Chroniques n°51 nov/déc 2009
Chroniques n°51 nov/déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de nov/déc 2009

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Bibliothèque nationale de France

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 4 Mo

  • Dans ce numéro : La légende du roi Arthur

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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International > Une histoire franco-brésilienne sur le Web Après le succès de la Saison culturelle « Brésil, Brésils » en 2005, l’intérêt réciproque que se portent les deux pays bénéficie d’un nouvel élan avec, en 2009, l’Année de la France au Brésil. Et un portail numérique, França.Br, entre les Bibliothèques nationales de France et du Brésil permet désormais d’avoir accès à de nombreux documents qui illustrent plus de quatre siècles de dialogue et d’échange. La première trace de contact entre la France et le Brésil semble avoir été fournie par l’armateur normand Paulmier de Gonneville en 1504, soit quatre ans seulement après que le Portugais PedroÁlvares Cabral eût accosté sur le littoral bahianais. Français et Portugais étaient alors rivaux, les Français contestant la politique du mare clausum et refusant aux Ibériques l’hégémonie que leur avait accordée le traité de Tordesillas en 1494. C’est dans ce contexte conflictuel et sous le patronage À gauche et à droite Portraits d’Indiens Toupinambous : gravures de Pierre Firens, d’après Joachim Duviert. Ci-dessous Un employé du gouvernement sortant de chez lui avec sa famille, aquarelle de Jean-Baptiste Debret, extraite du Voyage pittoresque et historique au Brésil, 1934-1939. de l’amiral de Coligny que Nicolas Durand de Villegagnon, chevalier de Malte et disciple de Calvin, établit le 10 novembre 1555, sur un îlot de la baie de Guanabara, une colonie qu’il baptise France Antarctique. L’année suivante, en hommage à Henri II qui avait mis trois voiliers à la disposition de l’expédition, est posée la première pierre de la future capitale : Henryville. Minée par les épidémies et les querelles qui opposent catholiques et calvinistes, la petite colonie succombe rapidement aux assauts des Portugais, qui obtiennent en 1560 la reddition du Fort-Coligny. Les Français continuent pourtant à commercer avec les peuples indigènes de la côte, chargeant leurs navires de « bois brésil » et entretenant le rêve d’une nouvelle implantation. La tentative la plus prometteuse fut conduite par Daniel de La Touche, seigneur de La Ravardière, nommé en 1604 par Henri IV vice-amiral du Brésil. En 1612, accompagné de missionnaires capucins, La Ravardière fonde Saint- Louis, éphémère capitale d’une « France Équinoxiale ». Les moyens de consolider leur installation font défaut aux Français, qui abandonnent le terrain dès 1615. Le nom de l’actuelle São Luís, dans de l’État du Maranhão, évoque le souvenir de cette brève occupation française. Par la suite, les expéditions commandées par le capitaine Duclerc, puis le corsaire Duguay-Trouin, en 1710 et 1711, furent surtout motivées par l’attrait puissant des pierres précieuses et de l’or découverts dans la province de Minas Gerais. Elles furent les dernières tentatives de colonisation française au Brésil, si l’on excepte les luttes de pouvoir au nord de l’Amazonie. Les deux pays partagent aujourd’hui, le long de la Guyane, une frontière commune longue de 730 kilomètres. Voyages en terre du Brésil Dès l’époque de la découverte, l’histoire des relations franco-brésiliennes s’est nourrie de récits évocateurs dont la publication a frappé l’imaginaire et entretenu les discussions sur le Nouveau Continent. En 1558, le moine cordelier André Thevet, embarqué avec Villegagnon, publie un texte qui connaît d’emblée un succès retentissant : Les Singularités de la France Antarctique, où il consigne ses observations et de nombreux témoignages. En donnant à sa réécriture de
1575 un ton plus polémique à l’encontre des protestants, il suscite la réponse du calviniste Jean de Léry, débarqué en 1557 dans la baie de Guanabara. Publiée en 1578 et suivie de six rééditions du vivant de l’auteur, L’Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil se révèle beaucoup plus rigoureuse et ouverte à l’étude des tribus indiennes. Dans Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss, qui arrive à Rio muni de ce « bréviaire », salue la précision et la fraîcheur de ce « chef-d’œuvre de la littérature ethnographique ». Le mythe du « bon sauvage » Dans les Essais, Montaigne s’est largement inspiré du témoignage de Léry, louant cet « homme de nature » que l’on appellera au xviii e siècle le « bon sauvage ». C’est à Rouen que Montaigne rencontra des Indiens brésiliens. Il était alors fréquent d’introduire dans les fêtes solennelles des « naturels sauvages fraîchement apportés ». Ferdinand Denis, conservateur puis administrateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève, séjourna au Brésil au début du xix e siècle. Il évoque en 1850, dans Une fête brésilienne, célébrée à Rouen en 1550… le premier document iconographique sur le Brésil imprimé en France. Cette gravure illustre les festivités organisées pour célébrer Henri II et sa cour, qui assistèrent à une représentation à laquelle participèrent cinquante Indiens Tupi et des matelots normands. Au siècle suivant, ce sont des frères capucins, compagnons de La Ravardière, qui livrent un témoignage précieux de leur approche des Tupinambas. Dans Histoire de la mission des pères capucins en l’île de Maragnan et terres circonvoisines, publiée en 1614, Claude d’Abbeville s’intéresse à la riche cosmographie des Indiens tandis qu’en 1615, le père Yves d’Évreux prend leur défense et dénonce leur massacre dans Le Voyage au nord du Brésil fait en 1613 et 1614. La popularité des relations de voyages et récits de naturalistes profite de l’ouverture du Brésil aux étrangers, à partir de 1808, tout en permettant une plus large circulation des savoirs scientifiques. Ainsi Auguste de Saint-Hilaire, auteur d’une œuvre monumentale, rédige la première thèse universitaire sur le Brésil : Voyage dans l’intérieur du Brésil, la province cisplatine et les missions du Paraguay, soutenue en 1823. En 1816, sollicité par la Couronne portugaise, un groupe d’artistes, dont la plupart se trouvent en disgrâce au moment du retour des Bourbons, débarqua à Rio de Janeiro. À la tête de cette « Mission artistique française » : Joachim Lebreton, ancien secrétaire de l’Institut de France, accompagné des peintres Jean-Baptiste Debret et Nicolas Taunay, de l’architecte Grandjean de Montigny, du sculpteur Auguste-Marie Taunay et du graveur Charles-Simon Pradier. Leur ambition était de fonder une Académie des beaux-arts. Debret réalisa plusieurs tableaux pour la famille royale et ses plus célèbres aquarelles, et Grandjean de Montigny et Taunay intervinrent dans la construction de divers bâtiments publics. Mais les projets de « la colonie Lebreton » se heurtèrent à des intrigues locales. La Mission artistique française aura malgré tout joué un rôle historique dans la fondation de l’enseignement artistique brésilien. Au xx e siècle, les échanges culturels se renforceront encore grâce aux missions françaises d’enseignement réalisées dans les universités brésiliennes. Georges Dumas, professeur de philosophie à la Faculté de Paris crée, dès les années 1920, des instituts franco- brésiliens de Haute Culture à Rio et à São Paulo. Il se charge ensuite de recruter de jeunes enseignants qui participeront à la fondation des universités de São Paulo en 1934 et de Rio de Janeiro en 1935. Parmi eux se trouvent Fernand Braudel, Claude Lévi- Strauss, Roger Bastide, Robert Garric, Pierre Monbeig et Pierre Hourcade. França.Br : un portail entre deux bibliothèques nationales La rencontre entre Bruno Racine et Muniz Sodré, président de la Bibliothèque nationale du Brésil, en octobre 2007, est à l’origine de ce projet qui s’inscrit dans « L’Année de la France au Brésil » organisée par CulturesFrance. Conçu en partenariat avec la Fundação Biblioteca nacional du Brésil, le portail numérique França.Br est le fruit d’un programme de numérisation et de mise en ligne sur Internet d’un ensemble d’œuvres représentatives de l’histoire des relations entre la France et le Brésil depuis les premières décennies du xvi e siècle jusqu’au début du xx e siècle. En donnant accès directement à de nombreux documents – textes imprimés, dessins et estampes, cartes et photographies – sélectionnés dans les collections de la BnF et de la Bibliothèque nationale du Brésil, ce site gratuit et bilingue éclaire les aspects essentiels d’une histoire commune. Régine Piersanti França.Br sera inauguré le 10 novembre 2009 à Rio de Janeiro Le portail, hébergé sur un serveur unique à la Bibliothèque nationale du Brésil, donnera accès à environ un millier de documents. Le Brésil possède un riche ensemble de cartes du xvi e siècle et des photographies, de même que la BnF, qui achève en 2009 la numérisation des cartes de la collection d’Anville. Le parcours thématique a été rédigé en collaboration avec Michel Riaudel, conseiller scientifique du projet, et Ilda Mendes dos Santos. Ci-dessus, à gauche Vue de Botafogo, Baie de Rio de Janeiro de Louis Lebreton (1818-1866). Ci-dessous Petit moulin à sucre portatif, aquarelle de Jean-Baptiste Debret extraite du Voyage pittoresque et historique au Brésil, 1934-1939. Chroniques de la BnF – n°51 – 25



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