Chroniques n°55 sep/oct 2010
Chroniques n°55 sep/oct 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°55 de sep/oct 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 5 Mo

  • Dans ce numéro : La France de Raymond Depardon

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > La France de Raymond Depardon Pendant six ans Raymond Depardon a sillonné les routes et posé son regard sur la France. Il a visité presque toutes les régions, pour montrer à la fois les territoires que chacun rêve de visiter et ceux qui se dérobent à tout romantisme. La Bibliothèque François-Mitterrand propose une installation composée de 36 photographies de très grand format. « Vous voulez faire un travail sur la géographie ? Mais les Français n’aiment que l’histoire ! » La réponse faite à Raymond Depardon évoquant son projet sur la France n’était pas de nature à l’encourager. Mais en homme de conviction, lorsqu’il révèle qu’« une idée folle [lui] est venue : photographier la France, seul, sur une période relativement courte. C’était un défi possible », le défi sera assurément relevé. Entre l’époque de la Mission photographique de la Datar, à laquelle il participa, et La France de Raymond Depardon, fruit de six années passées sur une France peu photographiée, un autre pays que celui du patrimoine monumental ou des problèmes de société, la conception de la photographie de paysage a singulièrement évolué. La Datar avait joué un rôle précurseur, dans la foulée des Américains du mouvement des New Topographics. 4 – Chroniques de la BnF – n°55 Cependant, le paysage vernaculaire n’avait pas acquis l’importance iconographique dont il est actuellement honoré. Les photographes humanistes représentaient à l’occasion les cafés populaires, les devantures de boulangeries ou les places de village, mais dans un souci de réalisme poétique fort éloigné de la simple qualité paysagère. Les observateurs géographes saisissaient les modifications de terrain, les architectes immortalisaient leurs bâtiments, la représentation se trouvait instrumentalisée au profit d’un objectif technique. Depardon, lui, se livre entièrement au plaisir du voyage, de la rencontre avec le pays, le territoire, le terroir. Toutes les photographies du corpus qu’il a réuni depuis 2004 attestent d’une vision personnelle mais aussi d’un amour profond de la découverte, du voyage, de l’errance. Raymond Depardon se La France de Raymond Depardon. © Raymond Depardon/Magnum Photos/CNAP. glisse dans les plis et les recoins d’une France sans attrait esthétique particulier, tranche dans le vif des pays traversés, se préoccupe moins de leur attrait touristique que de leur intérêt purement photographique. La présence, la force du génie des lieux, le meuvent davantage que leur prestige historique. Insister sur ce point c’est comprendre le choix de sites a priori peu photogéniques, la gestion du cadrage, l’invention d’un vocabulaire plastique, la recherche d’une lumière qui soit à la fois le point d’ancrage et le lien de toutes ses images. Le velouté de l’asphalte Raymond Depardon est un terrien et nous rend sensible cette vérité profonde que tout paysage, s’il est une représentation du monde, un vécu visuellement construit par séparation d’avec la nature, se déploie aussi dans le chatoiement de la sensation physique. Le photographe se faufile dans les interstices des départementales et des chemins vicinaux, se laisse séduire par la sensualité d’un paysage plutôt qu’il ne recherche le « bucolique ». Il n’est que de considérer le « socle » de ses images. La terre y est présente sous tous ses aspects. Photographie-t-il un grand avant-plan de route ? C’est que la qualité de l’asphalte, le velouté de son noir, les granulations des rustines de goudron, accrochent plus ou moins la lumière et donnent une sensation de douceur ou de rugosité. Approcher l’un des grands paysages de Raymond Depardon, c’est faire l’expérience d’une harmonie de sensations. Le hors-champ des sons, des parfums, des mouvements de l’air s’engouffre dans l’image, porté par la lumière, les valeurs tactiles du tirage, l’originalité de la composition. Ces images riches d’une sensibilité aux choses et aux humains qui les ont édifiées, transformées, conservées, témoignent de sa manière d’habiter le monde et de porter attention aux êtres. En nomade. Anne Biroleau
La France de Raymond Depardon. © Raymond Depardon/Magnum Photos/CNAP. « J’ai pris la route avec un bonheur inouï » Avec les grands paysages de Depardon, c’est une autre conception de la photographie qui s’exprime. Celle d’une émotion, d’une rencontre intime et harmonieuse avec le territoire, loin de toute recherche purement esthétique ou historique. Entretien. Chroniques : Comment est née l’idée de cette exposition ? Raymond Depardon : c’est une idée folle que j’avais depuis longtemps : photographier seul, à la chambre 20 x 25, le territoire français. J’avais beaucoup voyagé, fait plusieurs fois le tour du monde, couvert les conflits de ma génération un peu partout : l’Algérie, le Vietnam, le Tchad, mais je ne connaissais pas la France de tous les jours. Quand je suis parti avec mon camping-car en 2004, ça a été un bonheur inouï de prendre la route, de m’arrêter sur les places des villages, de regarder les gens vivre, faire leurs courses, le ramassage scolaire, la vie quotidienne parfois dans des endroits où il est difficile de vivre, une France que l’on voit rarement… Quelle France verra-t-on dans ces images ? R. D. : On verra des ronds-points, des cafés, des sandwicheries, des places de village, des lieux devant lesquels souvent on passe sans regarder… Je ne suis pas un enfant de la ville, je ne suis pas un photographe du patrimoine, j’ai grandi dans une ferme. J’allais à l’école en vélo, je faisais le parcours vers le centre-ville en passant devant le café des Acacias, les usines, le pâtissier, les villas cossues, les HLM… Entre ville et campagne, c’est cette France de sous-préfecture, de banlieue pavillonnaire vers laquelle je me suis tourné. J’ai visité des lieux très différents, où parfois l’histoire n’a rien de commun d’un « pays » à l’autre. La distance que je me suis imposée m’a permis de passer au-dessus des spécificités régionalistes et d’essayer de dégager une unité : celle de notre histoire commune. Comment avez-vous travaillé ? R. D. : J’ai utilisé une chambre en bois 20 x 25. Comme un peintre qui pose son chevalet devant un paysage, je posais mon voile rouge et noir… Il Chroniques de la BnF – n°55 – 5



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