Chroniques n°53 mar/avr 2010
Chroniques n°53 mar/avr 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de mar/avr 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (209 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Auditoriums > La balade de Jacques Réda Le cycle consacré aux grands poètes d’aujourd’hui se poursuit avec Jacques Réda, « un de ces flâneurs, rares dans la poésie présente, qui réconcilient l’aléatoire de la démarche poétique avec un certain réalisme.* » Comment parler de Jacques Réda, sinon en invitant à le lire et le relire et à venir l’écouter, le 29 mars prochain, dans les salons de l’Arsenal ? Il y sera bien sûr question de poésie, dont il aime pourtant à dire qu’« elle se prouve d’ellemême ou qu’elle n’existe pas », goûtant moins les généralités de la théorie que les singularités de la pratique ; d’écrivains, au premier rang desquels son cher Cingria ; de jazz, qu’il apprécie en amateur très éclairé ; et de sa propre expérience poétique, entre la prose et le vers, la modernité et la tradition, l’intime et l’impersonnel, la déréliction et la découverte. Si près de la vie : car « la poésie estelle autre chose après tout que la vie ellemême ? Ainsi un jour ça va, un autre ça ne va plus. À chacun son petit pas de danse vers sa limite, son dieu, son précipice » … Le tout accompagné de lectures sur fond d’exposition de quelquesuns des manuscrits qu’il a généreusement donnés à la BnF. L’essentiel en effet chez Jacques Réda ne figure ni dans sa biographie (né à Lunéville en 1929, il vit à Paris depuis 1953), ni dans les fonctions qu’il a occupées (par exemple, rédacteur en chef de la NRF de 1987 à 1995), ni dans les clichés au demeurant sympathiques qui lui sont associés (le « piéton de Paris », le solex, les banlieues et les gares, etc.), mais 18 – Chroniques de la BnF – n°53 © Photo Jacques Sassier. © Editions Gallimard « Où sommes-nous, entre l’encre oublieuse et les étoiles […] Qui sommes-nous pour accorder un sens à la poussière de nos mots ? » dans cette œuvre multiple (lyrique ? réaliste ? métaphysique ?) , dont le développement n’empêche pas la permanence d’un ton unique, et nécessaire. Du triptyque inaugural que constituent Amen (1968), Récitatif (1970) et La Tourne (1975), aux recueils de Ponts flottants, Démêlés ou La Physique amusante parus ces dernières années, s’échelonnent plus de cinquante livres. L’inquiétude lyrique des débuts s’est transformée en ouverture sur le monde extérieur, le difficile rapport au temps et à la séparation semblant trouver comme une issue dans le mouvement : « Le désespoir n’existe pas pour un homme qui marche. » Ainsi Les Ruines de Paris (1977), Hors les murs (1982), L’Herbe des Talus (1984) sont-ils autant de titres qui feront la renommée de Jacques Réda, en poète promeneur, arpenteur des villes ou des campagnes, paysagiste et témoin de génie en quête d’« on ne sait quoi d’introuvable ». Le poète ne cessera dès lors de faire alterner proses et poèmes – depuis peu récits d’enfance et fictions sont venus se joindre à sa belle méditation sur l’espace et le temps – au risque de se démentir lui-même : « Poète, on ne l’est guère que quelques années dans une vie et, durant ces années, quelques mois ou semaines (je dirais volontiers : minutes) ; qui plus est, sans pouvoir sur le retour de ce saisissement qui nous exclut. » Marie Odile Germain * Jean-Michel Maulpoix Cycle Grands poètes d’aujourd’hui – Jacques Réda Lundi 29 mars, 18 h 30 – 20 h Bibliothèque de l’Arsenal Internet entre droit à l’oubli et devoir de mémoire Sur fond de débat sur le droit à l’oubli numérique, la BnF s’interroge sur la constitution d’un patrimoine national issu de l’Internet. Alors que sa mission légale de conservation s’étend désormais aux sites web, que doit-elle garder des millions de données qui naissent et s’éteignent chaque jour en ligne ? À quoi et à qui ces collections serviront-elles ? Un cycle de rencontres est lancé le 30 mars afin d’accompagner la mise en œuvre du dépôt légal de l’Internet. Cette mission nouvelle, encore confidentielle, mérite d’être mieux connue des lecteurs, qu’ils soient habitués de la bibliothèque et désireux de diversifier leurs sources, ou chercheurs spécialisés dans l’étude du média Internet et de la propagation des nouvelles pratiques culturelles numériques. Les débats seront organisés sous la forme d’une consultation des usagers : aux côtés de professionnels de la BnF et de l’INA, chercheurs mais aussi acteurs et observateurs du Web sont invités à participer afin que l’avenir du dépôt légal de l’Internet ne se décide pas sans eux. Deux thèmes d’actualité ont été retenus pour cette première rencontre : la conservation des sites électoraux et politiques, et celle des sites militants et des mouvements sociaux. Au lendemain des élections régionales, un panel d’observateurs et d’acteurs de la web-campagne sera réuni pour discuter de l’archivage des sites politiques et de l’usage que la communauté scientifique peut en faire. La tribune, modérée par le Forum des droits sur l’Internet, réunira notamment Matthieu Lerondeau (Agence La Netscouade), Nicolas Vanbremeersch (alias Versac, blogueur politique et directeur de l’agence Spintank) et des chercheurs tels Dominique Cardon (Orange Labs) et Fabienne Greffet (Université de Nancy 2). Une seconde table ronde, modérée par le chercheur et militant Christophe Aguiton, réunira des mouvements sociaux, représentants de grandes causes, comme celle des sans-papiers (Isabelle Saint-Saëns), des sociologues (Sylvie Célérier, Université d’Évry) et des historiens (Danielle Tartakowsky, Université Paris VIII, Françoise Blum, Centre d’histoire sociale de Paris I) qui débattront de la constitution de nouvelles sources numériques pour l’étude du militantisme sur l’Internet et, plus largement, l’histoire et les sciences sociales. Gildas Illien Mémoires du Web : après-midi d’étude sur la conservation des sites électoraux et militants Mardi 30 mars, 14 h 30 - 18 h 30 Bibliothèque François-Mitterrand Petit auditorium
© Photo Pascal Lafay/BnF. Auditoriums > Albert Camus la pensée de midi Dans le cadre du cycle Leçons de philosophie, Raphaël Enthoven revient sur la pensée de Camus au fil de cinq conférences ponctuées d’archives. Et met en lumière l’indéfectible modernité de l’écrivain disparu il y a tout juste cinquante ans. Chroniques : Dans votre conférence du 15 avril, vous reviendrez, avec Bernard-Henri Lévy, sur la fameuse « querelle » entre Sartre et Camus. L’un des aspects de leur divergence est leur vision de la liberté. Quelle était celle de Camus ? Raphaël Enthoven : Camus pense la liberté comme un « don de la mer », une notion confuse, éclairée seulement par la lumière du soleil. Il déteste, à cet égard – encore qu’il les comprenne – les hommes qui, parce qu’ils se grisent d’une liberté qu’ils voudraient absolue, l’exercent aux dépens des autres. La liberté camusienne est une liberté sans espoir, qui emprunte à la nécessité le sentiment simultanément âpre et réconfortant que ce qui arrive ne peut pas ne pas arriver. « C’est comme ça », déclare l’homme libre, ce qui ne l’empêche pas – au contraire – de se battre pour que les choses soient autrement. Quelle est la place de l’amour dans la pensée de Camus ? R. E. : L’amour est au principe de sa pensée. Il n’y a qu’un seul amour pour © Lido/Sipa. « Je comprends à présent ce qu’on appelle la gloire : le droit d’aimer sans mesure. » Albert Camus, Noces Ci-dessus Albert Camus Ci-contre Raphaël Enthoven Camus, c’est l’amour de la vie et c’est l’amour de vivre. La gloire est, dit-il, « le droit d’aimer sans mesure. » Seul l’amour est démesuré chez un philosophe dont la pensée de la révolte culmine dans l’éloge paradoxal de la mesure. Peut-on parler à son propos d’humanisme ? R. E. : Camus utilise très peu ce mot. Il va même jusqu’à dire : « Je ne suis pas humaniste, du moins au sens où on l’entend. » Il a tendance à remplacer ce mot par le terme d’humanité, ou d’humain. Si humanisme il y a, c’est en tout cas un humanisme athée, qui permet de penser la social-démocratie autrement que sur le mode d’une pensée molle, d’un compromis (du genre : « oui, d’accord, mais enfin tout de même »). La révolte n’est pas seulement, à ses yeux, limitée par la violence, mais culmine littéralement dans le refus de la violence et l’aptitude presque inhumaine à trouver des « valeurs » qui ne doivent rien au ciel. La révolte est, à cet égard, un remède à la tentation révolutionnaire et au funeste goût de l’absolu : « Peut-on éternellement refuser l’injustice sans cesser de saluer la nature de l’homme et la beauté du monde ? Notre réponse est oui. » Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Cycle Lecons de philosophie Tout Camus par Raphaël Enthoven Les jeudi 18 mars et 15 avril 18 h 30 — 20 h Bibliothèque François-Mitterrand Grand auditorium — hall Est En partenariat avec France Culture. Chroniques de la BnF – n°53 – 19



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