Chroniques n°53 mar/avr 2010
Chroniques n°53 mar/avr 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de mar/avr 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (209 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Événement > Casanova, une aventure de plus Tout a commencé à l’automne 2007, lorsque l’ambassadeur de France à Berlin informa Bruno Racine de la possibilité d’acquérir Histoire de ma vie de Casanova, un monument de la langue française. Récit. L’acquisition des manuscrits de Casanova aura été, depuis plus de deux ans, l’une de mes grandes préoccupations. C’est en effet à l’automne 2007 que l’ambassadeur de France à Berlin, Claude Martin, m’informa qu’un mystérieux émissaire venait d’évoquer auprès de lui la possibilité d’acquérir cet ensemble exceptionnel. Après avoir traversé des tribulations à peine croyables, les manuscrits de Casanova sont restés longtemps dans la famille de l’éditeur allemand qui les avait achetés aux petits-neveux de Casanova au début du XIX e siècle. S’agissant d’un monument de la langue française, le propriétaire souhaitait en réserver la priorité à la BnF. « Tu oublieras aussi Henriette » Avec Marie-Laure Prévost, quelle n’a pas été notre émotion lorsque par une triste journée de novembre 2007, dans le cadre bien peu séduisant du port franc de Zürich, nous avons pu contempler et feuilleter les milliers de pages de Histoire de ma vie, tombant Entrée à la BnF d’un manuscrit mythique : Histoire de ma vie de Casanova Giacomo Casanova n’était pas seulement le grand séducteur et libertin qui a fait sa réputation. Il a fréquenté les cours européennes et les grands intellectuels du XVIII e siècle, mais aussi les prisons. Acquis par la BnF grâce à un généreux mécène, le manuscrit de ses mémoires est un document émouvant et passionnant. C’est dans la zone de fret de l’aéroport de Zürich que nous fut présenté, au président Racine et à moimême, le manuscrit de Casanova. Sur une grande table carrée recouverte de feutrine verte, disposées de façon régulière, étaient posées les douze boîtes qui contenaient le fameux manuscrit. Recouvertes de papier noir, avec des inscriptions sur les plats, elles ressemblaient à autant de stèles, sur fond de verdure. Elles s’ouvraient sur 4 – Chroniques de la BnF – n°53 sur la fameuse phrase « Tu oublieras aussi Henriette ». Il a fallu pas moins de deux ans d’efforts pour franchir tous les obstacles. Le prix, en rapport avec la rareté de cet ensemble, était le plus élevé jamais envisagé pour une acquisition de la BnF ; la crise financière de 2008 a raréfié le nombre d’entreprises susceptibles de s’engager sur un tel montant, même si la commission consultative des trésors nationaux avait rendu un avis unanime très favorable. La Direction des musées de France, sous la conduite de Marie- Christine Labourdette, a tout fait pour faciliter une issue heureuse. Il fallait surtout que, pendant cette longue recherche, le propriétaire nous fasse confiance et se montre patient, alors qu’il n’était nullement tenu de le faire, les documents n’étant pas en France. Finalement, une entreprise qui a souhaité rester anonyme nous permet de réaliser notre rêve. Ce texte fondamental, dont l’édition critique reste à établir, entre à la Bibliothèque nationale de France. C’est une joie les quelque 3 500 pages du manuscrit des mémoires de Casanova, Histoire de ma vie, un manuscrit présentant des ratures, des surcharges, des mots, voire des passages entiers biffés. Au fil de l’écriture resurgissaient Henriette, Thérèse, et combien d’actrices, de femmes du monde, de servantes, séduites par celui dont on a fait un autre Don Juan. Le récit nous conduit en Italie, en France, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, en Espagne, et Giacomo Casanova A.R.Mengs. Coll. privée. immense, que nous avons le devoir de partager, tant il est vrai que ce Vénitien de naissance, écrivant en français et mort en Bohème après avoir parcouru le continent, est l’Européen par excellence. Bruno Racine même en Russie. Page après page, le manuscrit montre le mémorialiste tantôt s’évadant des « Plombs », les fameuses prisons de Venise, tantôt reçu à Paris par Choiseul, à Potsdam par Frédéric II, à Saint-Pétersbourg où il prodigue des conseils à Catherine II, Entre-temps, il a rencontré Voltaire, discuté avec Rousseau, traversé toutes les capitales européennes. Cet aventurier de génie qui sait se faire aussi bien diplomate, financier, magicien, que © Bridgeman Giraudon.
BnF, Manuscrits. Événement > joueur a tout connu : prisons, châteaux, bureaux de ministres, théâtres, maisons de jeux et auberges. Le temps d’un après-midi, c’est toute une fresque, vivante et haute en couleurs du XVIII e siècle, qui a défilé sous nos yeux. À l’instar de son auteur, le manuscrit a vécu nombre de péripéties. Alors même qu’il le rédige, Casanova songe à le détruire. Mais il le conserve, et, en mai 1798, sentant sa fin proche, il fait venir au château de Dux où il a été accueilli par le comte de Waldstein- Wartenberg, son neveu, Carlo Angiolini, et lui lègue ses mémoires. Le 4 juin, Casanova meurt, Angiolini emporte à Dresde le manuscrit de Histoire de ma vie que ses enfants cèdent, en janvier 1821, à l’éditeur Brockhaus. Pour préparer l’édition allemande, celui-ci confie le manuscrit au traducteur, puis le récupère pour le communiquer à un professeur de français de Dresde, Jean Laforgue, avec mission En haut Donald Sutherland dans Le Casanova de Federico Fellini, 1976. Ci-contre Le premier chapitre du manuscrit de Histoire de ma vie. © collection Christophel. de préparer l’édition française en corrigeant les italianismes et en émondant les passages trop libertins. Ce dernier conserve le manuscrit quelque dix ans, perd quatre chapitres avant de le rendre à son propriétaire. Très rares sont les visiteurs à avoir désormais le privilège de le voir. Casanova bibliothécaire Durant la Seconde Guerre mondiale, Leipzig est bombardée et la maison d’édition Brockhaus n’est pas épargnée. Mais le manuscrit est retrouvé, intact, dans les sous-sols. Il est alors transporté par camion militaire jusqu’à la nouvelle adresse de Brockhaus, à Wiesbaden. Aujourd’hui, le manuscrit de Histoire de ma vie, classé trésor national, vient d’achever ses pérégrinations. Grâce à cette prestigieuse acquisition, il entre dans les collections de la Bibliothèque nationale de France, suivant en quelque sorte l’exemple de son auteur, qui avait passé les dernières années de sa vie comme bibliothécaire à Dux. Pour Casanova, une bibliothèque était un lieu magique et, quittant celle de Wolfenbüttel, il écrit : « J’ai passé huit jours sans jamais en sortir que pour aller dans ma chambre et sans jamais sortir de ma chambre que pour y rentrer. […] J’ai vécu dans la plus parfaite paix sans jamais penser ni au temps passé ni à l’avenir, le travail m’empêchant de connaître que le présent existait. » Pour cet exceptionnel manuscrit, ce sont aussi des années fastes qui se profilent ; son arrivée suscite déjà de nombreux projets de valorisation : exposition, numérisation, édition critique, Tant il est vrai que, selon l’expression de Julien Gracq, les manuscrits sont les « restes matériels » des écrivains. Des restes matériels qui ont une étonnante survie. Marie-Laure Prévost Chroniques de la BnF – n°53 – 5



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