisme qui jette en prison selon le bon plaisir du roi, la chute de la forteresse le 14 juillet 1789 est perçue aujourd’hui encore comme l’événement fondateur de la Révolution française. Mais audelà des images et de la légende, quelle fut la réalité de la Bastille ? Quel rôle jouait-elle dans le système judiciaire et pénal d’Ancien régime ? Comment fonctionnait-elle ? Qui étaient les prisonniers et quelles étaient leurs conditions de vie ? À ces questions, l’exposition présentée par la BnF apporte des réponses à travers le riche matériau des archives. Dispersées en 1789 dans les fossés de la forteresse par les émeutiers, récupérées après diverses péripéties, les archives de la Bastille ont été conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal et cataloguées au cours du xix e siècle. Dossiers de police, registres de la prison, écrits de prisonniers illustres ou inconnus, mais aussi dessins, peintures et objets prêtés notamment par le musée Carnavalet, le Louvre ou les Archives nationales éclairent sur la réalité de l’emprisonnement à l’époque de la monarchie de droit divin sous Louis xiv et jusqu’à la Révolution française. Des pièces spectaculaires sont présentées, telles la « chemise » de Latude portant un texte écrit de son sang ou les dossiers de l’affaire de l’Homme au masque de fer. L’exposition présente la Bastille dans le contexte judiciaire et carcéral de BnF, Arsenal À gauche François Callot, Vue de la Bastille, 1647, dessin sur vélin, encre et gouache acquis en 2010 par la Bibliothèque de l’Arsenal. À droite L’Enfer des vivans ou la Bastille, page extraite de L’Histoire du Sr Abbé Comte de Buquoy, 1719 l’époque. C’est celui du « Grand Renfermement » théorisé par Michel Foucault, dont l’ouvrage Surveiller et punir (éd. Gallimard, 1975) s’ouvrait sur le récit de l’atroce supplice du régicide Damiens. Le pouvoir du monarque absolu repose sur le contrôle permanent de tous les sujets du roi et sur la répression sévère des crimes et délits. Des détenus de toutes classes Les principales sanctions sont les châtiments corporels et le bannissement, et la prison n’est pas une peine mais une simple mesure préventive. On va à la Bastille parce que le lieutenant général de police ou le roi lui-même le décide. Pour quelles raisons ? Il suffit qu’il y ait crime de lèse-majesté, et plus généralement atteinte à l’ordre politique, religieux, ou social. Toute critique du pouvoir en place est poursuivie, comme toute contestation de BnF, Arsenal
BnF, Arsenal Expositions > la religion officielle, dont le roi, représentant de Dieu sur terre, ne peut tolérer que ses sujets s’écartent. Les idées aussi sont réprimées. Entre 1661 et 1789, un prisonnier sur six est embastillé pour « faits de lettres ». Aux auteurs de libelles et de pamphlets s’ajoutent ceux qui les fabriquent. Les ouvriers du livre, imprimeurs, libraires ou colporteurs sont incarcérés par dizaines, dans des conditions plus dures que les libertins du xvii e siècle et les philosophes des Lumières qui sont traités selon leur qualité de gentilshommes et leurs moyens. « Les archives rappellent également, indique Élise Dutray, l’une des deux commissaires, que les deux écrivains considérés comme emblématiques de la Bastille, Voltaire et le marquis de Sade, n’ont pas été emprisonnés pour leurs livres, comme on le dit souvent ; en revanche, ils sont peut-être devenus écrivains parce qu’ils y ont été enfermés… » Bien loin d’être réservée à une élite sociale, la Bastille accueille donc des détenus de toutes classes, depuis les plus grands personnages jusqu’au petit peuple. Une prison où l’on « crève de chagrin » « À côté des prisonniers célèbres, comme Damiens, les archives nous ont donné accès à des destins ordinaires – mais non moins tragiques – à l’instar de celui de Dieudé de Saint Lazare, un jeune marin, commente Danielle Muzerelle, également commissaire de l’exposition. Il aurait tenu en 1765 des propos contre le roi dans une auberge. Pour cela on l’expédie à la Bastille où il reste sept ans « crevé de chagrin ». Quand, enfin, on le libère, comme il n’a pas un sou, ne sachant où aller, il revient à la Bastille pour demander qu’on l’héberge ! On le garde et finalement on lui donne 300 livres pour qu’il puisse rentrer chez lui à Brest. » Reste qu’au moment de la prise de la Bastille, les idées des Lumières avaient déjà fait évoluer les mentalités. Les conditions de détention étaient dénoncées, le système juridique et pénal remis en cause. Louis xvi avait supprimé le cachot et la question, et le 26 juin 1789, édicté l’abolition des lettres de cachet. Arrêté au 12 juillet, le dernier registre d’écrou de la prison, présenté dans l’exposition, témoigne du brusque basculement de l’Histoire. Sylvie Lisiecki La Bastille ou « l’enfer d es v ivants » Du 9 novembre 2010 au 11 février 2011 Bibliothèque de l’Arsenal Commissaires : Élise Dutray, Danielle Muzerelle Ci-dessus Les archives de la Bastille furent récupérées après avoir été jetées au fossé par les insurgés de 1789. Ci-dessous Linge du prisonnier Latude sur lequel il écrivit avec son sang, 1751 Le cas du Marquis de Sade Sade a été enfermé à la prison de la Bastille de 1784 à 1789. Lorsqu’il y est transféré, il a déjà connu plusieurs prisons ; la plus grande partie de sa vie se passera derrière des barreaux. Il entretient une abondante correspondance avec ses domestiques et sa famille, notamment la dévouée Marquise de Sade qu’il malmène à loisir. Il réclame avec force plaintes des vêtements, des médicaments, des objets de toilette et des douceurs pour atténuer la dureté de sa situation. L’enfermement est un moteur de son écriture et, à cet égard, les années passées à la Bastille ont été d’une exceptionnelle fécondité : il y rédige entre autres Aline et Valcour ou le roman philosophique et Les 120 Journées de Sodome. Le 4 juillet 1789, Sade est transféré à Charenton, laissant, selon ses dires, quinze volumes de manuscrits, dont quelques bribes ont été retrouvées avec les archives de la prison. L’aventure de la Bastille s’achève, mais pas celle de l’enfermement : il terminera sa vie, après avoir connu les prisons révolutionnaires, à l’asile de fous de Charenton. BnF, Arsenal Chroniques de la BnF – n°56 – 9



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