Chroniques n°54 été 2010
Chroniques n°54 été 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°54 de été 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : L'avenir du Cabinet des médailles

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Rire made in France Le cycle des Samedis des savoirs se poursuit avec un deuxième rendez-vous d’avril à juin autour du rire. Carte blanche est donnée à un invité – philosophe, psychanalyste, historien ou… humoriste, qui parlera du rôle du rire dans nos vies et dans la société. « Moi, je suis pas difficile. J’aime rien ». Cette brève de comptoir, recueillie par Jean-Marie Gourio et rapatriée au théâtre du Rond-Point par Jean-Michel Ribes, incarne le stéréo type de l’humour français, râleur. Qu’est-ce que le rire ? Un rire de résistance, éclatant au café, dans la rue, jubilatoire et virtuose à créer des courts-circuits dans le langage (sacralisé dans Le cave se rebiffe par Michel Audiard : « Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre éta- 16 – Chroniques de la BnF – n°54 lon. ») ; mais aussi un rire d’artiste, écrit et joué par les comiques, les imitateurs ou les acteurs. La part spontanée, orale, contre la part élaborée, écrite, portée à son point de perfection par les trois D – Dac, Devos, Desproges… Qu’est-ce qui nous fait rire ? Les mots et les corps. À cet égard, le burlesque français existe, mais pas de la même façon qu’en Amérique. Pas de Charlot, de Langdon ou de Keaton. Mais, à la Belle Époque, des corps « automates » : ceux © École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. À gauche Guillaume Duchenne de Boulogne, album personnel, simulacre de rire naturel. Étude des mouvements musculaires par contraction électrique, 1852-1856. À droite Fellag au théâtre des Bouffes du Nord à Paris en 2001. © Olivier Culmann/Tendance Floue. de Valentin le désossé, ceux des pantomimes et des mimes (qui sont au corps ce que les imitateurs sont à la parole), ceux des « hystériques » que déclenche le docteur Charcot dans ses conférences à l’hôpital de la Salpêtrière. Louis de Funès et M. Hulot Ce sont sans doute tous ces corps qui inspirent à Bergson sa définition du rire : « du mécanique plaqué sur du vivant ». Curieusement, le burlesque triomphe, en France, dans le parlant. Tati actionne Hulot, son personnage fétiche, dans un décor moderne, hostile à ce grand corps aux mouvements graphiques. Louis de Funès et son corps électrique, secoué de rictus et de tics, au langage syncopé, habite une France modernisée. Il en symbolise l’énergie. Abonné aux rôles de « chef » – d’entreprise (Rabbi Jacob), de gang (Le Corniaud), de famille (Oscar), sous-chef (Le Gendarme de Saint-Tropez) – Louis de Funès accompagne l’ascension d’une classe moyenne qui croit à son destin. Il concrétise le passage d’une France rurale à une France urbaine. Du côté du dionysiaque Sur scène, cette transition est incarnée, aux deux extrémités, par Fernand Raynaud et Coluche. De l’idiot du village – cantonnier ou maquignon avare – joué, béret vissé sur la tête, par Fernand Raynaud, à l’idiot des villes, le « beauf » incarné par Coluche, salopette et nez rouge, en poivrot raciste, macho et lâche. Idiot au double sens : bête et innocent, par lui quelque chose de la réalité
Auditoriums > Auditoriums > surgit. Il faudrait, à cet égard, mentionner le personnage de Jean-Pierre, inventé par Dany Boon, figure de l’idiot « déprimé », significatif d’une France dopée aux antidépresseurs. Une autre étape est franchie aujourd’hui. De nouvelles figures apparaissent, croquées par un rire qui nous vient de l’autre côté de la Méditerranée. Au Tribunal des flagrants délires, l’émission culte de France Inter, Luis Rego déclarait déjà dans les années 1980 : « Le Français moyen, c’est moi, le petit Portugais ». C’est au tour des Gad Elmaleh, Djamel Debbouze, Fellag de brocarder les ridicules des deux rives et d’acclimater les personnages de Beurs au répertoire français. Quoi qu’il en soit, le rire est toujours du côté du dionysiaque. Là où règne un ordre trop contraignant, trop lisse, il introduit le désordre, taquine les limites, attaque les positions, remue les puissants et détruit les vanités. Thierry Grillet Les samedis des savoirs De quoi rions-nous ? Par Olivier Mongin, philosophe, directeur de la revue Esprit. 29 mai. Du rire shakespearien Par Michael Edwards, professeur au Collège de France. 5 juin. Rire, entre deux rives Par Fellag, comédien, humoriste. 12 juin. Caricatures Par Philippe Val, directeur de France Inter, ancien directeur de Charlie Hebdo. 19 juin. Site François-Mitterrand Petit auditorium - hall Est – 11 h - 12 h La Méduse d’Hélène Cixous rit encore Une rencontre avec Hélène Cixous marque la réédition du Rire de la Méduse, trente-cinq ans après sa publication en 1975. Cet essai féministe célèbre, lu et traduit dans le monde entier, était devenu introuvable en français. Le point sur une révolte qui reste d’une étonnante actualité. Marie Odile Germain : Quelle impression avez-vous eu à relire un texte avec lequel vous entreteniez un rapport un peu ambivalent ? Hélène Cixous : L’ambivalence, je la garde, mais atténuée par le temps ; c’est le sentiment, un peu étonné, qui accompagne mon existence en littérature, d’avoir été doublée par une créature, comme le serait un auteur de théâtre par un personnage. Lorsque j’ai appelé la Méduse à surgir de son fond mythologique gréco-romain pour témoigner du mauvais sort fait aux femmes, je ne me doutais pas qu’elle deviendrait ensuite une sorte de star des études féministes dans le monde entier. Et il m’est très souvent arrivé à moi, l’auteur, c’est-à-dire à la nourrice, ou à la servante de la Méduse, d’avoir envie de la dénier. Je n’avais donc jamais relu ce texte jusqu’au jour où… je l’ai relu. Je tentai de le tenir loin de moi, en me gardant (de) la Méduse… Mon impression ? J’ai trouvé qu’elle était bouillante d’indignation et qu’elle avait bien raison de l’avoir été et qu’elle devrait l’être encore. Que ses rires et ses cris révolutionnaires signaient une époque dans l’histoire des femmes en France et dans ma propre vie, une époque où j’étais inépuisablement révoltée. Mais il faut avancer : d’abord le temps des barricades, de l’ébranlement, ensuite celui de l’élaboration d’autres inventions en littérature, d’autres poétisations de la pensée. Je ne regrette pas qu’elle ait eu ce moment belliqueux, et je comprends qu’elle ait eu du succès. M. O. G. : Quelle position cette Méduse occupe-t-elle dans votre œuvre ? H.C. : Une position très particulière, celle de revenance. Ce qui me convient car je m’affaire autour des revenants et de la revenance ; l’idée que la Méduse, que j’avais vouée à demeurer derrière moi, revienne, me plaît. C’est justice. Mais en même temps cette position est unique : c’est un moment avec une date, un appel ou, si l’on veut, un manifeste. Comme je relisais l’année dernière le Manifeste du parti communiste pour mon travail théâtral, je me disais : c’est bien qu’à telle date, tel jour de telle année, on se mette en colère et on produise un texte court et frappant, je crois que c’est nécessaire. M. O. G. : Que pensez-vous de l’actualité du Rire ? Et comment situez-vous votre réflexion sur la différence sexuelle dans le développement des gender studies ? H.C. : Le Rire est malheureusement toujours actuel. Un certain nombre de conditions ont radicalement changé, en particulier dans le domaine de la sexualité. Mais pour le reste, c’est-à-dire concernant la coriacité de la misogynie, la non-analyse de ce qui fige les êtres humains dans des oppositions qui s’expriment par des oppositions sexuelles, la stagnation du pouvoir des femmes dans les sphères de décision, le lot amoindrissant qui leur est attribué sont toujours les mêmes. La France est à la traîne, très loin des pays, comme les pays scandinaves par exemple, où une équanimité aussi bien qu’une égalité ont cours de manière quasi naturelle. Quant au travail qui a été opéré à cette époque-là sur les différences sexuelles, il n’est pas effacé. Je sais que dans les lieux universitaires, et dans tous les espaces où les femmes créent, ces textes sont d’une actualité qui ne s’est pas émoussée ; j’en ai des témoignages en permanence, de peintres, d’acteurs, d’actrices, de metteurs en scène, qui se réfèrent à ces textes, un peu partout dans le monde. Propos recueillis par Marie Odile Germain Le Rire de la Méduse et autres ironies, Paris, Galilée, 2010 Autour de… Hélène Cixous Le Rire de la Méduse Rencontre animée par Martine Reid, en présence de l’auteur. Mardi 11 mai, 18 h 30 - 20 h Site François-Mitterrand Petit auditorium – hall Est Chroniques de la BnF – n°54 – 17



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