Chroniques n°52 jan/fév 2010
Chroniques n°52 jan/fév 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°52 de jan/fév 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 6,7 Mo

  • Dans ce numéro : La bibliothèque du Haut-de-jardin en 2012

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Auditoriums > La lecture en France à l’ère des écrans Dans le cadre des Ateliers du livre et en parallèle à l’exposition Choses lues, choses vues, une journée Crise de la lecture ? se tiendra le 26 janvier à la BnF. Martine Poulain, sociologue et directrice de la bibliothèque de l’Institut national d’Histoire de l’art, présidera cette manifestation. Et fait le point sur les nouveaux modes de lecture et leurs enjeux. Chroniques : La notion de « crise de la lecture » a cours depuis plusieurs décennies. Quel aspect revêt-elle aujourd’hui ? Martine Poulain : Dire qu’il existe depuis au moins une décennie une « crise de la lecture » de livres n’est pas contestable. Les dernières données, issues du rapport d’Olivier Donnat, Les Français à l’ère numérique, montrent un tassement de la lecture de livres et un tassement plus important encore de la lecture de presse : 30% des Français de 15 ans et plus n’ont pas lu de livre au cours des douze derniers mois. Le nombre de « grands » lecteurs (plus de vingt livres par an) diminue aussi. Quant aux catégories les plus diplômées, les plus traditionnellement lectrices, elles aussi lisent moins. De la même façon, le public des bibliothèques n’a pas autant augmenté que leur succès le laisse accroire. Au plan qualitatif, le rapport aux livres et à la culture littéraire a lui aussi changé. Pour autant, nous ne vivons pas une période de « décadence » avancée. Devant un tel constat, faut-il céder au pessimisme ? M. P. : Certainement pas. L’école continue à faire aimer le livre et la lecture. Les bibliothèques s’efforcent avec la 10 – Chroniques de la BnF – n°52 même passion de susciter des rencontres entre textes et lecteurs. Le livre, la littérature bouleversent toujours des vies. Les voies du texte sont exceptionnelles ! D’autre part, une autre lecture se développe : la lecture sur écran. On n’a jamais autant lu et écrit depuis que les écrans envahissent nos vies. Certes, je n’évoque pas ici la lecture littéraire, mais cette floraison d’écrits sur écran, qui pose d’autres questions et réclame de nouveaux savoirs des lecteurs, peut être aussi pleine de promesses ! À l’ère numérique, l’acte de lecture est bouleversé par l’arrivée des écrans dans notre quotidien. Les problématiques de lecture s’en trouvent-elles modifiées ? M. P. : Le livre électronique est désormais en pleine ascension, mais le livre papier conserve une spécificité. Sa maniabilité, le fait qu’il soit un objet circonscrit, clos lui donnent une grande supériorité pour un certain nombre d’écrits, au premier rang desquels la littérature. Au contraire, l’écran est évanescent : toute page d’écran annule la précédente et suscite chez le lecteur un vertige de la perte, une crainte d’amnésie. Certains des savoir-faire nécessaires à la lecture, telle la capacité à © M DALLE/Altopress/Andia. s’orienter dans un texte, à trier et hiérarchiser les informations, s’accroissent avec l’écran, prennent des formes nouvelles. Les gens qui naissent avec une souris à la main auront l’illusion qu’ils n’ont pas de difficultés à choisir et à lire les bons textes, les bonnes données. Cette simplicité illusoire est peut-être la principale difficulté cachée des écrans ; nous devons apprendre aux nouvelles générations à exercer leur esprit critique sur les écrits d’écran. Au milieu de ces évolutions, quel doit être le rôle des bibliothèques ? M. P. : Tout dépend de quel type de bibliothèque il s’agit. Les missions des bibliothèques publiques, celles des bibliothèques de recherche universitaires, celles de la Bibliothèque nationales sont différentes. Une bibliothèque de recherche se doit d’être sélective, d’offrir les documents les plus pertinents aux chercheurs. Leur politique de constitution des collections est aujourd’hui bouleversée par la croissance, en quantité, en qualité et en coût de la documen tation électronique. Les bibliothèques publiques, elles, doivent être utiles à tous et accepter tous les besoins et toutes les attentes, même ceux qui leur paraissent moins « légitimes ». Les médiathèques contemporaines ont connu un vif succès en proposant en accès libre tous types de documents pour tous types de lecteurs, de l’amateur de science-fiction et de mangas aux passionnés de Proust ou aux internautes exclusifs. De toute façon, les révélations du texte suivent des voies improbables et peuvent se produire à la lecture de la mythologie grecque sur internet comme de romans que l’on appelait autrefois « de gare ». Propos recueillis par Delphine Andrieux Atelier du livre : Crise de la lecture ? Mardi 26 janvier 2010, 9 h 30 - 18 h Site François-Mitterrand Petit auditorium – Hall Est
Auditoriums > La littérature a-t-elle une couleur ? À l’occasion de l’exposition Présence africaine au musée du quai Branly, un colloque organisé en partenariat entre la BnF et le musée interrogera la notion de « littératures noires ». Un pluriel motivé par la complexité et la diversité des écrivains, de leurs identités et de leurs sentiments d’appartenance à une langue ou à une culture. Parler aujourd’hui des « littératures noires », c’est s’interroger sur l’histoire et l’actualité de cette catégorie littéraire. La notion de littérature noire est en effet le produit d’une histoire singulière. Si la publication en 1808 par l’abbé Grégoire de son anthologie De la littérature des nègres représente un jalon important, c’est véritablement après la Première Guerre mondiale que naît cette littérature, dans le creuset des échanges intenses entre des auteurs et intellectuels en Afrique, aux États-Unis, dans les Caraïbes et en Europe. Les littératures noires sont ainsi intimement attachées à la constitution d’une diaspora noire transatlantique. Aux États-Unis, Alain Locke joue un rôle déterminant en rassemblant dans son anthologie The New Negro, parue en 1925, des écrivains tels Langston Hughes, Claude McKay et Zora Neale Hurston. Dans la France des années 1930, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas sont les plus célèbres représentants du mouvement littéraire de la « négritude ». « Ce n’est pas moi qui ai besoin de la langue française, c’est elle qui a besoin de moi. » Sony Labou Tansi De gauche à droite Dany Laferrière © Bruno Levy/Fedephoto. Patrick Chamoiseau © Jacques Torregano/Fedephoto. Zadie Smith © Basso Cannarsa/Opale. Le contexte postcolonial Les éditions Présence africaine, fondées en 1947 à Paris par Alioune Diop, constituent une formidable caisse de résonance pour les littératures noires en publiant des auteurs francophones d’Afrique, de Madagascar et des Antilles, mais aussi en traduisant nombre d’œuvres anglophones et lusophones. La revue éponyme se fait également l’écho des débats, parfois virulents, autour de questions littéraires, culturelles et politiques : en 1955, dans un article intitulé « Afrique noire, littérature rose », Mongo Beti critique ainsi l’image mystifiée de l’Afrique que donne Camara Laye dans L’Enfant noir, paru deux ans auparavant. Cette période des littératures noires s’étend jusqu’aux années 1960, marquées par les indépendances nationales et le mouvement des droits civiques aux États-Unis. Mais que devient cette littérature dans le contexte postcolonial ? Et peut-on encore parler de littérature noire ? Héritiers d’Aimé Césaire, de James Baldwin et de Chinua Achebe, les écrivains noirs ne vivent plus aujourd’hui dans le même univers littéraire, intellectuel et politique que leurs prédécesseurs. Si, dans le champ littéraire contemporain, certains se revendiquent comme auteurs noirs, africains, noirs américains, antillais ou français, d’autres se présentent comme écrivains universels de la « République mondiale des lettres ». La question de la langue Certains n’hésitent d’ailleurs pas à prendre le contre-pied des identités qu’on voudrait leur attribuer. Marie Ndiaye, lauréate du dernier Goncourt, refuse ainsi d’être enfermée dans un stéréotype racial. L’écrivain haïtien Dany Laferrière, prix Médicis en 2009, se déclare quant à lui « écrivain japonais » ! On ne saurait toutefois parler des littératures noires en s’intéressant à leurs seuls auteurs. Il faut aussi prendre en compte ceux qui rendent possibles l’existence et la circulation des œuvres. Quels éditeurs publient les écrivains noirs contemporains ? Certaines œuvres paraissent dans des collections spécialisées, alors que d’autres sont publiées dans des collections de littérature étrangère ou générale. De même, les classements que supposent les rayons des librairies, tout comme les jugements des critiques, la consécration des prix, la sélection des manuels scolaires, sont partie prenante de la délimitation des différents domaines littéraires. Enfin, la question de la réception des œuvres est incontournable. Pour quel public ces auteurs écrivent-ils et qui les lit ? Le cas de la littérature africaine est à cet égard particulièrement évocateur : nombre d’auteurs africains d’expression française sont publiés par des éditeurs français et ont un lectorat en majorité français, mais sont peu diffusés dans leur pays d’origine. Et il existe aussi une littérature en langues africaines qui correspond à un autre univers éditorial, certes moins visible hors de ses frontières, mais très riche, comme en témoigne la littérature swahilie en Afrique de l’Est. La question de la langue est donc une dimension essentielle des littératures noires. Il s’agit en effet de s’approprier la langue du colon en la travaillant de l’intérieur pour la faire sienne, ou bien de se réapproprier sa propre langue en la réinventant à travers la littérature. En 1959, au cours du 2 e Congrès des écrivains et artistes noirs réunis à Rome sous les auspices de Présence africaine, l’écrivain malgache Jacques Rabemananjara se déclarait ainsi « voleur de langue », faisant du français une sorte de butin colonial inversé. À la fin des années 1980, à la suite d’Édouard Glissant, des auteurs caribéens tels que Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant insistent sur l’importance de la créolisation dans le processus d’écriture en faisant l’« éloge de la créolité ». C’est dire que les littératures noires ne laissent pas indemnes les langues dans lesquelles elles s’écrivent. Sarah Frioux-Salgas et Julien Bonhomme Littératures noires Colloque en deux parties (29 janvier, BnF et 30 janvier, musée du quai Branly) vendredi 29 janvier, 9 h 30 - 20 h Site François-Mitterrand, Petit auditorium Chroniques de la BnF – n°52 – 11



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