Chroniques n°52 jan/fév 2010
Chroniques n°52 jan/fév 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°52 de jan/fév 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : La bibliothèque du Haut-de-jardin en 2012

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Expositions > Miniatures et peintures indiennes La BnF expose une collection rare de peintures et miniatures indiennes du XVI e au XIX e siècle. Ces documents précieux, tant par leur beauté que pour leur intérêt documentaire, témoignent de la curiosité des voyageurs français et de leur admiration pour les Indes. Les fonds indiens sont rares en France, et l’ensemble de miniatures et de peintures indiennes que conserve la BnF est à la fois extrêmement riche et mal connu. Comptant plusieurs milliers de pièces, cette collection s’est constituée, par dons et acquisitions, en vagues successives qui reflètent les relations de la France et de l’Inde dès le XVIII e siècle et jusqu’au début du XX e siècle. Islamique et hindoue, les deux faces d’une même culture Le nombre de peintures indiennes appartenant au seul département des Estampes et de la photographie, conservées dans plus d’une quarantaine de volumes auxquels doivent s’ajouter quelques cartes à jouer (ganjifa), pour certaines parfois si délicatement peintes qu’elles sont de véritables miniatures, s’élève à plus de 2 500 images. Ensemble, miniatures et peintures des collections de la BnF reflètent les deux faces d’une même culture, islamique et hindoue, deux mondes esthétiques qui, tout en étant éloignés, ont cohabité harmo- 6 – Chroniques de la BnF – n°52 nieusement. Le catalogue complet de cette collection a été rédigé et c’est à l’occasion de sa publication qu’un choix de plus d’une centaine d’œuvres permettra de présenter un panorama de l’Inde dans sa grande diversité. Une collection commencée sous le règne de Louis XIV Les relations de notre pays avec les Indes sont très anciennes. Après les Portugais, les Hollandais et les Anglais, plusieurs compatriotes aventureux établirent dès le XVI e siècle des liens étroits avec la séduisante péninsule du Sud-Est asiatique. Les récits, au XVII e siècle, laissés par d’intrépides voyageurs solitaires visitant l’empire moghol à l’apogée de sa splendeur, tels François Pyrard, François de La Boullaye Le Gouz, François Bernier, Jean-Baptiste Tavernier, Jean de Thévenot, Jean Chardin, font encore référence. Sous le règne de Louis XIV se fait jour la volonté d’enrichir les collections royales de documents d’origine asia- © BnF, Estampes et photographie. Ci-dessus Sharabha, aspect de Shiva Bengale, vers 1760. Ci-contre Éléphant, par Muhammad Faqirullah Khan École moghole, vers 1740. tique. Cette impulsion fut à l’honneur de Colbert qui envoya des émissaires, théologiens, historiens, géographes, dans diverses parties du monde pour faire l’acquisition de manuscrits orientaux destinés au Cabinet du roi. En 1664, la Compagnie des Indes orientales est créée et aux individualistes téméraires et curieux succèdent des colonies de marchands venus faire fortune, mais aussi des fonctionnaires et des soldats au service de la Compagnie. Entre 1740 et 1750, les Français, de Chandernagor à Madras, occupent pratiquement toute la côte de Coromandel. Après le traité de Paris, signé avec les Anglais en 1763, les possessions françaises se résument à une portion congrue autour de Pondichéry et à quelques comptoirs. Le moindre des paradoxes n’est-il pas que l’essentiel du fonds pictural indien soit entré dans les collections royales vers le dernier tiers du XVIII e siècle, justement lorsque la France se désintéressa progressivement de la péninsule indienne ? L’échec du
© BnF, Estampes et photographie. grand dessein de Dupleix vit le retour progressif de la communauté française et des officiers qui l’avaient soutenu. Souvent, ils rapportèrent dans leurs bagages objets, souvenirs et albums de peinture. À leur retour, c’est au roi Louis XV puis Louis XVI qu’ils souhaitèrent remettre le fruit de leurs recherches. En une seconde vague, des Français – militaires démobilisés après la chute du Premier Empire, voire mercenaires avides d’aventure – vinrent offrir leurs services aux princes et souverains des divers États indiens. Ils rentrèrent en France devant l’irrésistible progression britannique et, bientôt, le triomphe du Raj sur la majeure partie de la péninsule indienne. Ci-contre à gauche Muhammad Khan Bangash École moghole, vers 1730. Ci-contre à droite Illustration du Ramayana Andhra Pradesh, vers 1740. Ci-dessous Azam Shah à la chasse Golconde, vers 1680. © BnF, Estampes et photographie. Dignitaires impériaux et sujets romanesques Beaucoup de ces œuvres proviennent de collectionneurs qui se passionnèrent pour ce pays, sa civilisation, ses religions, ses coutumes ou ses magnifiques monuments. Plusieurs furent des érudits, apprirent les langues du pays et traduisirent les textes historiques ou épiques. On trouve, d’une part, un ensemble cohérent de précieuses miniatures des écoles mogholes en majorité tardives ou d’écoles provinciales, conservées en recueils factices (sorte de muraqqa). Elles furent exécutées, pour l’essentiel, au temps du dernier Grand Empereur moghol, Aurangzeb, et de ses successeurs immédiats. Il s’agit d’une formidable source iconographique. On y trouve les effigies des princes timourides, les dignitaires de la cour impériale mais aussi des autorités religieuses, scheiks et soufis. Auprès des cours princières des provinces du Deccan (Golconde, Hyderabad), d’Awadh (Lucknow, Faizabad) ou du Bengale (Murshidabad), la miniature moghole tardive privilégia aussi les sujets romanesques ou poétiques issus de la littérature ; à la bravoure du seigneur de guerre succède le héros amoureux et malheureux. D’autre part, second point fort de la collection, quasi inédit, un fonds important provenant de l’Inde méridionale. Il s’agit de recueils de peinture illustrant les grands textes postvédiques et épiques – Bhagavata Purana, Mahabharata, Ramayana – ainsi que des suites de gouaches représentant des divinités hindoues, chacune étant identifiable par ses attributs, sa posture, ses couleurs. Véritables exercices de style, ces séries reliées de terribles dieux hindous avec leurs innombrables paires de bras, aux couleurs audacieuses et au dessin synthétique, n’ont rien à envier au fauvisme. À ces deux domaines, parmi les moins étudiés de la peinture indienne, il faut ajouter des peintures, dites Company Paintings, exécutées à la demande de résidents européens, curieux des mœurs, métiers, castes, religions et usages des Indiens. Ces peintures, pièces populaires de facture naïve, souvent exécutées en série sur des papiers importés d’Europe et reliées en albums, sont l’œuvre d’artisans locaux et restent d’une insigne valeur ethnographique. Quelque peu méprisées hier, comme souvent les œuvres artisanales ou folkloriques, elles sont devenues rares et restent d’un intérêt documentaire précieux. Les dessins d’architecture Enfin, la collection comporte également de grands dessins d’architecture réalisés eux aussi pour des voyageurs européens souhaitant garder le souvenir enchanteur des monuments visités. L’exposition s’achève avec une toile originaire de l’Orissa, d’un format exceptionnel, représentant le plan du temple de Jagannatha, à Puri, l’une des cités les plus sacrées de l’Inde. La représentation symbolique du sanctuaire a la forme d’une conque (sankha), attribut de Vishnu et symbole de sa puissance. Roselyne Hurel Miniatures et peintures indiennes Du 9 mars au 6 juin 2010 Site François-Mitterrand Galerie François I er Commissariat : Roselyne Hurel, conservateur en chef au musée Carnavalet Avec la collaboration de Anne-Sophie Delhaye et Marie-Hélène Petitfour (BnF) Chroniques de la BnF – n°52 – 7



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