Chroniques n°53 mar/avr 2010
Chroniques n°53 mar/avr 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de mar/avr 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (209 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,5 Mo

  • Dans ce numéro : Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Le toutim de TIM Une sélection de dessins de presse de TIM inaugure la nouvelle Galerie des donateurs de la Bibliothèque François-Mitterrand. Une diversité graphique et thématique qui illustre le talent d’un des plus grands dessinateurs politiques de son temps. À l’issue de 63 ans de carrière (1935-1998), Louis Mitelberg, alias TIM, laisse des milliers de dessins au crayon, à la plume, à l’encre de Chine ou au pastel, quelques estampes et plus de 250 carnets de croquis. Grâce à la générosité de sa veuve, Zuka, et de ses fils, la quasi-totalité de son œuvre graphique est entrée, au cours de l’été 2006, au département des Estampes et de la photographie. Aujourd’hui, l’œuvre de TIM frappe d’emblée le spectateur par sa diversité graphique et thématique, mais surtout par sa force émotionnelle (tragique ou comique) et sa pertinence. Son talent est guidé par un esprit toujours attentif ainsi qu’en témoignent ses très nombreuses notes consignées dès le début de sa carrière dans de modestes cahiers d’écolier. Jeux de lignes, de formes, de langage : si les mots de ses collègues journalistes sont bâtis sur le courage de dire, sa main de dessinateur reste guidée par un imaginaire audacieux. L’entrée dans la Résistance Marqué par l’Histoire, attaché à ses origines juives et polonaises dont les références sont présentes dans son œuvre comme dans ses engagements de citoyen, TIM manifeste un attachement particulier à la culture et au patrimoine de la France, pays qu’il choisit de rejoindre dès novembre 1938, quittant l’Allemagne après la tristement célèbre Nuit de cristal. Plus tard, il décide également de servir la France : il est ainsi l’un des 186 hommes, formant le « détachement Billotte », qui rejoignent les Forces françaises libres en 14 – Chroniques de la BnF – n°53 BnF, Estampes et photographie © Adagp 2010, Paris Ci-dessus Soljenitsynes.d. À gauche François Mitterrand, La Conversation, pastiche de Matisse. septembre 1941 à Londres. Durant ces années, TIM ne cesse de dessiner, publiant dans Vendredi, l’hebdomadaire de l’Association générale des étudiants juifs de Paris, dont il est membre. En août 1942, il publie son premier dessin politique et illustre les Récits d’évasion de Jean Crémieux-Brilhac pour l’hebdomadaire La Marseillaise sous la manchette « Pour combattre avec de Gaulle » (2 août 1942). La rencontre avec son œuvre et ses dessins originaux reste émouvante : il est particulièrement impressionnant de voir comment, à travers des milliers de croquis, des centaines de dessins, des notes, des lettres, s’élabore son travail. L’accès à de telles archives, sorte de « face cachée », se fait avec précaution. Nous sommes là entre l’intimité créatrice d’un dessinateur et le travail de médiation d’un journaliste. Homme de presse avant tout, TIM sait qu’il doit donner à comprendre sans expliquer, simplement par une perspicace intuition du trait. Pastiches, références culturelles communes et partagées sont convoqués pour instaurer d’emblée une connivence avec un lecteur qui ne passera que quelques instants à regarder un dessin de presse. En observateur attentif, TIM dissèque les enjeux, analyse les discours avant de s’engager dans la recherche de la lisibilité et de l’efficacité du trait par une série progressive d’esquisses de grand format, aboutissant au dessin définitif. Faire face à une actualité immédiate, voilà le défi qu’il lui faut relever quotidiennement. Évoquant ses œuvres, TIM affirmait qu’elles « représentent l’humanité. [Elles] n’ont pas besoin d’une introduction. C’est essentiellement une documentation de la dignité humaine. » De fait, l’exposition qui inaugure, sur le site de Tolbiac, le nouvel espace consacré aux donations entend bien être une tentative d’épuisement des potentialités heuristiques, pédagogiques, comiques et divertissantes du dessin de presse. Charles de Gaulle et Honoré Daumier L’exposition promène le spectateur dans l’œuvre du dessinateur : guidé par un parcours chronologique, qui permet d’éprouver l’évolution du graphisme et des thèmes, le visiteur passe de thème en thème, de source d’inspiration en source d’inspiration. Sont ainsi présentes les grandes figures de notre patrimoine, Charles de Gaulle, Raymond Aron, à qui TIM rend plusieurs fois hommage, et Honoré Daumier – qui reste son modèle. À ce dernier, devenu son maître à penser, il emprunte la devise : « Il faut être de son temps ». En effet, le dessin de presse est tout à la fois un document d’histoire, une pratique actuelle et un patrimoine en devenir. Scylla Morel TIM (1919-2002) Du 16 mars au 18 avril 2010 Bibliothèque François-Mitterrand, Galerie des donateurs Commissariat : Scylla Morel Photo Bidermanas/AKG.
BnF, Estampes et Photographie. © Photographie B. Huet-Tutti. Expositions > L’histoire et le dessin de presse Le dessin de presse a presque deux cents ans et se porte bien. Malgré la censure, vive en période de crise ou de conflit, les dessinateurs, de Gill à Siné ou Plantu, ont marqué de leur empreinte satirique et parfois subversive de nombreux journaux. Ils sont à l’honneur aujourd’hui à la BnF. La force de l’image graphique est de condenser en un jeu de traits, traces et couleurs, accompagnés parfois d’une légende lapidaire, une scène où peuvent se télescoper ou se répondre plusieurs idées ou des allusions à des faits réels. Le regard appréhende cette composition rapidement, l’œil circule d’un point à un autre jusqu’à ce que le sens caché apparaisse et que surgisse une émotion : rire, surprise, indignation, admiration, colère… Le dessin a touché droit au but : il a évoqué d’une façon efficace et personnelle une situation, représenté un personnage, traduisant le sentiment du dessinateur et ses convictions intimes. Celui-ci se veut libre d’exprimer ses opinions en combinant, non sans malice bien souvent, références historiques, témoignages contemporains, codes graphiques empruntés ou imaginés. On reconnaîtra « la patte du dessinateur » par son esprit mais aussi par son style, l’un accumulant détails et citations, l’autre épurant la ligne pour ne garder qu’une idée, un autre jouant sur la déformation jusqu’à la caricature, un autre encore préférant rester fidèle à une certaine réalité. Cette liberté d’expression des dessinateurs dans la presse a valu des déboires à beaucoup d’entre eux. On se souvient que Philipon et Daumier furent condamnés en 1832 à six mois de prison et 500 francs d’amende pour avoir représenté Louis-Philippe en poire. De nos jours, Siné, publiant neuf numéros de son journal satirique Siné Massacre en 1962-1963, fut condamné neuf fois pour diffamation contre les institutions. De véritables mises en scène Ainsi la censure, surnommée Anastasie, a, dès l’arrivée du dessin dans la presse au début du XIX e siècle, sévi à de multiples reprises, plus répressive encore dans les périodes de crise ou de guerre. L’exposition montre comment les dessinateurs ont dénoncé Anastasie armée de ses ciseaux, la défiant avec humour, la montrant ressuscitant ou affolée dans un combat dérisoire. L’image fait peur, son discours subversif se superpose à la réalité qu’un certain pouvoir politique en place veut lisser. Les portraitscharges et les caricatures qui présentent des personnalités célèbres en accusant leurs traits et en les parant d’attributs chargés de sens permettent de voir évoluer le style des dessinateurs. Au XIX e siècle, Carjat, Gill, Déloyoti, Gilbert-Martin exécutent de véritables mises en scène en couleurs où le personnage, souvent représenté en pied, grosse tête sur petit corps, est traduit dans un graphisme réaliste. Avec le XX e siècle, le dessin se dépouille, se simplifie. Le dessinateur Delannoy représente en 1908 le Président Paul Deschanel en figure de mode. Entre les deux guerres, Cabrol et Sennep figurent Hitler, Mussolini, Herriot et Pétain en noir et blanc et quelques traits au vitriol. À partir des années 1960, les portraits deviennent elliptiques, les personnages schématisés en quelques traits, une idée forte les structure et les met en situation. Les dessinateurs de presse ont aussi commenté l’histoire en présentant des faits politiques et de société et des grandes affaires de justice. Ainsi, dans l’exposition peut-on découvrir, entre autres, Paris démoli, Paris embelli dessiné en 1855 par Marcellin, l’assassinat du Président Carnot en 1894 représenté d’une façon réaliste par Grégoire, l’affaire Dreyfus vue par Renouard, Forain et Ibels, La France réduite à l’hexagrogne par Moisan en 1962 et, plus récemment, le procès Papon, les affaires Elf, Villemin ou Clearstream vus par des dessinateurs de prétoire : N. Herrenschmidt, B. Peyrucq, D. Wasserman. © Fernando Puig Rosado En haut Fernando Puig Rosado, Ordures et fumiers, publié dans Satirix, septembre 1972. À gauche Alfred Le Petit, Effets du libre-échange, publié dans Le Grelot, 30 novembre 1884. L’exposition de la BnF présente une centaine de reproductions de dessins réalisés par plus de soixante-dix dessinateursjournalistes de 1832 à 2009. Elle met en perspective une trentaine de journaux, dont Le Charivari, La Caricature, La Lune, Le Hanneton, L’Éclipse, Don Quichotte, L’Assiette au beurre, Le Merle blanc, Le Canard enchaîné, L’Enragé, L’Express, Charlie-Hebdo, Libération… et un journal en ligne, Relatio. Ces dessins soulignent des moments forts qui ont scandé la mémoire collective, et remettent en mémoire quelques grandes figures historiques sur près de deux siècles, cheminant dans des univers oscillant entre humour, pastiche, sarcasme et réalisme. Martine Mauvieux Dessins de presse Du 23 mars au 25 avril 2010 Bibliothèque François-Mitterrand Allée Julien Cain Commissariat : Martine Mauvieux Expositions dans le cadre du Salon du dessin contemporain Chroniques de la BnF – n°53 – 15



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