Chroniques n°53 mar/avr 2010
Chroniques n°53 mar/avr 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de mar/avr 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (209 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > Sur les traces de Jules Renard L’auteur du célébrissime Poil de Carotte était aussi un écrivain plein d’humour, un journaliste ambitieux et, surtout, un poète en prose qui a inventé une écriture sensible et tonique. Personne n’ignore tout à fait Jules Renard ou plutôt, tout le monde croit le connaître. Tout le monde en effet a lu, ou croit avoir lu Poil de Carotte. Le succès de ce livre, prolongé et déformé par le théâtre et le cinéma, a en fait occulté l’ensemble de l’œuvre. À sa manière, sans qu’on s’en rende compte, Renard appartient au groupe de ceux que Verlaine a appelé les « poètes maudits » de la fin du XIX e siècle. Car Renard s’est voulu et a été poète, non pas poète traditionnel – ce qu’il a cessé d’être dès la fin de son premier recueil, Les Roses – « De presque toute littérature on peut dire que c’est trop long. Je veux me faire un style clair comme une matinée de printemps. » 20 – Chroniques de la BnF – n°53 BnF, Estampes et photographie. © Adoc-photos mais poète en prose, réaliste et objectif, comme nous pouvons maintenant le comprendre à la lecture de Francis Ponge ou de René Char. Originaire de Chitry-les-Mines, un bourg du Morvan, le jeune Jules Renard est venu à Paris commencer des études de lettres qu’il a vite abandonnées. L’aisance matérielle et affective que lui procure le mariage lui permet de se consacrer à l’écriture en partageant son existence entre, d’une part, le milieu parisien des humoristes et du théâtre, et d’autre part, les lieux et les paysans de son enfance : enfin un véritable écrivain sans biographie ! Fidèle admirateur de Victor Hugo, Renard est parti d’une poésie versifiée à la manière romantique, mais il s’en est vite libéré grâce à la distance que lui donnait l’ironie, et surtout l’humour. Ainsi dans son Journal : « On peut être poète avec des cheveux courts/On peut être poète et payer son loyer/Quoique poète, on peut coucher avec sa femme/Un poète, parfois, peut écrire en français. » De pareille conception de la poésie, un style très vite est né, tout entier caractérisé par la franchise, la netteté et l’intensité. Échappe évidemment à cette exigence la partie journalistique et politique de son œuvre ainsi que sa correspondance. Tout le reste est marqué par la recherche d’une poésie moderne jusque dans ses divers récits et même dans un roman exemplaire comme L’Écornifleur. Une méditation d’une humanité surprenante L’ambition la plus constante de Jules Renard le conduit à une littérature courte et claire dont l’énergie condensée est le support naturel et immédiat de la poésie. Ce qu’il veut, c’est laisser des traces, des flèches, des minutes irrécusables de poésie à la manière, somme toute, de ce qu’écrit René Char dans La Parole en archipel : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. » C’est dans cette optique qu’il convient d’aborder des recueils comme Sourires pincés, La lanterne sourde et, surtout, Ci-dessus Illustration de Francisque Poulbot, pour Poil de Carotte, Paris, Calmann-Lévy, 1907. Ci-contre Jules Renard vers 1905 Histoires naturelles. Et c’est ce qui triomphe dans son dernier recueil : Nos frères farouches, Ragotte. Son écriture, si sèche en apparence, y revêt une puissance d’évocation, une vibration continue qui se prolonge dans l’esprit du lecteur et transforme le document social en une méditation d’une humanité prenante. Les adaptations, même célèbres, de cet univers à la scène parisienne ont fait de son théâtre le parent pauvre de son œuvre, à l’exception de deux pièces en un acte : Le Plaisir de rompre et Le Pain de ménage. Comment douter de sa nature de poète lorsqu’il note dans son Journal : « Sur les jets d’eau, la nuit, grandissent les ours blancs. » Michel Autrand Colloque Jules Renard Vendredi 26 mars 2010 9 h 15 — 17 h 30 Le 27 mars à l’Université Paris 7 – Grands Moulins Projection avec orchestre 18 h 30 — 20 h Bibliothèque François-Mitterrand, Auditoriums — hall Est Poil de Carotte, film muet rénové de Julien Duvivier, accompagnement musical par l’Octuor de France. BnF, Littérature et art. © ADAGP, 2010, Paris.
Auditoriums > Clément Janequin toute la musique du monde Une journée d’études, suivie d’un concert, resitue l’œuvre du grand compositeur français de la Renaissance dans son contexte historique et littéraire. Vers la fin du chapitre XVIII du Quart Livre, Rabelais déploie une des savoureuses suites d’onomatopées qui, depuis bientôt cinq siècles, font la joie de ses lecteurs ; quelques lignes plus haut est citée la fin de la célèbre Bataille de Clément Janequin. Si rien ne prouve que l’auteur de Gargantua et le musicien des Cris de Paris se sont rencontrés, on peut néanmoins parler d’un lien étroit, pas seulement parce que chacun connaît l’œuvre de l’autre, et, dans le cas de Rabelais, l’apprécie au point de lui rendre ainsi hommage. Certes, Janequin ne manque pas d’illustrer les poètes de son temps, Marot, Ronsard ou Mellin de Saint-Gelais ; mais la nouveauté de sa musique, qui mêle chant des oiseaux, bruits de la rue, appels de la chasse, chansons d’amour et fureur des batailles va les stimuler en retour. Ce sont de telles affinités, assez peu documentées encore, que met en lumière le colloque organisé le 25 mars à la BnF (et le 26 mars à l’Université Paris Diderot) sous l’impulsion, notamment, de la Société française d’études du seizième siècle (SFDES). Chantre de la chapelle du roi De Châtellerault où il naquit vers 1485, ce chanoine, dont la plus grande part de l’œuvre religieuse est malheureusement perdue, exerça son art à Bordeaux et à Angers avant de s’installer à Paris, où il mourut en 1558. Il était alors au sommet de sa gloire, même si la reconnaissance qu’il obtint en 1555 comme chantre de la chapelle du roi ne devait lui procurer qu’une tardive et relative aisance matérielle. Ses chansons étaient pourtant imprimées depuis longtemps, et sa Guerre de Marignan composée en 1528, où les sons de la bataille sont exprimés avec un réalisme saisissant, devait connaître une diffusion dans toute l’Europe et inspirer bien des compositeurs. « Ce rôle de l’édition est une des innovations de l’époque », souligne Jean Vignes (université Paris Diderot), organisateur du colloque avec Isabelle His (université de Poitiers) et Olivier Halévy (université Allégorie des cinq sens [détail], école Flamande, XVI e siècle. Paris, musée Carnavalet. © RMN/Agence Bulloz. Sorbonne nouvelle Paris III) : on publie désormais, en musique et en littérature, non plus des compilations diverses, mais de véritables ouvrages d’auteurs. L’observation du quotidien La polyphonie de forme libre développée par Janequin illumine les textes dont il s’empare pour les porter à un point d’accomplissement inégalé en son temps. Le recours aux onomatopées témoigne de l’observation attentive d’une vie quotidienne que la musique semble restituer intacte : tout un contexte se fait jour, historique, littéraire, religieux, en un temps où Marot et Rabelais, et peut-être Janequin lui-même, sympathisent avec les idées de la Réforme. Le colloque, ponctué de lectures de textes en prononciation restituée, aborde la singularité du compositeur, la façon dont il se nourrit de la littérature contemporaine et dont celle-ci évolue à son contact, et enfin le thème du « réalisme sonore musical et littéraire » dans son œuvre et celles de ses pairs, musiciens et poètes, prédécesseurs et successeurs. Ainsi se révèle en ce XVI e siècle, remarque Olivier Halévy, « le souci commun de trouver, à travers la matérialité du langage, un moyen nouveau d’exprimer l’émotion ». Comme ce moyen est avant tout musical, il était naturel de conclure cette journée par un concert de l’ensemble Clément Janequin qui, depuis 1978, sous la direction du haute-contre Dominique Visse, fait connaître dans le monde entier la musique profane et sacrée de la Renaissance. Pour la première fois au même programme seront interprétées les quatre Batailles de Janequin : non seulement la célèbre Guerre de Marignan – qui ravissait, dit-on, François I er – mais aussi Siège de Metz, Guerre de Renty et Prise de Boulogne. Et si le sujet est guerrier, l’huma nisme de la Renaissance est toujours présent dans ces chansons, où le son de chaque bataille est recréé avec la même liberté, sinon la même grâce que le Chant du rossignol ou le Bel aubépin verdissant de Ronsard. « La musique de Janequin, conclut Olivier Halévy, rend l’auditeur attentif à la beauté des sons du monde. » Didier Henry Colloque international Clément Janequin, un musicien au milieu des poètes – 1 re partie jeudi 25 mars, 10 h — 18 h Organisé avec les Universités Paris 7, Stendhal Grenoble 3 et Poitiers, la Société française de musicologie et la Société française d’étude du XVI e siècle. Concert de clôture 18 h 30 — 20 h Bibliothèque François-Mitterrand Auditoriums — hall Est Par l’ensemble Clément Janequin, dirigé par Dominique Visse. Chroniques de la BnF – n°53 – 21



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