Chroniques n°52 jan/fév 2010
Chroniques n°52 jan/fév 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°52 de jan/fév 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : La bibliothèque du Haut-de-jardin en 2012

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Collections > Don d’un manuscrit persan exceptionnel du XVII e siècle D’une époustouflante beauté, un manuscrit du poète Rûmi du XVII e siècle a rejoint les collections de la BnF. Ainsi qu’un papyrus hébraïque, miraculeusement exhumé. Le fonds de manuscrits persans du département des Manuscrits vient de s’enrichir, grâce à un don de M. Henri Schiller, d’un exemplaire du Mathnavi de Djelal ed-Din Rûmi (Mevlana), ce grand poète, maître spirituel et philosophe persan, né à Balkh en 1207 et mort à Konya en 1273, fondateur en Turquie de la célèbre confrérie soufie des derviches tourneurs, connu surtout comme auteur des Rubâi’yât (Quatrains). Un poèmeésotérique Le Mathnavi (du nom d’une forme poétique composée de distiques) reste son œuvre majeure. Ce long poème de plus de 40 000 vers, divisé en six livres, mêle réflexions philosophiques et mystiques, fables et anecdotes ; c’est en fait un commentaireésotérique du Coran qui 20 – Chroniques de la BnF – n°52 prône le principe cher aux soufis de l’anéantissement du moi dans l’extase de l’amour divin. Ce manuscrit, petit mais précieux, de 250 feuillets, a été réalisé en Turquie au XVII e siècle. Il contient les six livres de l’œuvre de Rûmi. Il comporte une belle reliure, de facture ottomane à recouvrement, estampée de médaillons centraux et d’écoinçons à décor floral sur fond d’or ; les contre-plats de cuir aux médaillons peints à l’or sont d’une belle simplicité ; les tranches sont dorées. Le texte en écriture nestaliq est ordonné sur quatre colonnes, les têtes de chapitre sont ornées de pièces de titre (sarloh) enluminées à l’or et au lapis-lazuli. Le colophon indique que la copie du manuscrit a été terminée en 1056 de l’hégire/1646. Annie Berthier Le Mathnavi Djelal ed-Din Rûmi. Une robe de soie naturelle… Les papyrus en caractères hébreux sont rares : on en compte environ 150 au monde. L’acquisition d’un très beau spécimen enrichit les collections de la BnF d’un des plus anciens documents en hébreu après les fragments de la mer Morte. Emmanuel Soubielle, diplômé de l’École du Louvre, a découvert par hasard, dans les papiers de Noël Giron, (1884-1921), ce papyrus des X e -XI e siècles, délicatement inséré entre deux feuilles de papier moderne blanc filigrané et daté de 1921. Conscient qu’il tenait là un document rare, le jeune diplômé pensa d’abord avoir découvert un fragment d’un manuscrit de la mer Morte. Une bible hébraïque du Yémen Le feuillet provient de la célèbre ghéniza de la synagogue Ibn Ezra, un rebut où l’on entrepose les documents en caractères hébreux, considérés comme sacrés et que l’on ne peut donc jeter. La ghéniza du Caire fut explorée pour la première fois par le rabbin Jacob Saphir. En 1855 il ramena d’un périple au Yémen une bible hébraïque espagnole qui fit grand bruit à Paris. L’impératrice Eugénie l’acquit et l’offrit à la Bibliothèque impériale. Saphir, découragé par l’état des documents de la ghéniza, renonça à les acheter. C’est Salomon Schechter, savant hongrois, qui les acquit et les rapatria à Cambridge où ils sont conservés aujourd’hui. Les milliers de documents de la ghéniza comptent des fragments de livres religieux très anciens, des manuscrits autographes prestigieux et de nombreux documents profanes, témoins de la vie des Juifs au Moyen Âge. Les Juifs d’Égypte, à l’instar des Arabes, utilisaient le papyrus comme support de l’écriture jusqu’à l’arrivée du papier au XIII e siècle. La méthode de fabrication était identique à celle de l’Égypte antique. Les lettres sont tracées au moyen d’un calame grossier, à l’encre noire. Les caractères sont hébreux, mais la langue est l’arabe. La lettre commence par une invocation à Dieu, en usage chez les juifs et les musulmans : « Bism-ilah el-rah m n el-rah m ». Il s’agit d’une lettre commerciale codifiée, les formules sont stéréotypées. Seuls les noms du vendeur, de l’acheteur, l’objet de la transaction et la somme changent. C’est ainsi que l’on apprend que le porteur recevra une pièce d’argent pour la confection d’une robe de soie naturelle pour une jeune fille. Au dos, l’adresse du destinataire… Laurent Héricher © BnF, Manuscrits.
Collections > J’accuse Le scénario du film J’accuse d’Abel Gance, version sonore de 1938, abondamment annoté et corrigé par l’auteur, a été offert à la BnF par sa collaboratrice Nelly Kaplan. « Je dédie ce film aux morts de la guerre de demain qui sans doute le regarderont avec scepticisme sans y reconnaître leur visage. Abel Gance ». Quelques lignes au crayon de la main ample et ferme de l’auteur sur la page de titre du scénario de J’accuse, quelques lignes tracées en 1937 à moins de deux ans de la Seconde Guerre mondiale par un cinéaste indomptable bouleversé par l’hécatombe de la Grande Guerre, vingt ans auparavant. Le choc avait poussé Abel Gance à écrire un premier J’accuse, muet, en 1919 : « J’aurais voulu, écrit-il, que tous les morts de la guerre se relèvent une nuit et reviennent dans leur pays, dans leur maison, pour savoir si leur sacrifice avait servi à quelque chose. La guerre s’arrêterait d’elle-même, jugulée par l’immensité de l’épouvante ». En 1937, l’imminence des conflits qu’il pressent plus que les autres le pousse à revenir à J’accuse, non pas pour en faire la version sonorisée, comme il l’avait fait pour son Napoléon, mais pour en donner une nouvelle adaptation, actualisée, d’autant plus marquante pour les spectateurs que les protagonistes seront leurs contemporains. Le personnage de Jean Diaz, interprété par Victor Francen, soldat des tranchées, mutin fusillé, miraculé, s’engage après l’armistice dans le combat pacifiste. Il le mène jusqu’à la folie : il veut ressusciter les tombés au champ d’honneur, réveiller les cadavres de l’Ossuaire de Douaumont. C’est l’acmé du film. « Morts de Ci-dessus Les gueules cassées ayant accepté de figurer dans le film J’accuse d’Abel Gance, 1937. Ci-dessous Abel Gance et Nelly Kaplan lors de la préparation de leur programme Magirama en polyvision,1956. BnF, Arts du spectacle. D.R. Verdun, levez-vous ! Je vous appelle ! » Les croix sur les tombes disparaissent, la terre se soulève, les combattants mutilés se redressent et se répandent sur les routes d’Europe, semant l’épouvante parmi les vivants, qui plient devant la déferlante, rendent les armes et déclarent la guerre hors-la-loi. De vraies gueules cassées à l’écran Abel Gance, quoique toujours en butte au manque de moyens, réalise un film au souffle puissant, parfois à la limite de la grandiloquence. À défaut d’obtenir la paix, J’accuse frappe les esprits, les sort de leur torpeur, les dérange. L’apparition à l’écran et sur les affiches des vraies gueules cassées de 1914-1918 a quelque chose d’insoutenable. Abel Gance revient une troisième fois sur J’accuse en 1956 dans le cadre du programme Magirama mis au point avec sa nouvelle collaboratrice Nelly Kaplan. L’objectif est de déployer dans cette nouvelle version tout le potentiel des inventions techniques d’Abel Gance, notamment la polyvision. Cette rencontre entre un des maîtres du septième art et la jeune Argentine passionnée de littérature et de salles obscures a fait naître une relation professionnelle et intime tumultueuse et féconde. Elle a ouvert à Nelly Kaplan les portes des studios de cinéma qu’elle occupera bientôt pour réaliser ses propres films. Qui ne se souvient de la sorcière des temps modernes incarnée par Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate et de la chanson Moi, je m’balance de Barbara qui l’accompagne ? Si Nelly Kaplan quitte provisoirement les plateaux de tournage, c’est pour fréquenter les poètes et oulipoètes, ou prendre sa plume de romancière. Elle ne perd pour autant jamais de vue Abel Gance et la place qui lui revient dans le patrimoine cinématographique. C’est ce soin inflexible qui vaut aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France le don du scénario du J’accuse de 1938. Ce document de 165 pages et 351 séquences, abondamment annoté et corrigé par Abel Gance lui-même, complète merveilleusement le fonds Abel Gance du département des Arts du spectacle, riche déjà de nombreux scénarios, de carnets, de lettres, de notes et de photographies sur toute la carrière du cinéaste. Joël Huthwohl Chroniques de la BnF – n°52 – 21 © PhotoL. Mirkine



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