Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le roi Arthur fait son cinéma Entre grands spectacles et films d’horreur, comédies burlesques et dessins animés, le cinéma et la télévision se sont emparés de la légende bretonne et de sa nombreuse littérature pour construire, réinventer et enrichir par leurs trouvailles et leurs interprètes un mythe toujours vivace. Si la matière de Bretagne connaît au xix e siècle un notable renouveau après sa redécouverte par les savants, ce n’est que dans la seconde moitié du xx e siècle qu’elle entre pleinement dans la conscience collective. Aux côtés de la bande dessinée, du roman historique et de la littérature de fantasy, le cinéma constitue un formidable vecteur de popularisation des légendes arthuriennes. Privilégiant le grand spectacle ou les recherches esthétiques, les films centrés sur les héros de la Table ronde font la part belle à la mise en scène historique et chevaleresque, dont Ivanhoé et Robin des bois ont longtemps constitué les archétypes. Bon nombre de cinéastes puisent directement dans le corpus des textes arthuriens et le merveilleux médiéval pour nourrir leurs films. La source la plus courante est Le Morte Darthur de Thomas Malory, compilation du xv e siècle : Les Chevaliers de la Table ronde de Richard Thorpe (1953), premier film en cinémascope de la MGM, avec Ava Gardner et Robert Taylor, et Excalibur (1981) de John Boorman en sont les adaptations les plus réussies. Malory a également inspiré la nouvelle pour la jeunesse The Sword in the Stone (1939) de Terence Hanbury White, reprise dans le 6 – Chroniques de la BnF – n°51 En haut Extrait du film Monty Python : Sacré Graal ! des Monty Python, 1975. En bas Affiche du film Les Chevaliers de la Table ronde de Richard Thorpe, 1953. recueil The Once and Future King (1958) ; celle-ci est à l’origine du dessin animé Merlin l’enchanteur (1963) de Walt Disney. Les cinéastes opèrent ainsi un retour aux sources, tout en nous offrant leur vision subjective de la légende. Si Robert Bresson inscrit un Lancelot du Lac (1974) crépusculaire dans la lignée de La Mort le Roi Artu, Éric Rohmer construit quant à lui son Perceval le Gallois (1978), avec Fabrice Luchini et André Dussolier, au plus près du Conte du Graal de Chrétien de Troyes. De l’Histoire à l’humour À l’instar de la bande dessinée Prince Valiant in the Days of King Arthur de Harold Forster (première parution en 1937), certains films, comme Le Roi © Ercole Brini. Arthur (2004) d’Antoine Fuqua, font coïncider la légende et ses probables origines historiques, la Bretagne du v e siècle : Arthur lutte ici contre l’invasion saxonne alors que les Romains abandonnent la Grande-Bretagne. Loin de se cantonner aux reconstitutions historiques, les réécritures arthuriennes sont aussi passées, avec distanciation, au crible de l’humour. Mark Twain avait lancé cette tendance dès 1889 dans A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court. Ce roman donne lieu en 1949 à une adaptation de Tay Garnett, avec Bing Crosby, avant d’inspirer en 1994 Evil Dead III : L’Armée des ténèbres de Sam Raimi, entre comédie et film d’horreur. Mais c’est peut-être Monty Python : Sacré Graal ! (1975) qui illustre le mieux ce phénomène. Scandé par les allersretours entre le Moyen Âge et l’époque actuelle, il fourmille de répliques percutantes, de situations absurdes et de gags visuels : les chevaliers qui font « ni », le lapin de Troie, le château d’Anthrax, les paysans anarcho-syndicalistes, Tim l’Enchanteur ou la Sainte Grenade d’Antioche sont passés à la postérité. Les chevaliers de la Table ronde, modèles de bravoure et de loyauté, ne sont pas loin alors de devenir des antihéros. La série © Collection Christophel.
Collection Christophel. télévisée Kaamelott, d’Alexandre Astier, (première diffusion en 2005) nous présente l’envers de la légende : un roi Arthur, bien mal secondé, qui ne parvient pas à achever la quête du Graal et doit faire face aux réalités de la gestion du royaume. L’ogre vert du corrosif Shrek, le troisième (2007) des studios Dreamworks part quant à lui à la recherche du digne héritier du royaume de Fort Fort Lointain, un certain Arthur, qui se révèle être un individu timoré et le souffre-douleur de Lancelot du Lac. Le Graal sans Arthur La diffusion des motifs de la matière de Bretagne accompagne l’ensemble de ses réécritures. La quête du Graal, dont l’imaginaire et la symbolique restent forts, subit quelques mues, jusqu’à se détacher complètement de ses origines arthuriennes. The Fisher King (1991) de Terry Gilliam, avec Jeff Bridges et Robin Williams, est ainsi une transposition de la légende du Roi Pêcheur dans le New York contemporain. Dans Indiana Jones et la dernière croisade (1989) de Steven Spielberg, le Graal garde certes les attributs du « saint vaissel » ; toutefois, si sa généalogie remonte bien à Joseph d’Arimathie, c’est sa supposée redécouverte en Terre Sainte par des chevaliers croisés, après des siècles d’oubli, qui définit le cadre de l’histoire. De là, il n’y a qu’un pas à ce que le Graal échappe à sa définition originelle. Da Vinci Code (2006), tiré du livre éponyme de Dan Brown, ne le présente pas comme « san greal », mais comme « sang real », suivant en cela une erreur de transcription qui remonte au xv e siècle. Il ne reste plus au Graal qu’à s’emparer des horizons virtuels dans le film de science-fiction Avalon (2001) de Mamoru Oshii. Les légendes arthuriennes n’ont pas fini de nous ouvrir des mondes à explorer au cinéma. Clément Pieyre Nigel Terry dans Excalibur, un film de John Boormann, 1981. Kaamelott relève le défi La série télévisée Kaamelott, dont la saison 6 est actuellement diffusée sur M6, revisite la légende arthurienne sur un mode parodique et décalé. Rencontre avec Alexandre Astier, son créateur. Chroniques : Pourquoi avoir choisi la légende du roi Arthur pour en faire une série télévisée ? Quelle était l’idée de départ ? Alexandre Astier : Je suis d’abord un comédien. J’écris des scènes pour qu’elles soient jouées. Ce que je voulais jouer, avec Kaamelott, c’est une situation d’autorité. Avec comme modèle un comédien que j’adore, Louis de Funès. Je voulais filmer un personnage dont l’autorité ne parvient pas à s’exercer. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de filmer des gens qui ont des problèmes de communication. Le Graal est une entité très floue, nimbée de mystère et dont la symbolique est difficile à expliquer à des chevaliers. Je voulais montrer un roi Arthur qui s’empêtre dans du symbolique. Les grandes fresques épiques dépeignent des personnages qui sont vus sous l’angle de la grandeur. Dans Kaamelott, les décors, les costumes sont les mêmes ; les personnages sont confrontés à des situations fortes, il y a des batailles, des morts, des passions… mais les héros ne sont pas à la hauteur. Dans le succès ou l’échec, ils ne sont ni glorieux ni abjects : ils gagnent ou ils perdent, mais ce sont juste des êtres ordinaires, sans grandeur, avec leur bassesse, leur mauvaise foi… Dans la saison 5, on voyait aussi des héros dépressifs, découragés, avec des idées suicidaires… Le langage de vos personnages, c’est le langage d’aujourd’hui… A. A. Dans les péplums, ou les films comme King Arthur, bref dans le film épique hollywoodien, les personnages s’expriment de façon assez littéraire avec des grandes phrases héroïques… quasiment jamais dans le langage quotidien. Les héros sont héroïques tout le temps. Or on ne peut pas vivre dans ce registre vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On est bien obligé de vivre aussi les soucis du boulot, les tâches domestiques, les problèmes de couple, les enfants qui vous fatiguent… j’ai voulu que mes personnages existent dans la vie ordinaire. Ils parlent le français de tous les jours, mais sans anachronismes. Je n’utilise pas de termes modernes. Ni la langue des banlieues ou l’argot. Que vous inspire le fait de travailler un matériau qui appartient à l’imaginaire collectif ? A. A. On sait très peu de chose sur la réalité historique du roi Arthur. Il n’y a pas d’archéologie arthurienne. Il y a un Arthur irlandais, un Arthur breton, un Arthur armoricain… il s’agit d’un mythe, le mythe d’un grand chef réunificateur et breton. J’aime beaucoup, dans la mythologie, l’idée que ce n’est jamais figé ; la mythologie est faite pour être remâchée : c’est un grand mur sur lequel on ajoute une brique après l’autre. Il y a eu une œuvre littéraire aux xii e et xiii e siècles, et ensuite d’autres ont continué à alimenter la légende. Dans l’Album du Graal qui vient de sortir en Pléiade, le film des Monty Python est cité, non comme une fantaisie à partir du mythe, mais comme participant du mythe. La mythologie, on ne peut pas lui faire une entorse, ou la malmener, parce que c’est une construction collective, ouverte à tous les créateurs de toutes les époques. Propos recueillis par Sylvie Lisiecki Chroniques de la BnF – n°51 – 7 © Collection Christophel.



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