Chroniques n°56 nov/déc 2010
Chroniques n°56 nov/déc 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°56 de nov/déc 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 272) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : Primitifs de la photographie

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Jean Rouch, le goût des autres L’ethnologue cinéaste a inventé une approche radicalement nouvelle du documentaire ethnographique. La BnF, qui conserve ses archives, participe à la manifestation que lui consacre le Centre d’art et de culture de Meudon. L’occasion de faire mieux connaître cette œuvre, visée que partagent également Jocelyne Rouch et Bernard Surugue, présidente et vice-président de la Fondation Rouch. « Jean Rouch a compté dans l’histoire du cinéma, mais aussi dans celle des sciences humaines. Il s’est investi dans une quête effrénée pour mieux comprendre les gens avec un leitmotiv : « Il faut croire en la croyance de l’autre ». Dans l’univers songhay de la boucle du Niger, son premier « terrain » de recherche, comme chez les Dogon, il est devenu au fil des années un grand initié. C’est le signe de l’empathie qu’il a su créer. Contrairement à l’esprit « territorial » de l’approche ethnographique classique, Rouch était passionné par l’ouverture des sociétés au monde extérieur, attestée par les migrations des pêcheurs et paysans nigériens vers les villes côtières de Gold Coast et de Côte d’Ivoire. Son cinéma dépasse amplement les strictes frontières d’une discipline. Avec Petit à petit, par exemple, il a inventé une anthropologie à l’envers : le regard des Nigériens sur les Parisiens. Ces lettres persanes, comme d’autres documentaires ou comédies dramatiques, ont bousculé les habitudes académiques. Jean Rouch a inventé une pratique de l’image et du son qui a fondé une approche novatrice du cinéma et des sciences humaines. Il a été un promoteur des grandes évolutions technologiques : le Nagra, le son synchrone, la caméra Aaton… Il nous indique ce que peuvent être une connaissance et même une culture construite par l’image. La Fondation Jean-Rouch, que nous avons créée en 2007, a pour objectif de répertorier son œuvre et de la faire connaître auprès des jeunes générations, en Afrique et partout dans le monde. La première tâche est de retrouver les éléments et d’en permettre une sauvegarde et une exploitation rationnelle. Les inventaires en cours à la BnF et au CNC devraient permettre d’y voir plus clair. » Propos recueillis auprès de Jocelyne Rouch et Bernard Surugue par Alain Carou 22 – Chroniques de la BnF – n°56 Jean Sauvy et Pierre Ponty photographiés par Jean Rouch Le serment de Bamako : une aventure fleuve Jean Rouch, Pierre Ponty et Jean Sauvy se sont lancés, en 1946, dans la descente du fleuve Niger : 4 200 km en pirogue. Récit. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ? Jean Sauvy : C’était en 1937, à l’École nationale des Ponts et Chaussées où nous étions tous trois étudiants. Juste avant la Deuxième Guerre mondiale, alors que l’Europe était en train de devenir tout à fait invivable, nous nous interrogions sur l’absurdité du monde qui nous était proposé. Nous avions le désir d’élargir l’horizon de nos vies et nous nous sommes inscrits pour préparer, entre autres, un certificat d’ethnographie sur les Dogons dont l’enseignement était assuré par Marcel Griaule. Comment est née l’idée de descendre le fleuve Niger ? J. S. : À Paris, nous avons appris qu’on manquait d’ingénieurs en Afrique et nous avons décidé de partir. Nous sommes arrivés à Dakar en 1941. Jean Rouch, sur les bords du Niger où il BnF, Manuscrits.
Collections > avait été affecté, avait été témoin d’une cérémonie rituelle organisée après le foudroiement d’un des ouvriers travaillant sur son chantier. Il avait été fasciné par l’invocation des génies de l’eau. Le 10 janvier 1943, avant de regagner l’Europe en guerre, nous nous sommes tous trois retrouvés à Bamako, et là, au sommet d’une falaise, plongés dans l’admiration de la boucle du fleuve, nous nous sommes promis de descendre le Niger. Nous avons appelé ça « le serment de Bamako ». Pierre Ponty : Le terme de serment est un mot que nous avons utilisé rétrospectivement, un peu pour plaisanter, un peu par autodérision ; il traduisait notre désir de revanche face à une situation historique qui nous empêchait d’agir librement. Après la guerre, le projet a pris forme. L’expédition s’est déroulée d’octobre 1946 à mars 1947. Quels premiers souvenirs gardez-vous de la mission ? P.P. : Je me souviens que pour localiser la source du Niger, nous avons dû vaincre la méfiance des Africains qui connaissaient l’emplacement mais ne voulaient pas le dévoiler par crainte de déranger les génies des eaux. Un jour que nous plaisantions de notre piètre situation, notre interprète s’est détaché d’un groupe d’Africains et est venu nous dire : « Puisque vous riez, ils veulent bien vous montrer les sources du Niger ! » Le lendemain, nous y étions ! Une fois de retour à Paris, l’aventure a continué ? J. S. : En 1948, nous avons fait paraître Le Petit Dan, un conte africain que nous avons écrit tous les trois à partir des récits que nous avions recueillis. Nous avons aussi réalisé le film Au pays des mages noirs, sorti en 1949, à partir des images tournées le long du fleuve. P.P. : Nous avons donné des conférences et publié une série d’articles à partir de cette mission, que nous signions « Jean Pierjant », pseudonyme forgé à partir de nos trois prénoms. Propos recueillis par Guillaume Fau Le serment de Bamako Du 19 au 28 novembre 2010 Centre d’art et de culture de Meudon 15, bd des Nations-Unies, 92190 Meudon. Ci-dessus Isidore Pils, Carnet de dessins, 1959-1991 Le fonds Charles Garnier s’enrichit de nouvelles acquisitions Avec un remarquable album de 57 photographies montrant la villa italienne de l’architecte et sa famille, ainsi que 13 dessins préparatoires d’Isidore Pils pour le grand escalier de l’Opéra de Paris, la Bibliothèque-musée de l’Opéra augmente son fonds Charles Garnier, qui fait actuellement l’objet d’une exposition à l’Ensba. En 1883, Charles Garnier choisit la Bibliothèque-musée de l’Opéra pour conserver une grande partie des documents relatifs à son œuvre et permettre ainsi la constitution d’un fonds architectural au sein des collections de l’institution patrimoniale de l’Opéra de Paris qui a été fondée quelques années plus tôt, en 1866. Ce fonds est augmenté par un legs important de la veuve de l’architecte, mais aussi par des dons consentis par les principaux collaborateurs de Garnier ou par leurs descendants : le peintre Paul Baudry, la femme du sculpteur Aimé Millet… Album de famille La Bibliothèque nationale de France, dont dépend la Bibliothèque-musée de l’Opéra depuis 1935, s’attache toujours à développer ces collections sur Charles Garnier et son œuvre. La Bibliothèque-musée de l’Opéra a donc acquis cette année un important album de 57 photographies montrant la villa que s’est fait construire Charles Garnier sur la riviera italienne. Il contient des vues de Bordighera mais aussi, et surtout, des photographies de la villa en construction et de l’architecte en compagnie de sa famille qui tendent à faire penser que l’album a pu appartenir à la famille Garnier. La Bibliothèque-musée de l’Opéra vient de faire aussi une seconde acquisition exceptionnelle grâce à l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris (AROP) et à la générosité de Monsieur Jean Bonna : treize dessins d’Isidore Pils préparatoires aux peintures de la voûte du Grand escalier du Palais Garnier qui ont pour thème Le Charme de la musique (caissons Sud), Le Triomphe d’Apollon (caisson Nord), Minerve combattant la force brutale (caisson Est) et La Ville de Paris recevant le plan du Nouvel Opéra (caisson Ouest). Des dessins inédits de Pils L’intérêt de ces esquisses est de révéler les intentions profondes de l’artiste, quelque peu trahies au moment de la réalisation in situ : très malade, Pils est obligé pour terminer son plafond de se faire aider d’abord par son atelier, ensuite par les peintres Georges Clairin et Paul Renouard. En outre, conservés jusqu’à présent dans la famille de l’artiste, ces dessins sont totalement inédits et n’ont jamais été reproduits. Pierre Vidal et Mathias Auclair Chroniques de la BnF – n°56 – 23 BnF, Bibliothèque-musée de l’Opéra.



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